Paris: Gabriel Attal holds a press conference ahead of the first day of school

Comment va s’appliquer l’interdiction de l’abaya à l’école voulue par Gabriel Attal ?

Le ministre de l’Education nationale a officialisé ce dimanche 27 août l’interdiction de l’abaya dans les établissements scolaires dès la rentrée. Si aucun texte réglementaire n’a encore été publié, c’est la loi 2004 qui va s’appliquer comme pour le voile. La nouvelle est accueillie avec soulagement par le syndicat des proviseurs, mais les professeurs craignent, en revanche, une hystérisation du débat.
Stephane Duguet

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Contrairement à son prédécesseur Pap Ndiaye, Gabriel Attal imprime une marque politique dès la rentrée. Le nouveau ministre de l’Education national a annoncé dimanche 27 août chez nos confrères de TF1 que les abayas seraient interdites à l’école. Ces robes amples avec des manches, traditionnelles dans les pays musulmans du Moyen-Orient, sont désormais considérées comme des signes religieux et sont donc prohibées au titre de la loi de 2004 sur le port de « signes ou de tenues manifestant une appartenance religieuse dans les écoles, collèges et lycées publics ».

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Clarification attendue par les proviseurs

Dans son interview au JT de TF1, Gabriel Attal a affirmé que selon le principe de laïcité, « quand vous rentrez dans une salle de classe, vous ne devez pas être capable d’identifier ou de distinguer la religion d’un élève en le regardant ». « J’ai trouvé les mots du ministre justes. Il a rappelé que la laïcité protège tous les élèves des pressions religieuses et favorise l’égalité », apprécie Carole Zerbib, membre exécutif du syndicat des chefs d’établissements le Snpden-Unsa. Du côté des représentants des enseignants du second degré, on rappelle tout de même que « les abayas ne sont pas la question principale de cette rentrée ». Sophie Vénétitay, secrétaire général du Snes-Fsu explique que les « urgences sont le manque de professeurs et le nombre d’élèves par classe ».

Les proviseurs, par la voix de Carole Zerbib, sont « très satisfaits » de l’orientation prise par Gabriel Attal puisque le Snpden-Unsa plaidait depuis plusieurs mois pour une clarification sur l’interprétation à donner à l’abaya. Pap Ndiaye avait refusé en juin de trancher le débat en rappelant dans une circulaire qu’il était du ressort des chefs d’établissements d’évaluer le caractère religieux ou non du vêtement. Une directive « difficile à appliquer » selon Carole Zerbib qui attend maintenant de voir sur quel texte pourront s’appuyer les proviseurs après la déclaration de Gabriel Attal. « Avec la jurisprudence il n’aura pas de mal, mais il faudra que ce soit clair », prévient celle qui est aussi responsable de l’observatoire de la laïcité dans son syndicat.

Cette cellule avait été créée il y a un an pour repérer les atteintes à la laïcité dans les établissements scolaires. Ils ont d’ailleurs augmenté de 120 % en un an avec 4 710 signalements au cours de l’année scolaire 2022-2023 d’après les chiffres du ministère de l’Education nationale. Des chiffres « en dessous de la réalité », d’après Carole Zerbib puisque, selon elle, les proviseurs et les professeurs hésitent à faire remonter les atteintes à la laïcité.

Application de la loi de 2004

Désormais, les abayas seront interdites comme le voile ou le port de n’importe quel autre signe religieux. « On va continuer à appliquer la loi de 2004 et faire ce que nous faisions jusqu’à présent. Mais la position du ministre nous renforce », développe Carole Zerbib. La loi de 2004 rappelle qu’avant « la mise en œuvre d’une procédure disciplinaire », le proviseur doit engager « un dialogue avec l’élève ». « On attend les précisions sur la mise en œuvre, mais il n’y aurait rien de pire qu’une posture martiale et que les élèves concernés quittent les établissements publics pour des établissements confessionnels », avertit Sophie Vénétitay du Snes-Fsu.

Dès la rentrée, les professeurs vont donc devoir s’employer à expliquer pourquoi l’abaya ne peut plus être portée dans l’enceinte des établissements scolaires publics. « Je pense qu’il va y avoir beaucoup d’incompréhension d’où la nécessité d’impliquer les élèves et leurs familles parce que certaines ne connaissent pas du tout la laïcité », avance la proviseur du Snpden. La secrétaire générale du Snes-Fsu se veut un peu plus pessimiste surtout après les déclarations du porte-parole du gouvernement ce matin sur RMC et BFM TV. Olivier Véran a qualifié l’abaya « d’attaque politique » : « Le ton est inquiétant car on a besoin de sérénité et d’une mesure claire. On voit trop souvent arriver dans nos cours des élèves percutés par débat politique et avec une vision fausse de la laïcité. Certains disent que c’est contre l’islam parce qu’ils l’ont entendu à la télé… Il faut que le gouvernement fasse attention à ne pas attiser les braises ».

Divisions politiques

Le changement de ligne entre celle portée par Pap Ndiaye avant l’été et celle martelée par Gabriel Attal en cette rentrée divise parmi les responsables politiques. A gauche, de nombreuses voix critiquent cette décision. Le sénateur écologiste Thomas Dossus dénonce sur Twitter « une diversion grossière et irresponsable ». Sur le réseau social, la députée la France insoumise (LFI) Clémentine Autain parle de « police du vêtement » et Jean-Luc Mélenchon, le fondateur de LFI, étrille une « rentrée scolaire politiquement polarisée par une nouvelle absurde guerre de religion entièrement artificielle à propos d’un habit féminin ». Sur les bancs de la gauche, d’autres voix se sont élevées chez les socialistes et les communistes pour soutenir l’interdiction de l’abaya. Pierre Ouzoulias avait confié à publicsenat.fr que pour lui c’est même une « mesure de gauche ».

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« Ça divise là où ne s’y attendait pas. La laïcité, c’est le combat de tous les démocrates de ce pays attachés aux valeurs républicaines », estime Carole Zerbib. L’hypothèse d’une déclaration motivée par d’autres intérêts que ceux de l’école pèse quand même au-dessus de Gabriel Attal. Sophie Vénétitay juge par exemple que « l’exécutif cherche à donner des gages à la droite dans un contexte où il faut trouver des voix pour voter le budget bientôt présenté au Parlement. Il y a peut-être une forme de stratégie qui dépasse l’Education nationale, mais il ne faut pas que l’école soit instrumentalisée. » Malgré ses critiques, elle reconnaît que certains collègues attendaient une « mesure claire » sur les abayas.

Les proviseurs espèrent que ces divisions ne se retrouveront pas au sein des personnels de l’Education nationale à l’heure du retour en classe. « Il faut que tous les membres de la communauté éducative soient convaincus et que tous les professeurs, pas seulement ceux d’histoire-géographie, puissent expliquer ce qu’est la laïcité », défend Carole Zerbib. La membre du Snpden met aussi en garde le ministre : « On attend du soutien et un accompagnement des personnels, surtout ceux qui en expriment le besoin, parce que dans les zones avec beaucoup d’atteintes à la laïcité, ça risque d’être très compliqué. »

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