À quoi ressemblera la dernière année d’action au ministère du Travail avant l’élection présidentielle ? Jean-Pierre Farandou s’est exprimé sur sa feuille de route des prochains mois ce 9 avril devant la commission des affaires sociales du Sénat.
Un mot est souvent revenu dans son discours : l’efficience. Dans un contexte budgétaire contraint, la rue de Grenelle va devoir s’assurer, comme ce fut le cas dans le budget 2026, du « bon usage de l’argent public ». « Quand l’argent public est rare, il faut encore plus vérifier », a-t-il insisté.
Et d’ajouter : « Vous connaissez le contexte de tension sur les finances publiques, dans lequel on a bâti ces budgets, qui ne va pas s’arranger. Cela donne déjà un peu la couleur dans laquelle nous allons nous retrouver à la rentrée […] Ce sera une tonalité d’effort, ce ne sont pas des budgets faciles que l’on a devant nous », a prévenu le ministre.
Difficulté supplémentaire par rapport à l’an dernier, l’examen des prochains textes budgétaires interviendra en pleine campagne présidentielle, de quoi rendre « plus compliquées » les convergences au Parlement, selon le ministre. L’ancien patron de la SNCF a également averti qu’il n’y aurait « pas tous les ans un joker comme la suspension de la réforme des retraites ». À ce sujet, il a souligné que cette interruption du relèvement de l’âge jusqu’en 2028 « n’entraîne pas la fin des ambitions réformatrices pour équilibrer notre système ».
« On a beaucoup protégé les retraités, un peu au détriment des actifs »
Deux mois après la fin du marathon budgétaire, le ministre du Travail formule par ailleurs deux regrets sur les équilibres de la répartition des efforts. « On a beaucoup protégé les retraités, mais quand on protège beaucoup les retraités, c’est un peu au détriment des actifs », a-t-il analysé. Deuxième point sur lequel il faudra, selon lui, se repencher : la répartition des contributions entre les entreprises et les ménages. « La tentation de taper sur les entreprises, il faut le regarder à deux fois parce que ça peut payer à court terme, mais ça peut être dévastateur à long terme », a mis en garde l’ancien patron.
« On est sur des rustines », a déploré le ministre s’agissant précisément de la dernière loi de financement de la Sécurité sociale. Et de considérer que le « système est à bout de souffle », en raison du vieillissement de la population. Le ministre a annoncé que des experts seraient appelés à mener un « travail de diagnostic ». Au sein de la commission des affaires sociales, le sujet est bien connu, comme en témoigne le rapport produit par Élisabeth Doineau et Raymonde Poncet Monge l’an dernier.
Comme pour le budget de l’État, la situation financière de la Sécurité sociale s’est avérée être moins dégradée que prévu en 2025. Le déficit était attendu à 23 milliards d’euros, le trou de la Sécu a finalement terminé l’année à 21,6 milliards d’euros, grâce à une activité meilleure que prévu. « Si on n’avait pas eu la crise en Iran, on était parti pour faire une bonne année », a regretté le ministre. Les trois premiers mois de l’année « confirmaient qu’on était inscrit sur une bonne trajectoire », a-t-il affirmé.
Son ministère a la responsabilité de la mise en œuvre du chômage partiel, ouvert aux entreprises les plus touchées par la crise. À ce jour, il n’y a « que 40 entreprises qui ont fait appel au dispositif », a-t-il communiqué. Elles étaient une trentaine il y a deux jours.
La jeunesse, « priorité du ministère »
Au-delà de la préparation du prochain budget et de la gestion de cette urgence, imposée par la guerre au Proche et au Moyen Orient, Jean-Pierre Farandou aborde un certain nombre de chantiers, parmi lesquels la jeunesse. Leur insertion professionnelle reste « un enjeu prioritaire » de sa feuille de route. Le gouvernement veut compléter sa stratégie en faveur de l’emploi des jeunes au mois de mai. Après des coupes importantes sur le budget de l’apprentissage – l’enveloppe budgétaire de l’aide aux employeurs a diminué un milliard d’euros sur une année – Jean-Pierre Farandou considère que cette politique n’était « pas loin de l’effort maximum ».
En matière d’efficience des dépenses, Jean-Pierre Farandou a rappelé son attachement à poursuivre la lutte contre la fraude. Un projet de loi chemine au Parlement. L’Assemblée nationale a adopté le 7 avril, après l’avoir modifié, le texte que lui avait transmis le Sénat en novembre. « J’espère que les deux chambres sauront converger », a confié le ministre.
Davantage de contrôles et de prévention pour juguler l’inflation des arrêts maladie
Autre cheval de bataille : la maîtrise des arrêts maladie, dont le nombre a fortement progressé ces dernières années. On en compte désormais 9 millions par an. « En 2017, c’était 11 milliards d’euros, 10 ans plus tard c’est 18 milliards », a alerté le ministre. Il dévoile ce jeudi un plan d’action national, aux côtés de la ministre de la Santé et du ministre des Comptes publics.
Le plan prévoit une série d’actions assez larges, allant de la prévention dans les entreprises à un renforcement des contrôles. En audition, Jean-Pierre Farandou a donné rendez-vous pour la publication du futur plan quadriennal « santé au travail ». Ce matin sur TF1, il avait également annoncé la mise en place d’un « bouton d’alerte » dans les entreprises, pourront actionner auprès de la Sécurité sociale en cas d’absence répétée d’un salarié.
Le recours abusif aux arrêts de courte durée, couplé à un « nomadisme médical » est dans le viseur du gouvernement. Jean-Pierre Farandou défend également la nécessité de réformer les modalités des arrêts de longue durée, et développer les seconds avis médicaux en cas de nécessité. Le ministre rappelle toutefois que l’essentiel des arrêts de travail n’est pas lié à des fraudes, mais relève bien de pathologies, comme les maladies chroniques et l’usure professionnelle, avec la place de plus en plus forte des seniors dans l’emploi, ou encore les problématiques de santé mentale chez les jeunes salariés. « La position de principe n’est pas de dire qu’on a affaire à des millions de Français qui abuseraient. Non, on a des gens qui sont malades », a-t-il déclaré.
Chantier de l’allocation sociale unique
Le dernier grand chantier à venir est le projet de loi pour la création de l’allocation allocation de solidarité unifiée (ASU). L’objectif de cette réforme est d’améliorer le taux de recours, en simplifiant le paysage des aides, tout en incitant plus fortement au travail.
Le texte veut combiner RSA, les aides au logement (APL) et la prime d’activité. Rédigé, le texte a été transmis au Conseil d’État pour avis. « Il devrait être inscrit en Conseil des ministres fin avril ou début mai, on verra dans quel ordre il arrive au Parlement », a annoncé le ministre.
Jean-Pierre Faroudou défend aussi la nécessité d’être « plus juste dans les critères », s’agissant de l’attribution des aides locales. « Le problème, c’est qu’aujourd’hui Il n’y a pas d’homogénéité sur les critères de déclenchement […] Les critères statutaires font que vous n’avez pas intérêt à quitter le statut, ce sont des trappes à RSA ou des trappes à chômage ». Il propose d’introduire le concept de revenu social de référence.