Un mois après la publication du plan d’électrification de Sébastien Lecornu, Emmanuel Macron a décliné les différentes mesures en présence des acteurs du secteur ce mardi à l’Elysée. Souhaitant mettre en mouvement une véritable « équipe de France de l’électrification », le chef de l’Etat a réuni les industriels électrointensifs, les professionnels du BTP et bien sûr des représentants d’EDF et des administrations concernées.
Le premier électricien de France, qui fête ses 80 ans cette année, a ainsi annoncé à l’AFP qu’il consacrerait 240 millions d’euros au développement des pompes à chaleur, à l’aide à l’achat de poids lourds électriques et à la préparation de terrains industriels visant à accueillir des grands consommateurs d’électricité. En termes d’ordre de grandeur, l’électrification de certains équipements industriels fonctionnant actuellement au gaz peut représenter plusieurs dizaines de millions d’euros d’investissements par unité.
Passer de 60 % à 30 % d’énergies fossiles dans la consommation finale d’énergie
Face à ce défi de l’électrification, Emmanuel Macron a appelé à une « mobilisation collective pour rendre le passage à l’électrique naturel et désirable », alors que Stellantis a notamment annoncé investir plus d’1 milliard d’euros supplémentaires dans la production de véhicules électriques à Mulhouse. Emmanuel Macron a rappelé le double objectif de rendre ménages et entreprises moins dépendants de carburants issus de pétrole importé – alors que la guerre au Moyen-Orient fait flamber les cours du brut – et de réindustrialiser la France tout en réduisant ses émissions de CO2.
D’ici 2035, les énergies fossiles devront représenter moins de 30 % de la consommation finale d’énergie en France, contre 60 % aujourd’hui. Pour ce faire, la production d’électricité va devoir augmenter pour compenser (de 27 % à 38 %), d’où l’objectif d’électrification de certains usages. Le principal levier d’électrification mis en avant par l’exécutif concerne les transports – et notamment le déploiement de la voiture électrique. Les opérateurs se sont engagés à déployer 240 000 bornes de recharge supplémentaires d’ici 2030, a annoncé Emmanuel Macron, dont 60 000 points de charge rapide.
« Nous considérons que le signal prix est trop faible face aux hydrocarbures »
Préemptant en quelque sorte ces annonces, plus de 100 parlementaires LR ont signé ce lundi une tribune dans Le Monde estimant « qu’il ne peut y avoir de plan d’électrification du pays sans baisse du prix de l’électricité. » Ces 37 députés et 65 sénateurs de droite mettent en cause « l’absurdité » du modèle français actuel et de la politique énergétique menée par Emmanuel Macron durant ses deux quinquennats : « Dix ans pendant lesquels Emmanuel Macron aura réalisé un ‘en même temps’ différé en matière énergétique : antinucléaire cinq ans, pro nucléaire les cinq suivants. La raison l’a finalement emporté. Car si Emmanuel Macron découvre aujourd’hui l’électrification, la droite, elle, n’a jamais cessé d’y croire. »
Alors que la campagne présidentielle commence à se mettre en place, LR a choisi d’attaquer l’autre famille du « bloc central » sur un thème cher à la droite : l’énergie. « Pendant que la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran paralyse les flux pétroliers mondiaux et fait flamber les prix à la pompe […] la France connaît des records d’exportations, avec un solde net qui avoisine 100 térawattheures par an. C’est plus que la consommation annuelle d’un pays comme la Belgique. Ce paradoxe n’est pas une fatalité. C’est un choix politique. Il faut mettre fin à cette absurdité et procéder enfin à l’électrification du pays », estiment les parlementaires.
Jusqu’ici, l’écrasante majorité des forces politiques représentées à l’Assemblée nationale pourraient être d’accord, mais là où les parlementaires LR se distinguent à la fois de la gauche et de la macronie, c’est en proposant une baisse des taxes sur l’électricité pour la favoriser par rapport aux énergies fossiles. « Pour que l’électrification du pays réussisse, il faut que la demande suive. Nous considérons que le signal prix est trop faible face aux hydrocarbures. […] Il ne peut y avoir d’électrification du pays sans baisse du prix de l’électricité », estiment ainsi les parlementaires LR dans la tribune. Sur cette question, l’Elysée évoque seulement des « engagements » des fournisseurs sur « de nouvelles offres », permettant de « refléter dans les prix les coûts de production compétitifs de l’électricité française. »
Bruno Retailleau « raccord avec la philosophie » du texte
À noter, les signataires de cette tribune sont menés par Antoine Vermorel – Marques côté députés et Marta de Cidrac et Stéphane Piednoir côté sénateurs, des parlementaires spécialistes du sujet, au profil plus technique que politique. Ni Laurent Wauquiez, président du groupe à l’Assemblée, ni Bruno Retailleau, candidat LR à la présidentielle, ne sont d’ailleurs signataires de cette tribune, qui a été signée par pratiquement l’ensemble du groupe à l’Assemblée et la moitié du groupe au Sénat.
« Bruno Retailleau ne s’exprime désormais que sur son projet présidentiel », explique-t-on dans l’entourage du candidat LR à la présidentielle, en précisant qu’il est bien « raccord avec la philosophie » du texte publié par les parlementaires de son parti. À voir si Bruno Retailleau reprendra cette proposition dans son projet présidentiel, qui devait être présenté « fin mai », affirmaient des parlementaires LR il y a un mois. L’élaboration de ce programme présidentiel est pilotée par l’homme d’affaires Pierre Danon, trésorier du parti et directeur adjoint de la campagne de François Fillon en 2017. Bruno Retailleau tiendra son premier grand meeting de campagne le 20 juin prochain au parc floral.