GANGES: French president visits Louise Michel school in Ganges

Salaires des enseignants : « Les mesures annoncées ne sont pas de nature à créer un choc d’attractivité », selon la sénatrice Céline Brulin

En déplacement dans un collège de l’Hérault, à Ganges, Emmanuel Macron a présenté plusieurs mesures en matière d’éducation. Le président de la République a annoncé des augmentations de revenus pour tous les enseignants, sans conditions, et un « pacte », basé sur le volontariat.
Henri Clavier

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En juin 2022, un rapport sénatorial pointait le retard français en matière de rémunération des enseignants et d’attractivité du métier. On apprenait alors que les enseignants français affichaient des niveaux de rémunérations largement inférieurs à la moyenne de l’Union européenne, tout en présentant l’une des plus importantes charges de travail d’Europe, comme le rapporte le journal Le Monde. Actuellement, un professeur des écoles en début de carrière perçoit un salaire de 1 698 euros net par mois, avec l’ajout de plusieurs primes, la rémunération monte à 1924 euros net par mois. Face aux difficultés de recrutement de l’éducation nationale, l’exécutif avait annoncé, fin août 2022, qu’aucun enseignant ne toucherait moins de 2 000 euros par mois à la rentrée 2023. Lancées en novembre 2022, les concertations avec les principaux syndicats avaient échoué et les syndicats avaient quitté les négociations début mars. Pour rappel, les crédits alloués au ministère de l’Education nationale ont fait l’objet d’une augmentation dans le budget de 2023.

Lire aussi » Education : Pap Ndiaye défend un budget pour 2023 en hausse, qui entérine la revalorisation des enseignants

 

Dans son allocution de lundi 17 avril, Emmanuel Macron a manifesté sa volonté d’accélérer, en particulier sur l’éducation, en annonçant que l’école allait « changer à vue d’œil » grâce à de meilleures rémunérations et un « remplacement systématique » des enseignants absents. Aujourd’hui, après plusieurs mois de tâtonnement, le président de la République a clarifié ses intentions. Les salaires seront revalorisés entre 100 et 230 euros, sans conditions et à tous les niveaux de carrière. L’augmentation pourra néanmoins s’élever jusqu’à 500 euros par mois (socle compris) en participant, volontairement, au « pacte » présenté par Emmanuel Macron. Le « pacte » consiste à accorder une augmentation de rémunération en échange de l’accomplissement de nouvelles tâches par les enseignants. Ces missions peuvent consister en des remplacements de professeurs absents, le développement de projets pédagogiques ou encore la participation au dispositif « devoir faits ». Les contours du dispositif restent flous même si le président de la République affirme faire le « pari » qu’un tiers des enseignants y participera.

Entre 100 et 230 euros supplémentaires, une première avancée

Si l’augmentation du salaire des enseignants, sans conditions et pour tous les niveaux de carrière répond à une demande forte des syndicats de l’enseignement, l’insatisfaction domine toujours. « C’est un peu en dessous de ce qui était annoncé puisque, à la base, une augmentation de 10 % était prévue », note Céline Brulin, sénatrice CRCE (communiste républicain citoyen et écologiste) de la Seine-Maritime, tout en reconnaissant qu’une augmentation était nécessaire. « Les annonces ne sont pas sans intérêt, les sommes annoncées sont une avancée », reconnaît Max Brisson, sénateur Les Républicains des Pyrénées-Atlantiques.

Des avancées nécessaires mais pas suffisantes selon les sénateurs mais également selon les syndicats de l’enseignement. Pour Guislaine David, porte-parole du Snuipp-FSU, le syndicat majoritaire dans le primaire, « on reste loin des salaires de nos voisins européens ». La Snuipp-FSU plaidait pour une augmentation mensuelle de 300 euros. « Ces 100-230 € net supplémentaires, on va les prendre, même si c’est insuffisant », considère Sophie Vénétitay, secrétaire générale du principal syndicat dans les collèges et lycées, Snes-FSU. Les syndicats peuvent tout de même se féliciter que les augmentations se fassent sur l’ensemble de la carrière », tempère Céline Brulin.

Travailler plus pour gagner plus ? Le « pacte » divise

Si l’augmentation de la rémunération est jugée insuffisante, « ce qui mobilise les enseignants c’est la partie pacte », rappelle Céline Brulin. La nécessité de réaliser des tâches supplémentaires pour bénéficier d’une augmentation est largement décriée. « Le donnant-donnant pourrait fonctionner si les enseignants pouvaient travailler plus, mais ils sont déjà parmi ceux qui travaillent le plus en Europe », précise Céline Brulin (CRCE). Une critique partagée par certains syndicats qui considèrent que les enseignants ne seront pas en mesure d’effectuer ces activités supplémentaires. Surtout, l’idée de « pacte » véhiculerait une forme de suspicion à l’égard des enseignants et de leur temps de travail effectif.

Pour d’autres, au contraire, le « pacte » peut être une façon pertinente de répondre à l’absence de rémunération de certaines activités. « La part liée à des activités supplémentaires ne me choque pas et peut me convenir. Il y a des professeurs qui travaillent beaucoup et qui sur la feuille de paie n’ont pas plus que celui qui se contente de faire son service. Beaucoup de tâches qui font vivre l’établissement ne sont pas rémunérées », analyse Max Brisson (LR). Malgré l’importance d’une revalorisation financière, personnels politiques comme syndicats considèrent à la quasi-unanimité que le problème principal est celui de l’attractivité des carrières d’enseignants.

« Il n’y a pas de ligne conductrice sur l’attractivité du métier »

La (très) faible rémunération des enseignants français par rapport à leurs voisins européens constitue un frein évident à l’attractivité mais n’en est pas l’unique cause. Pour le sénateur LR de la Meuse, Gérard Longuet, auteur d’un rapport sur le sujet, il y a urgence à « réfléchir à une politique plus mobilisatrice ». « Il n’y a pas de ligne conductrice sur l’attractivité du métier, le président s’est polarisé sur la question des salaires, mais elle n’est qu’un élément, il ne parle pas de comment on refait du métier d’enseignant un métier envié », regrette Max Brisson. Une occasion manquée d’aborder des sujets cruciaux inhérents aux conditions de travail des enseignants et qui expliquent, en partie, le désamour croissant que subit la profession. Selon Max Brisson, les revalorisations financières ne « suffiront pas à provoquer un afflux massif de candidats pour les concours ».

« Rien n’a été annoncé sur les effectifs dans les classes, alors que les effectifs sont trop importants, les mesures annoncées ne sont pas de nature à créer ce choc d’attractivité », regrette Céline Brulin, le président de la République avait pourtant fait du dédoublement des classes de CP et de CE1 une mesure phare de son premier quinquennat.

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