« Les écrans créent une rupture empathique dans la société » alerte Gilles Vernet, le banquier devenu instituteur

J.P. Morgan, UBS, il avait une carrière toute tracée dans la banque, avant de tout abandonner pour devenir prof. Un enseignant qui a tiré de son expérience auprès des enfants des films et des livres. Autant de réflexions sur notre rapport au numérique et à l’avidité du monde. Gilles Vernet était l’invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission « Un monde, un regard ».
Simon Nicolle

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C’est l’histoire d’un « tête à queue », d’une sortie de route, d’un virage à 180 degrés ; celle d’un banquier d’affaires devenu instituteur dans un quartier populaire de Paris. Voilà 20 ans que Gilles Vernet enseigne, 20 ans qu’il dédie sa vie aux enfants, 20 ans qu’il a tourné le dos à une première carrière prometteuse mais qui n’avait de sens, que celui de l’accumulation. Même si « je ne roulais pas en Ferrari » avoue-t-il, « j’étais dans un métier où l’argent est roi. J’aidais des gens très riches à devenir plus riches ».

C’est au moment où il apprend la maladie incurable de sa mère, qu’il rentre de New-York, persuadé alors qu’il faut désormais rendre à sa mère le temps qu’elle lui avait pleinement consacré dans son enfance.

La première des éducations, celle de la famille

Quand Gilles Vernet évoque la présence de sa mère lorsqu’il était enfant, il dit d’elle, qu’elle a été sa « bonne étoile ». Pour lui, au-delà de son expérience personnelle, « les premières heures [de la vie] sont décisives car elles fondent notre appréciation du monde […] Quand on a 100 ans, un an c’est un centième de notre vie. Quand on en a deux, c’est la moitié ». Boris Cyrulnik le formulait avant lui, la sécurité affective est le meilleur élan pour lancer l’enfant dans sa vie à venir.

C’est persuadé qu’il faut consacrer du temps aux enfants qu’il décide alors de devenir instituteur. « Dès mes premières expériences de classe, j’ai adoré ce métier parce qu’il a un sens d’une profondeur… ». Il transmet tout à la fois les valeurs, l’histoire de la République et son amour des maths.

Oser une pédagogie nouvelle

Un parcours extraordinaire qui l’encourage à enseigner autrement et à s’interroger sur les écueils d’une société toujours plus rapide et connectée. « Pour les enseignants qui veulent pousser des projets, il y a des moyens à l’éducation nationale » assure Gilles Vernet.

Et Il est bien placé pour en parler, lui qui a successivement réalisé trois films avec les enfants de classes de CM2 qu’il a eues : Tout s’accélère où il interroge la notion du temps qui défile, puis Dix mois d’école et d’Opéra, où il filme le défi relevé par ses élèves d’écrire et de monter en deux ans un opéra-ballet.

Mais c’est peut-être via l’expérimentation à l’origine de son dernier film Et si on levait les yeux, qu’il a vu chez ses élèves plus que des lueurs d’espoir.  « Pendant ces 10 jours, les enfants -privés de leur portable- n’ont pas demandé leurs écrans mais ils ont créé des liens entre eux » s’enthousiasme-t-il. Il est plus complexe « d’apprendre à vivre ensemble entre humains, de composer » que de demander à une machine : « la machine n’adore pas, il n’y a pas à discuter avec, elle obéit ».

Pour lui, les écrans créent « une rupture empathique dans la société, il n’y a qu’à voir dans le métro pour le ressentir ». C’est aux parents d’alterner les rythmes, « l’enfant ne va pas lire tout le temps, mais ne sera pas tout le temps sur les écrans non plus ». Une discipline qui, selon lui, permettrait de mieux protéger les enfants face à l’immixtion du numérique dans leurs vies.

L’émission est à retrouver ici.

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