Mineurs et réseaux sociaux : un vent d’interdiction va souffler sur l’Europe 

Alors que la France a interdit fin janvier les réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, plusieurs pays européens devraient faire de même. La balle est dans le camp de la Commission européenne pour mettre en œuvre techniquement l’application de cette interdiction et mieux réguler les plateformes numériques qui hébergent ces réseaux, notamment les géants de la tech américains. C’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat (diffusée samedi à 16h30).
Alexandre Poussart

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C’est une première en Europe. L’Assemblée nationale a voté, fin janvier, l’interdiction des réseaux sociaux pour les mineurs de moins de 15 ans. Une interdiction qui vise à protéger les jeunes des effets nocifs de ces réseaux : trouble de l’attention, stress et anxiété, exposition à la violence, harcèlement… “Le constat du danger de ces plateformes pour la santé mentale des jeunes est désormais partagé. Début 2024, le président de la République Emmanuel Macron avait lancé une commission d’experts sur les effets des écrans sur les enfants, et parmi les conclusions, il y avait cette majorité numérique”, se réjouit Stéphanie Yon-Courtin, eurodéputée française, membre du groupe centriste Renew au Parlement européen, interrogée dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat (diffusée samedi à 16h30). 

Alors que le Parlement européen a voté, en novembre dernier, un rapport préconisant cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 16 ans, plusieurs Etats-membres de l’Union européenne souhaitent emboîter le pas de la France. C’est le cas de l’Espagne, du Portugal, du Danemark ou encore de la Roumanie. A l’automne dernier, l’Australie a été le premier pays au monde à adopter cette interdiction. “Je ne suis pas sûr que cette mesure fonctionne réellement, car les jeunes trouveront toujours un moyen de contourner cette interdiction”, estime Ivaylo Valchev, eurodéputé bulgare, membre du groupe des Conservateurs et Réformistes européen, à la droite de l’hémicycle. “Comme on dit en Bulgarie, la loi est une porte au milieu du champ. On peut passer par cette porte mais on peut aussi la contourner.” 

“Les contournements existeront toujours mais il faut une protection minimale de nos jeunes”, lui répond son homologue française. “C’est la même situation que pour l’alcool, interdite aux moins de 18 ans. Mais quel jeune n’a pas essayé de boire un peu d’alcool avant cet âge ?”

Dans le cadre de son plan de lutte contre le cyberharcèlement présenté ce mardi, l’Union européenne va mettre en place un groupe d’experts sur la protection de l’enfance afin de la conseiller sur une future restriction d’âge à l’échelle européenne.

Un système de vérification d’âge solide

Si chaque Etat-membre peut voter l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs, la mise en œuvre technique de cette mesure relève de la compétence de la Commission européenne qui régule le secteur du numérique en Europe. Une carte d’identité numérique est testée en ce moment dans 5 pays de l’UE, dont la France, afin de permettre une identification sécurisée des utilisateurs des plateformes. 

Une possible atteinte aux données personnelles et de surveillance politique, estime l’eurodéputé bulgare Ivaylo Valchev, qui prend l’exemple “d’un jeune qui deviendrait journaliste par la suite. Toutes ces traces numériques pourraient être utilisées contre lui par le pouvoir.”   

Un aveu d’échec dans la régulation des plateformes numériques

Cette interdiction des réseaux sociaux aux mineurs révèle-t-elle l’échec de la régulation européenne des plateformes numériques qui les hébergent, notamment les géants de la tech américains ? L’Union européenne a pourtant adopté ces dernières années le règlement sur les services numériques (DSA pour Digital Services Act) qui oblige ces plateformes à lutter contre les contenus violents, la désinformation et faire la transparence sur leurs algorithmes. D’ailleurs la justice française enquête actuellement sur Grok, l’intelligence artificielle de ce réseau social X (ex-Twitter), propriété d’Elon Musk, qui détourne de personnes réelles pour les dénuder.

“J’ai appelé à suspendre Grok pendant 6 mois si jamais cette IA continue à dénuder des femmes. Le principe est simple : ce qui est interdit dans la vie réelle doit l’être sur le numérique”, rappelle Stéphanie Yon-Courtin.  

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