« Le principe, c’est que les retraites payent les retraites », répond Jean-Pierre Farandou sur le financement de la suspension de la réforme de 2023

Le ministre du Travail et des Solidarités, auditionné au Sénat ce 28 octobre, souligne que la compensation proposée par le gouvernement, pour financer l’arrêt provisoire de la montée en charge de la réforme des retraites, « peut être amendée, discutée, transformée ». La lettre rectificative au projet de loi prévoit, pour l’instant, des moindres revalorisations des pensions.
Guillaume Jacquot

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L’ancien patron de la SNCF était jusqu’ici habitué à débattre avec des sénateurs de la commission de l’aménagement du territoire sur les sujets ferroviaires. Place désormais à la commission des affaires sociales, et aux enjeux lourds de la protection sociale. Jean-Pierre Farandou a fait, dans la soirée du 28 octobre, son retour au palais du Luxembourg pour une audition sur le budget 2026, en particulier sur les sujets qui font le plus débat au Parlement. La suspension du relèvement progressif de l’âge de la retraite jusqu’au 1er janvier 2028, que le gouvernement a inséré dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale par lettre rectificative le 25 octobre, a constitué sans surprise l’un des temps forts des échanges.

Élisabeth Doineau (Union centriste) et Pascale Gruny (LR) ont d’abord cherché à tirer au clair les variations dans la communication de Matignon sur le coût de cette interruption temporaire. La lettre rectificative évoque un coût de 100 millions d’euros pour 2026, et de 1,4 milliard pour 2027. Le 8 octobre sur France 2, Sébastien Lecornu évoquait un coût de 3 milliards d’euros en 2027. Une semaine plus tard, à l’occasion de sa déclaration de politique générale, le Premier ministre parlait de 400 millions d’euros en 2026 et de 1,8 milliard en 2027. « On est un peu perdu dans les chiffres », a résumé Pascale Gruny, rapporteure de la branche vieillesse de la Sécurité sociale.

En 2027, un coût de 3 milliards en tenant compte de l’impact sur le PIB, et pas seulement sur l’Assurance vieillesse

« L’assiette [du nombre de salariés concernés, ndlr] a bougé, c’est une première estimation qui avait été faite », a expliqué le ministre au sujet des différences dans les deux estimations annuelles les plus basses. 100 millions en 2026 et 1,4 milliard en 2027 correspondent au seul coût supporté par les caisses de retraite, a-t-il clarifié. Quant aux estimations plus élevées qui ont pu circuler, comme les 3 milliards en 2027, Jean-Pierre Farandou a confirmé qu’il s’agit du coût global, en tenant compte d’une moindre activité à l’échelle nationale. « Les ordres de grandeur sont bons. En gros, il faut faire fois deux. »

« L’effort de financement » portera seulement sur le manque à gagner pour la Sécurité sociale. Pour 2026, le gouvernement prévoit de faire passer les organismes complémentaires de santé à la caisse. Jean-Pierre Farandou assume ce choix. L’an dernier, « leurs primes ont été augmentées alors que la dépense n’est pas arrivée […] donc il n’est pas illogique qu’on appelle à un effort un peu complémentaire », a-t-il justifié. Cette option a déjà fait face à un premier échec en commission des affaires sociales à l’Assemblée nationale, ce lundi.

Pour 2027, le jeu de compensation change de dimension. Le gouvernement a choisi de compenser par une sous-indexation des pensions plus forte que prévu, de 0,9 point inférieur à l’inflation, au lieu de 0,4 point prévu dans le texte initial. « Le principe qui a prévalu, mais le principe on peut en débattre, c’est que les retraites payent les retraites », a défendu Jean-Pierre Farandou. Sur ce point, il se montre ouvert pour la suite. « C’est une proposition. Elle peut être amendée, discutée, transformée. La proposition que nous faisons, c’est d’amplifier un mécanisme qui avait été accepté par les partenaires sociaux à l’occasion du conclave », a-t-il poursuivi.

Un chantier sur le financement de la protection en 2026 ? « Ce n’est pas une décision qui est encore prise […] En tout cas, moi, la difficulté ne me fait pas peur »

« Retraités et travailleurs paieront le maigre bénéfice de cette victoire », s’est exclamée la sénatrice Cathy Apourceau-Poly. La parlementaire communiste a d’ailleurs demandé ce qu’il adviendrait de cet effort supplémentaire prévu sur les pensions, si la suspension faisait les frais d’une opposition d’une suppression au Sénat, annoncée par la droite, puis d’une potentielle confirmation en commission mixte paritaire. Elle n’a pas obtenu de réponse sur ce point.

D’autres sénateurs, comme Laurence Muller-Bronn (LR) et Daniel Chasseing (Les Indépendants), se sont interrogés sur les mesures imaginées par le gouvernement pour améliorer l’emploi des seniors. Le Parlement a récemment adopté le projet de loi qui traduisait un accord des partenaires sociaux en la matière. Jean-Pierre Farandou n’a pas exclu de poursuivre les efforts. « On a renforcé des dispositifs emploi des seniors et on est tout à fait prêt à le faire. On peut continuer à travailler. Si vous avez des idées pour faire mieux que ce qu’on a mis dans la loi, c’est bien volontiers qu’on le fera », a-t-il répondu.

Évoquant les enjeux de démographie, avec la dégradation du ratio entre le nombre de pensionnés et le nombre de cotisants, le ministre du Travail a également évoqué la possibilité d’ouvrir l’an prochain une vaste réflexion sur le financement de la protection sociale, si les parlementaires des deux chambres et les partenaires sociaux en manifestent l’envie. « Ce n’est pas une décision qui est encore prise. De la même manière qu’on a pris la décision d’ouvrir le débat travail-retraite, on est en train de se demander si début 2026, on n’ouvrirait pas le sujet de fond du financement de la Sécurité sociale. S’il y a une forte demande […] J’allais dire : pourquoi pas ? En tout cas, moi, la difficulté ne me fait pas peur. »

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