Vote de confiance : quelles sont les pistes budgétaires du RN ?

Le RN, qui rejette le plan d'économies de François Bayrou, et ne votera pas la confiance au gouvernement le 8 septembre, continue de défendre le « contre-budget » présenté à l’automne dernier. Les orientations économiques du parti trahissent toutefois un tiraillement entre le discours très libéral de Jordan Bardella et la ligne sociale que souhaite porter Marine Le Pen.
Romain David

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« Il n’y a pas eu de politique de l’offre depuis 2017 ! » Ce tacle de Jordan Bardella, lancé jeudi soir à l’occasion d’une table ronde organisée par le Medef avec d’autres chefs de partis, a de quoi surprendre lorsque l’on pense aux attaques répétées de Marine Le Pen contre le libéralisme économique d’Emmanuel Macron. Le président du RN a estimé que les baisses consenties ces dernières années sur la fiscalité des entreprises et les impôts de production avaient été « récupérées en impôts de papier que l’on augmente tous les quatre matins », soit autant de « contraintes qui pèsent sur la croissance ».

Réputé beaucoup plus libéral que sa mentor, Jordan Bardella, bien conscient de s’adresser à un parterre d’entrepreneurs et de dirigeants d’entreprise, s’en est donné à cœur joie. Il a profité de cet échange pour brosser sa vision d’un Etat au service de l’économie, sur la rengaine du « trop de normes, trop d’impôts, trop de taxes ». « Il faut que l’Etat s’occupe de ses domaines régaliens et que la France, dans son ensemble, réapprenne à aimer ceux qui innovent et prennent des risques », a-t-il martelé. Une intervention timidement applaudie, malgré les signaux ainsi adressés aux milieux économiques qui redoutent un nouveau feuilleton budgétaire si le gouvernement de François Bayrou venait à tomber le 8 septembre.

Ces dernières années le Rassemblement national n’a pas ménagé ses efforts pour soigner sa crédibilité économique auprès du patronat et des milieux financiers, nouvelle étape vers sa conquête du pouvoir. Longtemps, le parti à la flamme a défendu un programme protectionniste, articulé autour d’une sortie de l’euro et d’un détricotage des législations européennes, susceptible de parler aux classes populaires qui constituent son terreau électoral, mais jugé inapplicable et mal chiffré par les milieux économiques. Autant de critiques qui se sont cristallisés en 2017, lors du débat de l’entre-deux tours, devant les difficultés notables rencontrées par Marine Le Pen face à un Emmanuel Macron maîtrisant sur le bout des doigts les grands dossiers économiques du pays.

La quête de sérieux budgétaire

Depuis, le RN s’est progressivement dépouillé de ses vielles antiennes. À partir de 2019, il n’est plus question de sortir de l’Union européenne ou d’abandonner la monnaie unique. Marine Le Pen s’est également prononcée en faveur du remboursement de la dette Covid. En 2022 toutefois, une étude du Cevipof a estimé que son programme présidentiel relevait d’un « social-populisme de crise à forte tonalité sociale », avec des mesures destinées à cibler chaque catégorie d’électeur, ce qui interroge sur l’équilibre général.

Plus récemment, Jean-Philippe Tanguy, le président délégué du groupe à l’Assemblée nationale, a annoncé le lancement « d’une réflexion en interne » sur le respect de la « règle d’or » des 3 % de déficit. Le RN aurait-il fini par se convertir au cadre financier fixé par Bruxelles ? Ce garde-fou « concernerait l’équilibre des dépenses de fonctionnement » a précisé le député lors d’une conférence de presse, et ne devrait pas impacter les dépenses d’investissement. Il s’agit toutefois d’une nouvelle donne pour le Rassemblement national qui n’a jamais proposé de véritable trajectoire de désendettement.

Face à la chute probable de François Bayrou et de son gouvernement, le RN considère qu’une sortie de crise passera nécessairement par un retour aux urnes. Mais si des élections venaient bouleverser la donne politique dans les prochains mois, quel budget proposerait le parti de Marine Le Pen ? À l’automne dernier, un contre-budget avait été présenté par les députés du groupe, toujours d’actualité indique Jean-Philippe Tanguy à Public Sénat, « puisque le gouvernement n’a rien fait en un an ». À cela s’ajoutent également les perspectives tracées par Marine Le Pen dans un courrier adressé au Premier ministre en juillet dernier, et resté sans réponse jusqu’à présent.

