Rentree scolaire 2020, visite du college de Cuxac-Carbardes
Madame la Prefete de l'Aude, Sophie ELIZEON, effectue une visite de rentree scolaire au college Antoine Courriere. En prevention du coronavirus, les eleves de plus de 11 ans doivent etre masques en cours ainsi que pendant la recreation. Dans les locaux de l'internat. Illustration de smartphones.//LODIFRANCK_11810/2009041133/Credit:LODI Franck/SIPA/2009041135

Interdiction des smartphones au collège : plusieurs départements refusent de financer des casiers

Pour interdire les téléphones portables au collège, il faudra doter les établissements volontaires de casiers. Plusieurs départements refusent de les financer, et dénoncent une mesure prise sans concertation avec les élus locaux.
Samia Dechir

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L’annonce les a surpris. Le 27 août dernier, les élus des départements apprennent dans la presse l’interdiction totale des téléphones portables expérimentée dans 200 collèges dès la rentrée, avant une généralisation en 2025. « N’étant pas concerné par la pause numérique, j’avais mon téléphone sur moi. La ministre aurait utilement pu m’appeler pour régler les détails d’une mesure généralisée à laquelle les Départements sont opposés et qui aurait a minima mérité quelques ajustements et précisions » a publiquement regretté François Sauvadet, président de Départements de France (DF).

S’il partage l’objectif de la mesure, il s’inquiète en revanche de son coût. Il est en effet question d’équiper les établissements de casiers sécurisés ou d’étuis anti-ondes. « Qui va financer les casiers dans ces 200 premiers collèges ? » s’interroge François Sauvadet. Pour les quelques 6 980 établissements dont les départements ont la charge, le coût global est estimé à plus de 125 millions d’euros. L’Etat a déjà fait savoir qu’il ne financerait pas le dispositif.

« Une mesure prise par l’Etat avec les moyens des autres »

Plusieurs départements ont prévenu : eux non plus ne débourseront pas un centime. C’est le cas du Loiret, du Loir-et-Cher et de l’Indre-et-Loire. « C’est une fois de plus une mesure qui est prise par l’Etat avec les moyens des autres » s’insurge Judicaël Osmond. Le Vice-Président du Conseil Départemental d’Indre-et-Loire en charge des collèges a déjà fait le calcul. « Pour un collège de 400 élèves, l’équipement en étui anti-ondes, c’est environ 9000 euros. On a 24 000 collégiens et 54 collèges publics ! » raconte l’élu de droite qui dit avoir du mal à boucler son budget. Les établissements volontaires d’Indre-et-Loire devront donc financer l’expérience sur leurs fonds propres.

Même refus dans le Lot, où deux établissements ont déjà sollicité le Conseil Départemental pour financer l’achat de casiers. « Nous n’avons pas donné suite » raconte Catherine Prunet, Vice-Présidente en charge de l’Education. « Quand on entend Mr Le Maire ce matin dire que le déficit s’aggrave à cause des dépenses des collectivités, alors qu’on est confrontés à des dépenses dont on n’est pas décisionnaires ! » s’énerve l’élue de gauche. « Moi j’aurais aimé que l’Etat se donne les moyens humains de faire respecter la loi ».

« Pour une pause numérique, on a surtout besoin de personnel de vie scolaire »

En réalité, l’utilisation des téléphones mobiles dans les collèges est déjà interdite par la loi du 3 août 2018. Mais sur le terrain, les établissements manquent de bras pour faire appliquer la mesure. « Pas besoin de réinventer l’eau chaude », ironise Stéphane Troussel, président du Département de Seine-Saint-Denis. « Pour faire respecter la pause numérique, on a besoin de personnel de vie scolaire, des Assistants d’éducation (AED) et des Conseillers principaux d’éducation (CPE) qui sont aujourd’hui en nombre insuffisant ».

L’élu socialiste s’inquiète lui aussi de l’addiction aux écrans des élèves. « Beaucoup de parents sont désarmés. Ce n’est pas pour rien que de grands hôpitaux comme Avicenne ou Jean Verdier ont ouvert des consultations spécialisées sur le sujet en Seine-Saint-Denis », reconnaît Stéphane Troussel. Lui ne refusera pas de financer des casiers pour un établissement qui le demande. « S’il le faut on le fera, mais il y a déjà des casiers dans nos établissements, et ils sont en mauvais état quand il n’y a pas de personnel de vie scolaire. C’est faux de dire que cette question peut être réglée par un outil technique ».

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