Assurance chômage : quand les gestionnaires de l’Unédic exprimaient leur malaise au Sénat

Les deux plus hauts représentants de l’organisme en charge de la gestion de cette protection sociale s’étaient montrés un brin irrité mi-mars devant le Sénat, alors que le gouvernement multipliait les coups de boutoirs sur l’assurance chômage.
Guillaume Jacquot

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Nouveau tour de vis en vue pour l’assurance chômage. Invité du 20 heures de TF1, mercredi soir, Gabriel a réaffirmé sa volonté d’aboutir à une nouvelle réforme de l’assurance chômage d’ici l’automne, afin d’améliorer le retour vers l’emploi. Évoquant notamment la piste d’une réduction de la durée d’indemnisation des chômeurs, il a demandé à la ministre du Travail Catherine Vautrin « de préparer de nouvelles négociations » avec les partenaires sociaux.

L’annonce intervient alors qu’une nouvelle convention d’assurance chômage a été négociée à l’automne par les organisations syndicales et patronales. L’accord n’a toujours pas toujours pas été validé par l’exécutif, alors que se tient en parallèle une négociation sur l’indemnisation des demandeurs d’emploi senior. Ce volet devrait faire l’objet d’un avenant à l’accord.

Invitée sur France Info ce matin, la ministre du Travail a estimé que cet accord conclu à l’automne n’était « pas caduc », mais que la lettre de cadrage, qui a fixé le cadre des négociations, ne correspondait pas à « la situation économique de mars 2024 ». D’où l’idée d’une renégociation.

Interrogés au Sénat le 20 mars sur les perspectives financières et la gouvernance de leur régime, les deux plus hauts représentants de l’Unédic (l’organisme paritaire en charge de l’assurance chômage) avaient fait état de frictions dans leurs relations avec l’État. « Nous sommes, j’insiste, au milieu du gué. Depuis 2019, l’État impose des lettres de cadrage avec des attentes impossibles à tenir. Pour l’ensemble des organisations, la situation n’est pas satisfaisante », regrettait devant la commission des affaires sociales Patricia Ferrand, vice-présidente de l’Unédic. Alors que le gouvernement affiche de plus en plus la tentation de reprendre davantage la main sur la gestion de l’assurance chômage, la représentante de la CFDT au sein de l’instance avait insisté sur l’importance de respecter un certain cadre. « Il existe une loi, l’État ne peut pas reprendre la main du jour au lendemain. Il peut réaliser une nouvelle lettre de cadrage, notamment après un rapport au Parlement qui, à ma connaissance, n’a pas existé ces dernières années. Au-delà des prises de parole publiques, il y a aujourd’hui des règles à respecter », avait-elle souligné.

« Après le premier coup de canif, il peut y en avoir un deuxième »

De son côté, Jean-Eudes Tesson, le président de l’Unédic s’était largement inquiété des conséquences d’une récente réduction des compensations versées par l’État au titre d’exonération de cotisation à l’assurance chômage. Cumulées, ces ponctions amenées à se renouveler d’année et année amputeraient de 12 milliards d’euros les recettes de l’Unédic jusqu’en 2026. « Afin de rembourser notre dette, nous sommes obligés de réemprunter à des taux élevés », a-t-il dénoncé, avant d’insister sur l’incertitude qu’occasionnait ce genre de pratique. « Après le premier coup de canif, il peut y en avoir un deuxième. Nous sommes vigilants, mais nous ne pouvons que communiquer sur cette réalité susceptible de toucher d’autres branches de la protection sociale », a-t-il expliqué.

Interrogé par ailleurs sur le niveau des dépenses d’assurance chômage, le représentant côté patronal de l’Unédic avait répondu : « Un bon niveau de règles consiste à faire en sorte qu’il ne soit pas plus intéressant d’être au chômage que d’occuper un emploi. Le chômage n’est pas un choix, mais il existe des abus. »

Dans un contexte où le ministre de l’Economie et des Finances Bruno Le Maire s’est dit favorable à une étatisation de l’Unédic, Jean-Eudes Tesson avait également indiqué : « Une des missions de l’Unédic, au-delà du versement des indemnités, consiste à assurer la pérennité du régime. Notre organisation est-elle aujourd’hui en capacité d’assurer cette mission ? Si l’on nous laisse faire, je réponds oui ; mais si l’on accroît nos charges tout en nous retirant des recettes, cela est plus difficile. » Pour rappel, l’Unédic ne finance pas seulement les indemnisations auxquelles ont droit les demandeurs d’emploi, qui ont cotisé pour cette assurance, elle finance également France Travail (ex-Pôle Emploi). Sa contribution au service public de l’emploi équivaut à 11 % de ses recettes.

Plus tôt, la numéro 2 de l’Unédic Patricia Ferrand, avait remis en perspective quelques chiffres sur le fonctionnement de cette assurance chômage, plus que jamais dans le viseur du gouvernement. « Aujourd’hui, sur un peu moins de 6 millions de demandeurs d’emploi, 2,6 millions sont indemnisés par l’assurance chômage et 3,7 millions sont couverts. La moitié des travailleurs indemnisés travaillent tous les mois. Quand on stigmatise les chômeurs en leur reprochant de ne pas chercher d’emploi, il convient d’avoir ce chiffre en tête. »

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