Favoriser le pouvoir d’achat par un « rééquilibrage fiscal »

Le RN, qui a invoqué la sauvegarde du pouvoir d’achat des Français pour justifier la censure du gouvernement Barnier, propose 23 milliards d’euros de dépenses supplémentaires en faveur des ménages. Avec deux principales mesures : une baisse de la TVA sur l’énergie et les produits de première nécessité, mais aussi une ré-indexation provisoire des retraites.

Si dans son courrier Marine le Pen met en garde François Bayrou contre l’augmentation des « contributions financières, directes ou indirectes », c’est bien par un « rééquilibrage fiscal » supposé dégager un peu moins de 23 milliards d’euros que le RN compte financer ses mesures de relance sociale. Avec un effort centré sur les « rentes, la spéculation et les fraudes ». L’extrême droite plaide ainsi pour une augmentation de 33 % de la taxe sur les rachats d’actions, avec un rendement qu’elle estime à près de 9 milliards d’euros. L’impôt sur la fortune immobilière (IFI) est remplacé par un impôt sur la fortune financière (IFF), et l’exit tax remise en place. Le RN propose également de « taxer les super dividendes ».

Certaines économies se font sur le terrain de l’écologie, avec la suppression du malus automobile et le doublement de la taxe sur l’éolien offshore. Fidèle à ses marqueurs, le RN épingle également les dépenses liées à l’immigration. Il entend réduire la facture de 4 milliards d’euros, en remplaçant l’Aide médicale d’Etat (AME) par une Aide médicale d’urgence (AMU), en réservant la dotation d’accueil des étudiants étrangers aux étudiants en masters et en doctorat, et en limitant la prime d’activité aux seuls travailleurs de nationalité française.

Dans son courrier, Marine Le Pen évoque aussi « les dépenses excessives des agences de l’État ». Si cette source d’économies est régulièrement invoquée à droite de l’échiquier politique, un récent rapport du Sénat a montré que les mutualisations permettraient d’en tirer, tout au plus, 540 millions d’économies, à moins de toucher directement aux politiques publiques qu’elles mettent en œuvre.

Enfin, la fille de Jean-Marie Le Pen réclame un abaissement de la contribution française à l’Union européenne à 20 milliards d’euros. Elle était de 23,3 milliards en 2025.

Flécher l’épargne des Français vers la réindustrialisation

Sur le plan des investissements, Jordan Bardella a évoqué devant le Medef une possible mobilisation de l’épargne des Français. « On a proposé la mise en place d’un fonds souverain, pour créer un véhicule d’investissements de plusieurs dizaines voire centaines de milliards d’euros chaque année, garantis par l’Etat pour les Français qui le souhaitent, pour qu’ils soient actionnaires de la maison France et qu’ils restent propriétaires de notre pays. » Les sommes seraient fléchées vers « l’intelligence artificielle, les startups, la relocalisation, la réindustrialisation et les grands projets comme les centrales nucléaires. »

Au printemps, dans un entretien à Valeurs actuelles, il avait également proposé un « pacte de confiance » avec le tissu entrepreneurial français, « qui irait de la « TPE-PME au dirigeant du CAC 40, en passant par l’artisan ou le commerçant », mais sans en dire davantage.

Un autre flou demeure : sur les retraites. Si le RN s’est vivement opposé à la réforme de 2023 et au recul de l’âge l’égal de départ à 64 ans, il ne fait plus de son abrogation une priorité. Sur son site, le parti fait valoir un départ à 60 ans, pour « ceux qui ont commencé à travailler avant 20 ans pendant 40 annuités ». À l’automne dernier, les députés ont déposé une proposition de loi qui rétablit un âge de départ à la retraite à 62 ans, mais avec 42 annuités de cotisations.

Ce jeudi, devant le Medef, Jordan Bardella a avoué n’avoir « aucun tabou » sur la retraite par capitalisation, défendue notamment par son partenaire Éric Ciotti, le président de L’Union des droites pour la République. « Mais parler de retraites par capitalisation […] c’est assumer que ce sont des cotisations supplémentaires ou bien de l’argent en moins qui va vers le régime général », a-t-il averti.

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