Climat : le Sénat vote une taxe sur les autoroutes et les grands aéroports

Lundi soir, dans le cadre de l’examen du budget 2024, le Sénat a voté une taxe sur les concessions autoroutières et les aéroports afin de financer le plan d’avenir pour les transports décarbonés.
Simon Barbarit

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Mis à jour le

Il y a bien eu quelques réticences dans l’hémicycle, mais le Sénat a adopté une nouvelle taxe visant les concessions autoroutières et les grands aéroports. La contribution fiscale vise à financer le « plan d’avenir pour les transports », annoncée par Élisabeth Borne en début d’année et qui devrait générer 600 millions d’euros de recettes pour favoriser le développement du ferroviaire.

« Un effet sur les aéroports démesuré »

Cette taxe portera sur les revenus d’exploitation « d’infrastructures de transport de longue distance » qui dépassent 120 millions d’euros et au-dessus d’un seuil de rentabilité de 10 % en moyenne sur 7 ans. Plusieurs élus de la droite et du centre ont déposé des amendements de suppression de cet article ou ont tenté d’exclure les aéroports de cette nouvelle contribution fiscale. « Il y a un effet sur les aéroports qui est démesuré. Ça correspond à un doublement de leur imposition […] Est-ce que les aéroports pourront après faire un travail de décarbonation ? […] Un certain nombre d’aéroports n’arriveront pas à répercuter (cette taxe sur le prix des billets) car le principe de modération tarifaire est inscrit dans la loi. Ils vont perdre en rentabilité », s’est inquiété le sénateur centriste, Vincent Capo-Canellas, qui a déposé un amendement de suppression.

Le sénateur LR, Albéric de Montgolfier a mis en avant « le risque de contentieux » de cette nouvelle taxe. « Je veux également qu’on mette fin à une fable qui consiste à faire croire que seuls les concessionnaires vont payer. Il y aura évidemment des répercussions sur les péages, sur les redevances aéroportuaires ».

Le ministre des Comptes publics, Thomas Cazenave a tenté de rassurer en rappelant que cet article 15 avait été élaboré « dans le cadre d’un travail en amont avec le Conseil d’Etat ». « La fixation des tarifs des péages autoroutiers est encadrée par des dispositions législatives et réglementaires qui empêchent toutes répercussions sur les prix (des péages). La clause du paysage fiscal n’est pas opposable dès lors que la taxe prévue n’est pas spécifique aux sociétés d’autoroutes », a-t-il argué.

En 2021, une commission d’enquête du Sénat avait déjà alerté sur « rentabilité hors normes » des concessions autoroutières. Contre l’avis du gouvernement, le Sénat a adopté un amendement du rapporteur général du budget, le sénateur LR Jean-François Husson, qui prévoit d’affecter une partie de la taxe à hauteur de 50 millions d’euros aux départements et 50 millions aux communes, pour l’entretien des voiries.

« Les collectivités ont de plus en plus de mal à entretenir ce patrimoine routier. Il y a une sorte de logique, là où il y a des concessions autoroutières, à ce qu’une fraction revienne aux départements et aux communes », a justifié Jean-François Husson.

 

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Climat : le Sénat vote une taxe sur les autoroutes et les grands aéroports
8min

Environnement

« Déni démocratique », « faute », « roulette russe » : le service après-vente laborieux du gouvernement au Sénat sur la programmation énergétique

S’estimant mis de côté avec une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publiée par décret, le Sénat a provoqué un débat sur ces choix stratégiques de long terme. Le ministre Roland Lescure a dû faire face à des critiques, nourries, sur la méthode. Sur le fond, une grande partie du Sénat salue la réorientation en matière d’énergie, avec une relance du nucléaire, et un déploiement moins massif de l'éolien terrestre et du solaire.

Le

Climat : le Sénat vote une taxe sur les autoroutes et les grands aéroports
5min

Environnement

« Une position de déni complet » : l’avertissement de Valérie Masson-Delmotte sur le rôle des États-Unis dans la diplomatie climatique

Auditionnée par le Sénat dans le cadre d’une mission d’information sur « la diplomatie climatique française à l’épreuve du monde en tension », la climatologue Valérie Masson-Delmotte a alerté sur un diplomatie climatique mis à l’épreuve des tensions géopolitiques. Dans un contexte marqué par le retrait des Etats-Unis de plusieurs organisations internationales autour du climat sous l’égide de Donald Trump, elle a dressé un constat sans ambiguïté : réchauffement inédit, marginalisation de l’expertise scientifique, rivalités géopolitiques croissantes.

Le

France eoliennes offshore 9th of november 2025
8min

Environnement

Programmation pluriannuelle de l’énergie : l’exécutif, sous pression, maintient le flou

La programmation pluriannuelle de l’énergie est un texte plus qu’attendu, depuis plusieurs années, par les filières françaises de l’énergie. La crise énergétique suite à la guerre en Ukraine, puis l’instabilité politique, ont décalé à de nombreuses reprises sa publication. Maintenant que le budget est en passe d’être adopté, elle revient sur le haut de la pile des dossiers chauds du gouvernement. Mais les doutes subsistent quant à la forme qu’elle prendra et à son contenu.

Le

Zones a Faibles Emissions de la Metropole Nice Cote d Azur
6min

Environnement

Après l’accord trouvé au Parlement, les ZFE vont-elles vraiment être supprimées ?

Réunis en commission mixte paritaire sur le projet de loi de « simplification de la vie économique », députés et sénateurs se sont accordés pour maintenir la suppression des zones à faibles émissions. Un choix vivement contesté à gauche, qui dénonce un sujet de santé publique traité « au détour d’un amendement », tandis que la droite assume une mesure jugée nécessaire, mais appelée à être arbitrée.

Le