« Curieusement le président le plus sensible à mon combat pour le vivant était un chasseur », l’hommage d’Allain Bougrain-Dubourg à VGE

Il milite pour la protection de la biodiversité et une meilleure relation entre les vivants, depuis l’enfance. Président de la Ligue pour la protection des oiseaux depuis 1986, il a toujours renoncé aux postes ministériels, préférant l’action militante. Avec le temps et jamais de la même manière, il a vu l’enjeu environnemental être saisi par les différents responsables politiques qu’il a connus. Cette semaine, Allain Bougrain-Dubourg est l’invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.
Simon Nicolle

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Mis à jour le

Des présidents ? Allain Bougrain-Dubourg en a rencontré durant sa longue action militante pour le vivant. D’Emmanuel Macron, dont il espérait qu’il ferait avancer la protection de la biodiversité, il se dit déçu : « Il est capable de s’imprégner d’un sujet et quand on ressort d’un entretien avec lui, on se dit qu’il a tout compris et qu’on va avancer. » s’enthousiasme-t-il, avant de corriger immédiatement « cela n’avance pas ».

Un chasseur sachant légiférer

Pour le président de la Ligue pour la protection des oiseaux, Valéry Giscard d’Estaing a été « curieusement le président de la République le plus sensible à la cause animale, c’était un très bon naturaliste », alors qu’il pratiquait la chasse régulièrement. Sur le plan de l’action politique néanmoins, il fut à l’initiative de la loi relative à la protection de la nature du 10 juillet 1976 que l’on considère comme une loi fondatrice pour la protection de la nature en France et qui instaure des statuts pour les espèces protégées.

Mais il n’est pas le seul président à avoir fait avancer la cause environnementale. Pour Allain Bougrain-Dubourg, le Grenelle de l’environnement, décidé par Nicolas Sarkozy en 2007, est une réalisation majeure de la préservation de l’environnement. « Le Grenelle de l’environnement a généré deux lois votées à la quasi-unanimité, énormément de choses au quotidien sont le résultat de ces deux lois du Grenelle », assure le militant à l’origine de la notion juridique de préjudice écologique.

Europe Écologie Les Verts (EELV), un parti politique comme un autre ?

« Les Verts devraient avoir un regard prioritaire sur la santé et sur la qualité de vie. Or, ils répondent comme les autres partis à toute la complexité de la société dans laquelle nous vivons », déclare Allain Bougrain-Dubourg, qui préférerait qu’ils sortent d’une forme de banalité pour exprimer leur singularité. Il en reste persuadé : le thème qu’ils défendent avec « honnêteté » correspond à l’attente des Français.

S’il salue l’action de certains élus, il regrette de manière générale que le temps politique reste celui du court terme, de la réponse à l’urgence et au moindre évènement : « La politique c’est comme la nature, il faut savoir planter une graine dont on ne verra jamais l’épanouissement de l’arbre. » D’ailleurs, avoue-t-il, il a toujours renoncé à franchir le cap et à intégrer un ministère. De là où il est, il se sent plus utile, et surtout jamais obligé de transiger sur ses engagements au nom d’une solidarité de parti.  « Quand vous avez des ambitions et des convictions, vous êtes parfois obligé de vous soumettre à l’intérieur du parti et ça, ce serait trop dur pour moi ».

Défendre l’écologie devant les tribunaux

D’ailleurs les batailles pour la protection du vivant se jouent avant tout sur le plan judiciaire. Sa plus belle victoire reste, sans nul doute, la création du préjudice écologique, pour que la notion s’impose, il aura fallu dix ans de procédure. En 1999, choqué de ne pas voir prises en compte les conséquences de la marée noire de l’Erika sur le vivant non marchand, il avait porté l’affaire jusqu’en cassation pour qu’enfin toutes les conséquences sur la nature soient prises en compte dans le préjudice : « Avec l’avocat François-Xavier Kelidjian, on s’est dit qu’on allait se battre contre Total pour défendre le vivant sauvage et appeler cela le préjudice écologique ».

Urgence climatique, protection de la biodiversité, même combat

Si l’urgence climatique, elle, semble de plus en plus prise en compte car « nous en mesurons les effets avec les tempêtes, les pluies, les sécheresses », à l’inverse, le président de la LPO regrette le manque d’ambition s’agissant de la protection de la biodiversité : « Si une espèce disparait comme la tortue d’Hermann, nous ne savions même pas qu’elle existait, donc nous pourrions vivre sans. »

L’émission est à retrouver en intégralité ici.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

PARIS: Amelie de Montchalin, Premiere Pdte de la Cour des Comptes presente le rapport sur la transition ecologique 2026
5min

Environnement

Transition écologique : la Cour des comptes appelle le gouvernement à définir des « trajectoires crédibles » de financement pour respecter ses objectifs

Dans un rapport publié ce mercredi 7 octobre, la Cour des comptes dresse un bilan très mitigé des efforts déployés par la France en matière de transition écologique. Pour les Sages de la rue Cambon, l’Etat ne se donne pas les moyens financiers d’atteindre la plupart des objectifs qu’il s’est fixés à échéance 2030. Or, renoncer à engager les investissements nécessaires risque d’engendrer d’importants coûts futurs en matière de réparation ou d'adaptation.

Le

« Curieusement le président le plus sensible à mon combat pour le vivant était un chasseur », l’hommage d’Allain Bougrain-Dubourg à VGE
5min

Environnement

Eté le plus chaud de l’histoire en Europe : « on n’a pas eu de plan d’urgence de l’UE », regrette cette eurodéputée écologiste belge

Feux de forêts intenses, sécheresse record, canicule : l’Europe a été frappée de plein fouet cet été par les conséquences du réchauffement climatique. La présidente de la Commission européenne entend renforcer la résilience climatique de l’UE mais certains eurodéputés critiquent le détricotage du Pacte vert depuis deux ans. On en débat cette semaine dans l’émission Ici l’Europe, diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

« Curieusement le président le plus sensible à mon combat pour le vivant était un chasseur », l’hommage d’Allain Bougrain-Dubourg à VGE
7min

Environnement

Environnement : « On est condamné à faire le deuil d’un climat qui ne reviendra pas », déclare Jean-Marc Jancovici

Cofondateur de Carbone 4 et président du Shift Project, Jean-Marc Jancovici était l’invité hier soir de HEC Débats, en partenariat avec Public Sénat. Episodes caniculaires et incendies de cet été, place de l’écologie dans la campagne présidentielle, sobriété et décarbonation : Jean-Marc Jancovici, ingénieur spécialisé sur les questions d’énergie et de climat, expose ses analyses et conclusions.

Le