Paris Anne Hidalgo PPM project
Credit:S LEMOUTON/SIPA/2503110927

Émission de gaz à effet de serre : « On fonce dans le mur » dénonce Jean Jouzel

En pleine canicule et dix ans après l’Accord de Paris, la France voit ses efforts pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre ralentir nettement. La baisse prévue en 2025 n’est que de 0,8 % selon le baromètre du Citepa. Un chiffre jugé alarmant par le climatologue Jean Jouzel, qui dénonce un « relâchement » général.
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Alors que la France subit une canicule exceptionnelle avec un mois de juin 2025 classé deuxième plus chaud jamais enregistré, les dernières données du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), publiées ce vendredi 4 juillet, jettent un sérieux doute sur les efforts climatiques du pays. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) devraient reculer de seulement 0,8 % en 2025 par rapport à 2024. Soit une baisse dérisoire de 2,8 millions de tonnes équivalent CO₂. Une forte décélération, quand on sait que la baisse était de 1,8 % en 2024 et de 6,8 % en 2023. La France, longtemps considérée comme un bon élève de la décarbonation en Europe, perd de la vitesse. Une situation que partagent plusieurs de ses voisins européens, comme l’Allemagne, où la baisse est passée de -10 % en 2023 à -3 % en 2024. Le climatologue et ancien vice-président du GIEC, Jean Jouzel tire la sonnette d’alarme, « C’est très décevant. On n’est pas sur la bonne trajectoire. La dynamique de réduction des émissions est en train de s’éteindre. »

Des secteurs clés au point mort

Cette faible baisse survient alors qu’on célèbre les 10 ans de l’Accord de Paris, qui visait à limiter le réchauffement à + 1,5 °C. Mais cet objectif semble désormais hors de portée. « Il faudrait réduire nos émissions d’environ 5 % par an pour espérer tenir le cap », estime Jean Jouzel, qui déplore un « relâchement général » dans la lutte contre le dérèglement climatique. Les secteurs les plus émetteurs les transports (près d’un tiers des émissions) et le bâtiment, ne montrent aucun progrès en 2025. Cela serait en grande partie lié à un hiver plus froid entraînant un recours important au chauffage. Leurs émissions devraient rester quasiment stables, malgré les engagements pris. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, reconnaît elle-même la gravité de la situation : « Ce sont des chiffres très mauvais, et l’année ne sera pas bonne », a-t-elle déclaré dans Le Monde.

« On va dans le mur la tête baissée »

Cette stagnation s’accompagne d’un affaiblissement de plusieurs politiques publiques : reculs sur les zones à faibles émissions (ZFE), remise en cause du Zéro artificialisation nette (ZAN), réduction du dispositif MaPrimeRénov’… Pour Jean Jouzel, ces reculs traduisent un manque de volonté politique : « Nos dirigeants détricotent des politiques pourtant bien pensées. C’est du populisme pur. Et si on ignore les engagements de l’Accord de Paris, c’est nous qui en paierons le prix. » Face à ce constat, le Haut Conseil pour le climat (HCC) appelait jeudi 3 juillet à un « sursaut collectif », soulignant que la France accuse un retard critique sur sa trajectoire 2030, qui prévoit – 40 % d’émissions brutes par rapport à 1990 selon l’Insee. Jean Jouzel soutient cet appel et insiste sur l’importance de ne pas céder au découragement, « On est au creux de la vague, mais il faut continuer à agir. Je reste mobilisé pour rappeler l’urgence d’agir face au dérèglement climatique. » Avant de conclure, sans détour qu’« on fonce dans le mur, tête baissée. J’espère que les électeurs finiront par réaliser qu’on se moque d’eux. »

Emma Bador-Fritche

Partager cet article

Dans la même thématique

Émission de gaz à effet de serre : « On fonce dans le mur » dénonce Jean Jouzel
4min

Environnement

« Curieusement le président le plus sensible à mon combat pour le vivant était un chasseur », l’hommage d’Allain Bougrain-Dubourg à VGE

Il milite pour la protection de la biodiversité et une meilleure relation entre les vivants, depuis l’enfance. Président de la Ligue pour la protection des oiseaux depuis 1986, il a toujours renoncé aux postes ministériels, préférant l’action militante. Avec le temps et jamais de la même manière, il a vu l’enjeu environnemental être saisi par les différents responsables politiques qu’il a connus. Cette semaine, Allain Bougrain-Dubourg est l’invité de Rebecca Fitoussi dans l’émission Un monde, un regard.

Le

Agriculture France
5min

Environnement

Pesticides : la nouvelle loi Duplomb sur les néonicotinoïdes devrait être débattue « mi-juin » au Sénat

Moins d'un an après la censure de son précédent texte par le Conseil constitutionnel, le sénateur Laurent Duplomb (LR) co-signe avec d’autres élus une nouvelle proposition de loi visant à autoriser, par dérogation, l'usage de certains pesticides pour soutenir plusieurs filières agricoles en crise face à la concurrence européenne. Ils misent sur une rédaction plus ciblée et restrictive pour échapper à un nouveau coup de ciseaux.

Le

Émission de gaz à effet de serre : « On fonce dans le mur » dénonce Jean Jouzel
8min

Environnement

« Déni démocratique », « faute », « roulette russe » : le service après-vente laborieux du gouvernement au Sénat sur la programmation énergétique

S’estimant mis de côté avec une programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) publiée par décret, le Sénat a provoqué un débat sur ces choix stratégiques de long terme. Le ministre Roland Lescure a dû faire face à des critiques, nourries, sur la méthode. Sur le fond, une grande partie du Sénat salue la réorientation en matière d’énergie, avec une relance du nucléaire, et un déploiement moins massif de l'éolien terrestre et du solaire.

Le

Émission de gaz à effet de serre : « On fonce dans le mur » dénonce Jean Jouzel
5min

Environnement

« Une position de déni complet » : l’avertissement de Valérie Masson-Delmotte sur le rôle des États-Unis dans la diplomatie climatique

Auditionnée par le Sénat dans le cadre d’une mission d’information sur « la diplomatie climatique française à l’épreuve du monde en tension », la climatologue Valérie Masson-Delmotte a alerté sur un diplomatie climatique mis à l’épreuve des tensions géopolitiques. Dans un contexte marqué par le retrait des Etats-Unis de plusieurs organisations internationales autour du climat sous l’égide de Donald Trump, elle a dressé un constat sans ambiguïté : réchauffement inédit, marginalisation de l’expertise scientifique, rivalités géopolitiques croissantes.

Le