//BEAUMONTROMAIN_B3969/2209011209/Credit:Romain Beaumont/SIPA/2209011232

Éducation : Bercy justifie les 700 millions d’euros d’économies par des dépenses de personnel moins importantes en 2023

Interrogé sur les coupes budgétaires dans l’Éducation nationale en février, le ministre des Comptes publics a affirmé au Sénat le 6 mars qu’il n’y aurait « pas de remise en question » des effectifs et que les récentes annonces, comme les groupes de niveaux, seront « tenues ».
Guillaume Jacquot

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Raboté de 692 millions d’euros dans le décret d’annulation de crédits du 22 février, le budget de l’Éducation nationale est soumis à une diminution moins importante en proportion (-0,8 %) que d’autres ministères. L’acte va pourtant à contre-courant de la stratégie de Gabriel Attal, qui proclamait l’école comme « la mère des batailles », à peine arrivé à Matignon. Ce n’est donc pas une surprise si les sénateurs de la commission des finances ont demandé quelques éclaircissements au ministre de l’Économie et au ministre des Comptes publics, en audition ce 6 mars.

« Pas de remise en question des schémas d’emploi », selon Thomas Cazenave

La baisse, inscrite par voie réglementaire, interpelle d’autant plus les parlementaires qu’elle concerne pour une part importante les dépenses de personnel. Thomas Cazenave, le ministre des Comptes publics l’a assuré, les effectifs ne seront pas touchés. « Pour vous rassurer, il n’y a pas de remise en question des schémas d’emploi, que ce soit pour l’Intérieur, pour la Justice, pour l’Armée et d’autre part, pour l’Éducation non plus. Les économies que nous faisons sur les masses salariales sont liées à des sous-exécutions de l’année dernière, et donc on regarde l’évolution sur 2024, l’impact de ces sous-exécutions », a justifié le ministre.

Déjà le 23 février, en marge d’un déplacement à Mulhouse, la ministre de l’Éducation nationale Nicole Belloubet avait assuré, aussi contre-intuitif que cela puisse paraître, que l’école était « protégée » du coup de rabot. En livrant une explication différente : « Ces annulations de crédits portent sur des crédits mis de côté, mis en réserve, que nous utilisons en cours d’année, si nous devons faire face à des chocs particuliers ou exceptionnels, ce sont ces crédits-là qui sont gelés », avait-elle affirmé.

Les syndicats réclament une information « complète » sur la traduction des coupes budgétaires

La séquence n’avait guère convaincu du côté des syndicats. « La ministre tente de rassurer, mais si ces économies ne se font pas sur les postes, il faut qu’elle nous dise où elles se feront, ça doit être clair, pour les enseignants et pour les familles », notait auprès de l’AFP Élisabeth Allain-Moreno, secrétaire générale du SE-Unsa. Une pression réitérée le 3 mars par une intersyndicale regroupant sept organisations. « Nous n’avons à ce jour aucune information sur la traduction concrète de ces coupes budgétaires. Nous ne pouvons nous contenter de vagues engagements ministériels sur l’absence de suppressions de postes dans les mois à venir », ont-ils prévenu dans un communiqué. Le point sera abordé le 13 mars, à l’occasion d’un comité social d’administration ministériel de l’Éducation nationale (CSAMEN).

Olivier Paccaud, rapporteur (LR) sur les crédits de la mission « enseignement scolaire » dans le budget, ne s’est pas montré surpris durant l’audition au Sénat face au tableau dépeint par Thomas Cazenave. « Ces crédits supprimés répondent à la sous-exécution des dépenses de personnel. Cela veut dire clairement que vous n’avez pas réussi à recruter, notamment pour les AESH et peut-être certains professeurs. Pourquoi vous n’en avez pas tenu compte il y a deux mois et demi au moment du budget ? Nous vous avions suggéré un amendement de sincérisation avec une baisse de 600 millions d’euros sur la gestion des personnels. On avait constaté une sous-consommation de ces crédits, depuis plus de 10 ans. Ça a été rejeté d’un revers de manche », s’est exclamé le sénateur de l’Oise.

