Éducation
Parcoursup 2026 : le coup d'envoi est lancé
La phase d’inscription de Parcoursup, la plateforme d’admission post-bac a ouvert en ce lundi 19 janvier. Une session 2026 marquée par des nouveautés.
Le
Par Romain David
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Emmanuel Macron relance le débat sur la réforme des rythmes scolaires, véritable serpent de mer de son second quinquennat. Dans un entretien pour le média Brut diffusé jeudi, le président de la République a réaffirmé sa volonté de réorganiser le temps passé en classe, notamment en allégeant la charge de travail quotidienne. « Il faudrait aller vers des journées plus courtes pour nos collégiens et nos lycéens, sans doute commencer un peu plus tard le matin, avoir des journées qui finissent plus tôt pour faire du sport, des activités culturelles », a-t-il expliqué, estimant « qu’avec des journées moins chargées, on apprend mieux. »
« La contrepartie, c’est sans doute d’avoir des vacances plus courtes », poursuit le chef de l’Etat, alors que les élèves du primaire et du secondaire disposent actuellement de 16 semaines de vacances par année scolaire, dont deux mois plein l’été. « On pourrait reprendre un peu plus tôt au mois d’août, on pourrait partir un peu plus tard en vacances. Je pense qu’un gros mois de vacances, ce serait envisageable », a-t-il expliqué.
Faut-il s’attendre à la présentation d’une réforme dans les prochains mois ? « C’est le gouvernement qui va avoir à agir », a simplement indiqué Emmanuel Macron. Pourtant, le ministre de l’Education nationale Édouard Geffray a coupé court début janvier à une telle hypothèse, renvoyant ce débat à la présidentielle. « La question des rythmes scolaires ne peut pas se régler pour la rentrée 2026, d’abord parce qu’on a besoin de stabilité et surtout parce que ce n’est pas quelque chose que l’on peut réussir en six mois », a-t-il expliqué dans un entretien à Ouest France.
Ce n’est pas la première fois que le locataire de l’Elysée s’exprime sur ce sujet. À vrai dire, le débat a été lancé par plusieurs candidats pendant la dernière campagne présidentielle. Notamment l’écologiste Yannick Jadot dont le programme sur l’éducation proposait un rééquilibrage entre les temps consacrés aux savoirs fondamentaux et ceux consacrés aux savoirs pratiques, quitte à réduire la durée des vacances scolaires d’été. « Tous les pays qui obtiennent de meilleurs résultats scolaires que nous ont moins de congés scolaires », avait-il expliqué dans un entretien au quotidien La Croix.
Un an après sa réélection, en juillet 2023, alors qu’il est en déplacement à Marseille, Emmanuel Macron est invité à réagir à des propos tenus quelques jours plus tôt par son ancien Premier ministre Edouard Philippe, souhaitant une « réorganisation des rythmes sur l’année », avec une réduction des temps de vacances en maternelle et en cours élémentaire. « On doit rouvrir un débat qui est celui du temps scolaire dans l’année, qui est une des autres grandes hypocrisies françaises », répond le président, ciblant lui aussi la durée des vacances, qu’il juge être un facteur d’inégalité. Ainsi le chef de l’Etat estime que « les enfants des quartiers », qui n’ont pas accès aux mêmes éléments de stimulation culturelle que d’autres, désapprennent plus vite que leurs autres camarades pendant la période des vacances.
Lancée en juin dernier, la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a rendu ses conclusions à l’automne. Les 133 citoyens tirés au sort pour plancher sur ce sujet ont formulé 20 propositions, parmi lesquelles le passage à une semaine de cinq jours de classe, un décalage de l’heure de début des cours à 9 heures au collège et au lycée, ainsi qu’un allongement de la durée de la pause méridienne à 1h30.
En revanche, les membres de la Convention ont fait le choix de conserver le volume actuel des vacances. Ils proposent simplement de revoir leur ventilation entre septembre et juin, avec une alternance 7 semaines de cours pour 2 semaines de repos. Les 8 semaines de vacances d’été, quant à elles, sont maintenues. Très loin donc, de la volonté présidentielle de raboter la coupure estivale.
« Lorsque ces travaux ont été publiés, tout le monde a pudiquement détourné le regard. Il a fallu attendre 48 heures pour avoir une réaction de la Haut-commissaire à l’Enfance », se souvient la sénatrice socialiste de Paris Colombe Brossel, qui a notamment été adjointe à la vie scolaire et à la réussite éducative auprès de Bertrand Delanoë.
Le silence avec lequel la classe politique a accueilli les propositions de la Convention citoyenne tranche nettement avec les deux précédents exercices du genre sur l’environnement et la fin de vie. D’aucuns ont pu reprocher aux membres de la Convention d’avoir outrepassé leur mandat en élargissant aussi leur questionnement aux apprentissages, dans la mesure où la réflexion sur les temps scolaires leur a semblé indissociable de la manière dont ce temps devait être occupé. « La séparation entre des apprentissages qui seraient théoriques et d’autres qui seraient pratiques ne nous semble pas pertinente pédagogiquement, sans compter les difficultés en termes de gestion des infrastructures », avait notamment commenté la CFDT dans un communiqué.
« L’intérêt de cette convention, c’est d’avoir amorcé le débat dans sa globalité », reconnaît Colombe Brossel. « Leurs travaux étaient très intéressants à lire mais l’exercice était, en quelque sorte, vicié depuis le départ avec un président qui a voulu imposer une réponse avant d’avoir posé la question », explique-t-elle.
« On a aujourd’hui une Education nationale qui va mal, avec des enseignants parmi les moins bien payés d’Europe et des classes surchargés », poursuit Colombe Brossel. « Ces sujets doivent être traités en même temps que la question des temps scolaires, On ne peut pas saucissonner les choses », estime la sénatrice, qui voit mal une telle réforme aboutir avant la présidentielle. « Ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas avancer sur certaines urgences d’ici 2027, comme le statut des AESH ou les revalorisations de salaires », ajoute-t-elle.
« Nous sommes face à un sujet complexe avec lequel le président de la République se comporte comme un éléphant dans un magasin de porcelaine », tempête le sénateur LR Max Brisson. « Je n’ai pas d’idées préconçues sur cette question. Mais j’ai une conviction : elle ne se pose pas de la même manière pour une école parisienne et pour un petit village de campagne avec trois classes. Une approche globale sur les rythmes scolaires, imposée par le haut, me paraît vouée à l’échec », avertit l’élu.
Si une réforme doit voir le jour, cet ancien inspecteur général de l’Éducation nationale appelle à élargir la consultation, au-delà des travaux de la Convention citoyenne, aux élus locaux et aux acteurs économiques. « La France est un pays touristique et nous ne pouvons pas nous exonérer du poids de certains usages. Vous imaginez une rentrée scolaire à Paris, un 15 août, comme le font les cantons suisses protestants ? », interroge-t-il.
Il évoque également l’impact social que pourrait avoir, sur les familles, la remise à plat des horaires quotidiens. « Si les élèves passent autant d’heures à l’école, c’est parce que nous avons construit notre système de garde autour de l’école, toute l’organisation du périscolaire en découle », explique-t-il. « Les parents déposent leurs enfants tôt pour pouvoir aller travailler, puis ils viennent généralement les rechercher sur le chemin du retour. Moi, je veux bien qu’on les lâche à 15 heures. Mais qui sera en mesure de gérer le reste de la journée ? »
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