Environnement : le Portugal, paradis des énergies vertes ?

En 2023, la production d’énergies renouvelables a atteint un record historique au Portugal. Bénéficiant des vents de l’Atlantique, le pays s’appuie sur l’énergie éolienne, et fait le pari de l’innovation. Reportage.
Fabien Recker

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Dans la paisible vallée de l’Alentejo, le lac d’Alqueva déploie ses 250 km2 de superficie au milieu de collines verdoyantes.

A sa surface, parmi les bateaux de plaisance, flottent quelques 12 000 panneaux solaires. Grand comme quatre terrains de football, ce parc photovoltaïque flottant fait la fierté de Paulo Pinto, responsable du projet chez l’énergéticien portugais EDP.

« Transformateur flottant »

« L’assemblage a duré trois mois » explique Paulo Pinto, à bord du petit bateau à moteur qui permet de rejoindre la plateforme. « Les panneaux solaires ont été montés sur la berge, puis acheminés sur la zone, tractés par des bateaux ».

Inaugurée en 2022, la structure est un condensé d’innovation. Elle abrite notamment un transformateur flottant. Rafraîchis par la proximité de l’eau, les panneaux évitent la surchauffe, ce qui améliore leur rendement.

Eviter la construction de nouvelles infrastructures

Mais c’est loin d’être l’unique avantage du « solaire flottant » : « En utilisant ce plan d’eau, on évite d’occuper des terres agricoles qui sont importantes pour l’environnement », pointe Paulo Pinto. « Et surtout, on utilise l’infrastructure déjà existante de la centrale hydroélectrique voisine, et son raccordement au réseau. Cela évite la construction de nouvelles lignes, qui elles aussi auraient un impact environnemental ».

Le parc photovoltaïque d’Alqueva alimente 1500 foyers en électricité. Bientôt, la structure s’étendra sur 42 hectares, avec pour objectif de couvrir les besoins des deux tiers de la population de cette région du Sud-Est du Portugal.

L’éolien, première source renouvelable

Un projet innovant, à l’image des ambitions portugaises en matière d’énergies renouvelables. S’appuyant sur de longues heures d’ensoleillement et les vents de l’océan Atlantique, le Portugal a accéléré sa transition énergétique. Au point de faire figure de champion européen : en 2023, les énergies vertes ont couvert 67% des besoins en électricité du pays.

Dans ses bureaux lisboètes, Pedro Amaral Jorge se félicite. « Le Portugal possède un panel très complémentaire d’énergies renouvelables, dans lequel l’énergie hydraulique et l’éolien jouent le plus grand rôle », rappelle ce porte-parole des entreprises du secteur, à la tête de l’association portugaise des énergies renouvelables (APREN). « L’énergie solaire arrive en troisième position, et nous développons des projets dans la biomasse, par exemple aux Açores. Notre objectif est de couvrir 90% de nos besoins en électricité grâce à de l’énergie verte en 2030 ».

Nouvelle vague verte

Eolien offshore (notamment dans le Nord du pays), énergie solaire, stockage de l’électricité : les investissements pleuvent sur le Portugal. Une récente étude du cabinet McKinsey, relayée par la presse portugaise, prédit une possible croissance de 10% à 20 % du PIB d’ici 2030 et la création de 500 000 emplois dans le pays, grâce à la transition énergétique.

Manuel Fonseca fait partie des artisans de cette nouvelle vague verte. Sur le parking d’un dépôt de bus de la banlieue de Lisbonne, il a donné rendez-vous à de potentiels clients brésiliens. L’objet de la visite : une station de ravitaillement à hydrogène, que sa PME a installé là.

Le pari de l’hydrogène

« La municipalité de Cascais a décidé de décarboner sa flotte d’autocars, et de tester le bus électrique et le bus à hydrogène afin de déterminer la meilleure option » raconte Manuel Fonseca. « Régulièrement, des entreprises étrangères viennent se renseigner sur notre technologie ».

Grâce à des financements privés et un coup de pouce de l’Europe dans le cadre du « Green deal », le Portugal fait le pari de l’hydrogène vert. Le port de Sines, dans le Sud du pays, doit même devenir un « hub » européen de cette énergie prometteuse, mais encore balbutiante :  sa production, à partir de l’électrolyse de l’eau, étant elle-même très gourmande en énergie.

Importations d’hydrogène

Mais libérés du poids des batteries, les bus à hydrogène sont moins lourds, se rechargent plus vite et possèdent plus d’autonomie que les bus électriques. « Dans un futur proche, de nombreux autocars circuleront grâce à l’hydrogène au Portugal » prédit Manuel Fonseca. « Il est fondamental d’augmenter la flotte de bus à hydrogène. C’est l’un des moyens pour que le Portugal respecte ses engagements dans cadre de l’accord de Paris. »

Pour l’instant, le Portugal importe de l’hydrogène – et celui-ci n’est pas toujours vert, car le plus souvent fabriqué avec de l’électricité de source non-renouvelable. Le petit état lusophone sera-t-il un jour le champion de ce nouvel « or vert » ?

La péninsule ibérique, une enclave

Le professeur Clemente Pedro Nunes se montre sceptique. « Fabriquer de l’hydrogène reste globalement très cher », avertit ce chercheur à l’Institut supérieur technique de Lisbonne. Selon lui, la priorité est ailleurs : mieux raccorder, de toute urgence, le Portugal au réseau électrique européen. Car à l’instar de son voisin espagnol, le réseau portugais souffre d’une mauvaise interconnexion avec la France.

« Mais contrairement au Portugal, l’Espagne n’a renoncé ni au charbon, ni à l’énergie nucléaire », rappelle Clemente Pedro Nunes. « Or, quand on manque de soleil ou de vent, il faut que l’on puisse importer plus facilement de l’électricité française, par exemple d’origine nucléaire. Et quand on a des excédents, il faut qu’on puisse vendre notre électricité, sans quoi elle se perd ».

Lisbonne, Madrid et Paris viennent justement d’annoncer la construction de nouvelles liaisons afin de mieux raccorder la péninsule ibérique au reste de l’Europe.

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