« Que de contradictions ! » : Les interrogations demeurent sur le financement des groupes de niveaux

Mais là n’est pas la principale interrogation selon ce professeur agrégé. Comme le rapporteur général Jean-François Husson (LR), le parlementaire se demande comment, avec un budget réduit de 692 millions d’euros, l’Education nationale peut malgré tout mettre en œuvre les récentes promesses de l’exécutif. Il est question d’un renforcement de la médecine scolaire, de la prise en charge par l’État de l’accompagnement des élèves en situation de handicap par les AESH durant la pause méridienne ou encore, en premier lieu, du « choc des savoirs » avec la création des fameux de groupes de niveaux en français et mathématiques pour les collégiens en difficulté.

« Je peux vous dire que ça va vous coûter cher. Vous supprimez 692 millions d’euros mais vous annoncez de nouvelles dépenses. Que de contradictions. Je ne sais pas si la boussole fonctionne, ou s’il y a un Triangle des Bermudes, mais on ne comprend plus rien à vos contradictions », s’est insurgé Olivier Paccaud.

Thomas Cazenave s’est voulu formel, l’engagement des groupes de niveaux sera « tenu ». « Les ETP (équivalents temps plein) nécessaires pour mettre en œuvre de dispositif ont été évalués, ils seront tenus même avec le décret d’annulation », a-t-il insisté. Pour rappel, le ministre de l’Éducation nationale prévoit 2300 équivalents temps plein pour ces groupes de niveaux. Cette estimation est d’ores et déjà critiquée par les représentants des enseignants, le Syndicat national des personnels de direction de l’Éducation nationale (SNPDEN) le jugeant « insuffisant pour couvrir les besoins ».

Ce jeudi, dans une interview donnée au Monde, Nicole Belloubet annonce qu’il faut « introduire une certaine souplesse pour les principaux de collège ». « Ma préoccupation est de tout faire pour rendre possible cet engagement et de le rendre applicable sur le terrain », a-t-elle exposé.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: E.. Borne conference de presse de rentree scolaire
3min

Éducation

Rentrée scolaire : les mathématiques font leur grand retour au baccalauréat

À l’occasion de sa conférence de presse de rentrée, la ministre de l’Éducation nationale, Élisabeth Borne, a détaillé sa feuille de route. Parmi les mesures phares, une révision en profondeur des modalités d’évaluation du baccalauréat et le retour des mathématiques dans les épreuves anticipées.

Le

COLOMBES: une ecole elementaire face a la canicule
8min

Éducation

Canicule et écoles fermées : pourquoi la France tarde-t-elle à adapter ses bâtiments scolaires aux fortes chaleurs ?

Face à la canicule, plusieurs collectivités ont préféré laisser leurs établissements scolaires fermés, les bâtiments étant souvent mal adaptés à la chaleur. Depuis 2019, la loi impose aux bâtiments publics des objectifs en matière de consommation d’énergie et d’isolation thermique, mais l’adaptation du parc scolaire, qui devrait mobiliser plusieurs dizaines de milliards d’euros sur la décennie, reste un défi de taille.

Le

Back to school in Bordeaux
7min

Éducation

« On amuse la galerie », « ça m’agace », « regret sur le périmètre » : la convention citoyenne sur les temps de l’enfant passe mal chez les sénateurs

Voulue par Emmanuel Macron, la convention citoyenne sur les temps de l’enfant doit mener une réflexion notamment sur la question sensible des rythmes scolaires, dont la durée des grandes vacances. Au Sénat, les sénateurs pointent soit le principe même de la convention, ou regrettent un champ de travail trop restreint, ou tombant à côté.

Le

Rentree scolaire avec Uniforme Ecole Ronchese Nice
8min

Éducation

« Un système éducatif en situation d’échec » : le constat sévère de la Cour des comptes sur l'école primaire

Rythmes scolaires, attractivité du métier d’enseignant, niveau des élèves… Dans un rapport publié ce mardi 20 mai, la Cour des comptes établit un bilan général du fonctionnement de l’école primaire. Dans leur rapport, les Sages font état d’un « système éducatif en situation d’échec », d’inégalités croissantes entre les élèves et d’un manque d’attractivité du métier de professeur des écoles préjudiciable à la qualité d’enseignement.

Le