Près de 850 000 enseignants ont effectué leur pré-rentrée 2025 dans un contexte de rigueur budgétaire. Alors que François Bayrou a engagé la responsabilité de son gouvernement et annoncé un plan d’économies de 44 milliards d’euros, le ministère de l’Éducation nationale a publié une note sur l’évolution des rémunérations des enseignants entre 2022 et 2023. Celle-ci indique un salaire net moyen de 2 920 euros par mois (primes comprises), en hausse de seulement 0,4 % en tenant compte de l’inflation. « La rentrée se fait avec des moyens préservés, neuf mois après l’adoption du budget 2025 », a affirmé la ministre de l’Éducation en conférence de presse mercredi, tout en reconnaissant que l’adoption du budget 2026 s’annonce « compliquée ». Si le plan d’économies présenté en juillet par François Bayrou inquiète, il prévoit néanmoins une hausse de 200 millions d’euros pour l’enseignement scolaire. Élisabeth Borne assure de son côté que le budget de l’Éducation nationale, premier poste de dépense de l’État, sera « préservé » en 2026.
Un salaire moyen en légère progression entre 2022 et 2023
Une note de la Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (Depp), publiée en août 2025, analyse l’évolution des rémunérations. En 2023, un enseignant titulaire ou assimilé a perçu en moyenne 2 920 euros nets par mois, primes incluses. Pour ceux travaillant à temps complet, le salaire moyen s’élevait à 3 010 euros nets, contre 2 190 euros pour les temps partiels. En euros constants, la hausse atteint + 1,6 % entre 2022 et 2023, après correction de l’inflation. Cette progression résulte principalement du relèvement du point d’indice (+ 3,5 % en juillet 2022, + 1,5 % en juillet 2023), de la prime d’attractivité élargie à certains échelons, et de la revalorisation des indemnités de suivi et d’orientation des élèves. Mais derrière cette moyenne se cachent de fortes disparités, 53 % des enseignants ont vu leur salaire progresser, 17 % l’ont vu stagner et 30 % ont subi une baisse.
Des écarts de rémunérations persistants
Mais derrière la moyenne, la note souligne également des différences structurelles importantes. Un professeur des écoles gagne en moyenne 2 680 euros nets par mois, contre 3 930 euros pour un professeur agrégé, soit un écart de 1,5 fois. Les primes et indemnités expliquent aussi une partie de l’écart, elles représentent 12,6 % du salaire brut d’un enseignant du premier degré, contre 18 % dans le second degré. Les heures supplémentaires jouent également un rôle central, 70 % des enseignants du secondaire ayant vu leur salaire progresser en 2023 le doivent à ces compléments de rémunération.
Une profession désabusée
Malgré ces évolutions, la profession reste en crise. D’après une enquête du SNES-FSU, réalisée en juin 2025 auprès de 10 000 enseignants, 86 % se disent « désabusés » et 64 % déclarent avoir envisagé de démissionner depuis 2023. La première raison évoquée reste le niveau trop bas des salaires et l’absence de perspectives de progression. Les comparaisons internationales confirment ce décrochage, selon un rapport de l’OCDE de 2024, les salaires réels des enseignants français n’ont progressé que de 1 % en huit ans, contre + 4 % en moyenne dans les pays membres. Déjà en 2022, un rapport sénatorial pointait le retard français en matière de rémunérations et d’attractivité, malgré une charge de travail parmi les plus élevées d’Europe. Face aux difficultés de recrutement de l’éducation nationale, Emmanuel Macron avait annoncé, fin août 2022, qu’aucun enseignant ne toucherait moins de 2 000 euros par mois à la rentrée 2023. D’après le document, les nouveaux enseignants gagnent en moyenne 2 280 euros nets par mois. Un montant que conteste le SNES-FSU, principal syndicat du second degré, qui dénonce également l’absence de revalorisation en 2024 comme en 2025 dans un communiqué transmis à l’AFP.
Une revalorisation en suspens
Le gouvernement avait promis d’agir. Dans un entretien donné au Monde en mars 2025, Élisabeth Borne reconnaissait un « plateau désespérant » pour les carrières intermédiaires, et avait lancé un cycle de concertations avec les syndicats. Mais celles-ci semblent aujourd’hui au point mort. La ministre de l’Éducation n’a d’ailleurs pas abordé la question salariale lors de sa conférence de rentrée de mardi, censée donner les grandes orientations de l’année scolaire à venir. Ce silence alimente la colère d’une profession qui attend depuis deux ans une nouvelle étape de revalorisation.
À quelques jours de la rentrée des élèves, l’impression qui semble dominer chez les enseignants est celle d’un rendez-vous manqué.