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Émission de gaz à effet de serre : « On fonce dans le mur » dénonce Jean Jouzel

En pleine canicule et dix ans après l’Accord de Paris, la France voit ses efforts pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre ralentir nettement. La baisse prévue en 2025 n’est que de 0,8 % selon le baromètre du Citepa. Un chiffre jugé alarmant par le climatologue Jean Jouzel, qui dénonce un « relâchement » général.
Rédaction Public Sénat

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Alors que la France subit une canicule exceptionnelle avec un mois de juin 2025 classé deuxième plus chaud jamais enregistré, les dernières données du Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique (Citepa), publiées ce vendredi 4 juillet, jettent un sérieux doute sur les efforts climatiques du pays. Les émissions de gaz à effet de serre (GES) devraient reculer de seulement 0,8 % en 2025 par rapport à 2024. Soit une baisse dérisoire de 2,8 millions de tonnes équivalent CO₂. Une forte décélération, quand on sait que la baisse était de 1,8 % en 2024 et de 6,8 % en 2023. La France, longtemps considérée comme un bon élève de la décarbonation en Europe, perd de la vitesse. Une situation que partagent plusieurs de ses voisins européens, comme l’Allemagne, où la baisse est passée de -10 % en 2023 à -3 % en 2024. Le climatologue et ancien vice-président du GIEC, Jean Jouzel tire la sonnette d’alarme, « C’est très décevant. On n’est pas sur la bonne trajectoire. La dynamique de réduction des émissions est en train de s’éteindre. »

Des secteurs clés au point mort

Cette faible baisse survient alors qu’on célèbre les 10 ans de l’Accord de Paris, qui visait à limiter le réchauffement à + 1,5 °C. Mais cet objectif semble désormais hors de portée. « Il faudrait réduire nos émissions d’environ 5 % par an pour espérer tenir le cap », estime Jean Jouzel, qui déplore un « relâchement général » dans la lutte contre le dérèglement climatique. Les secteurs les plus émetteurs les transports (près d’un tiers des émissions) et le bâtiment, ne montrent aucun progrès en 2025. Cela serait en grande partie lié à un hiver plus froid entraînant un recours important au chauffage. Leurs émissions devraient rester quasiment stables, malgré les engagements pris. La ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, reconnaît elle-même la gravité de la situation : « Ce sont des chiffres très mauvais, et l’année ne sera pas bonne », a-t-elle déclaré dans Le Monde.

« On va dans le mur la tête baissée »

Cette stagnation s’accompagne d’un affaiblissement de plusieurs politiques publiques : reculs sur les zones à faibles émissions (ZFE), remise en cause du Zéro artificialisation nette (ZAN), réduction du dispositif MaPrimeRénov’… Pour Jean Jouzel, ces reculs traduisent un manque de volonté politique : « Nos dirigeants détricotent des politiques pourtant bien pensées. C’est du populisme pur. Et si on ignore les engagements de l’Accord de Paris, c’est nous qui en paierons le prix. » Face à ce constat, le Haut Conseil pour le climat (HCC) appelait jeudi 3 juillet à un « sursaut collectif », soulignant que la France accuse un retard critique sur sa trajectoire 2030, qui prévoit – 40 % d’émissions brutes par rapport à 1990 selon l’Insee. Jean Jouzel soutient cet appel et insiste sur l’importance de ne pas céder au découragement, « On est au creux de la vague, mais il faut continuer à agir. Je reste mobilisé pour rappeler l’urgence d’agir face au dérèglement climatique. » Avant de conclure, sans détour qu’« on fonce dans le mur, tête baissée. J’espère que les électeurs finiront par réaliser qu’on se moque d’eux. »

Emma Bador-Fritche

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