Des présidents ? Allain Bougrain-Dubourg en a rencontré durant sa longue action militante pour le vivant. D’Emmanuel Macron, dont il espérait qu’il ferait avancer la protection de la biodiversité, il se dit déçu : « Il est capable de s’imprégner d’un sujet et quand on ressort d’un entretien avec lui, on se dit qu’il a tout compris et qu’on va avancer. » s’enthousiasme-t-il, avant de corriger immédiatement « cela n’avance pas ».
Un chasseur sachant légiférer
Pour le président de la Ligue pour la protection des oiseaux, Valéry Giscard d’Estaing a été « curieusement le président de la République le plus sensible à la cause animale, c’était un très bon naturaliste », alors qu’il pratiquait la chasse régulièrement. Sur le plan de l’action politique néanmoins, il fut à l’initiative de la loi relative à la protection de la nature du 10 juillet 1976 que l’on considère comme une loi fondatrice pour la protection de la nature en France et qui instaure des statuts pour les espèces protégées.
Mais il n’est pas le seul président à avoir fait avancer la cause environnementale. Pour Allain Bougrain-Dubourg, le Grenelle de l’environnement, décidé par Nicolas Sarkozy en 2007, est une réalisation majeure de la préservation de l’environnement. « Le Grenelle de l’environnement a généré deux lois votées à la quasi-unanimité, énormément de choses au quotidien sont le résultat de ces deux lois du Grenelle », assure le militant à l’origine de la notion juridique de préjudice écologique.
Europe Écologie Les Verts (EELV), un parti politique comme un autre ?
« Les Verts devraient avoir un regard prioritaire sur la santé et sur la qualité de vie. Or, ils répondent comme les autres partis à toute la complexité de la société dans laquelle nous vivons », déclare Allain Bougrain-Dubourg, qui préférerait qu’ils sortent d’une forme de banalité pour exprimer leur singularité. Il en reste persuadé : le thème qu’ils défendent avec « honnêteté » correspond à l’attente des Français.
S’il salue l’action de certains élus, il regrette de manière générale que le temps politique reste celui du court terme, de la réponse à l’urgence et au moindre évènement : « La politique c’est comme la nature, il faut savoir planter une graine dont on ne verra jamais l’épanouissement de l’arbre. » D’ailleurs, avoue-t-il, il a toujours renoncé à franchir le cap et à intégrer un ministère. De là où il est, il se sent plus utile, et surtout jamais obligé de transiger sur ses engagements au nom d’une solidarité de parti. « Quand vous avez des ambitions et des convictions, vous êtes parfois obligé de vous soumettre à l’intérieur du parti et ça, ce serait trop dur pour moi ».
Défendre l’écologie devant les tribunaux
D’ailleurs les batailles pour la protection du vivant se jouent avant tout sur le plan judiciaire. Sa plus belle victoire reste, sans nul doute, la création du préjudice écologique, pour que la notion s’impose, il aura fallu dix ans de procédure. En 1999, choqué de ne pas voir prises en compte les conséquences de la marée noire de l’Erika sur le vivant non marchand, il avait porté l’affaire jusqu’en cassation pour qu’enfin toutes les conséquences sur la nature soient prises en compte dans le préjudice : « Avec l’avocat François-Xavier Kelidjian, on s’est dit qu’on allait se battre contre Total pour défendre le vivant sauvage et appeler cela le préjudice écologique ».
Urgence climatique, protection de la biodiversité, même combat
Si l’urgence climatique, elle, semble de plus en plus prise en compte car « nous en mesurons les effets avec les tempêtes, les pluies, les sécheresses », à l’inverse, le président de la LPO regrette le manque d’ambition s’agissant de la protection de la biodiversité : « Si une espèce disparait comme la tortue d’Hermann, nous ne savions même pas qu’elle existait, donc nous pourrions vivre sans. »
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