Marseille Fire Damage
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Incendies en France : « La culture du risque n’est toujours pas au rendez-vous »

Depuis lundi, plusieurs feux se sont déclenchés dans le sud de la France. Après avoir subi des températures caniculaires, le territoire fait face à des risques d’incendies « élevés » voire « très élevés » selon Météo-France. En 2023, un an après les mégafeux de Gironde, un texte de loi du Sénat avait proposé des réponses aux incendies.
Marius Texier

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La saison des incendies a bel et bien démarré. Poussés par des vents, dans un contexte de sécheresse important, les feux qui se sont déclenchés dans l’Aude, le Gard, l’Hérault et dans les Bouches-du-Rhône avec une violence particulière à Marseille, se sont rapidement développés. Au total, ils ont déjà parcouru plus de 4 000 hectares en France dont 2 000 du côté de Narbonne et 700 au nord de Marseille. Ces incendies précoces dans la saison font craindre à un été similaire à celui de 2022 où des mégafeux avaient ravagé plus de 30 000 hectares en Gironde et 70 000 hectares sur l’ensemble du territoire.

Un texte adopté à la quasi-unanimité en 2023

Marqué par l’été 2022, qui tend à s’intensifier d’années en années au vu du réchauffement climatique, le Sénat s’est emparé du sujet l’année suivante. Dans un texte, adopté à la quasi-unanimité dans les deux chambres du Parlement, le sénateur centriste et sapeur-pompier de profession, Pascal Martin a apporté des réponses pour lutter contre les incendies, principalement dans le traitement des feux naissants.

Pour la prévention, le texte prévoit l’élaboration d’une stratégie nationale de défense des forêts et des surfaces non boisées contre les incendies. Cette stratégie doit se faire en concertation avec les acteurs de terrain et les collectivités territoriales. Le texte interdit également de fumer dans une forêt et aux alentours si celle-ci est exposée à un risque d’incendie. Cette mesure, particulièrement médiatique, a été assortie d’une peine pouvant atteindre dix années d’emprisonnement et 150 000 euros d’amende en cas de provocation involontaire d’un incendie de forêt. Le texte du Sénat prévoit une obligation légale de débroussaillement en particulier dans les interphases ville forêt. Les sanctions prévues ont été alourdies.

« Il ne faut pas cesser de marteler le danger »

Présent à Marseille hier, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a insisté sur la responsabilité de chacun notamment dans le débroussaillage : « Les sapeurs-pompiers me disent que lorsqu’ils défendent les maisons, c’est très clair entre les maisons qui sont débroussaillées tout autour, et celles qui ne le sont pas », a-t-il déclaré avant d’ajouter son souhait que « les policiers puissent verbaliser ».

Pour Pascal Martin, l’importance de son texte réside dans son approche complémentaire entre la prévention et la lutte contre les incendies. « En France, la culture du risque n’est toujours pas au rendez-vous », regrette le sénateur. « On sait qu’il va y avoir une prise de conscience, mais qu’elle va retomber rapidement. Il ne faut pas cesser de marteler le danger ». Le texte fixe également l’objectif d’atteindre d’ici à 2027 les 250 000 pompiers volontaires. Ils étaient un peu moins de 200 000 en 2023.

« Les avions ne vont pas pouvoir tenir jusqu’à la fin de l’été »

« Ce texte a apporté une réponse nécessaire pour traiter les incendies en amont », souligne la sénatrice LR du Var, Françoise Dumont. « Mais désormais il nous faut du matériel. Avec des feux aussi précoces, les avions ne vont pas pouvoir tenir jusqu’à la fin de l’été. Le rythme est trop soutenu, c’est mon inquiétude ».

Actuellement engagée à plein régime, la flotte de lutte française contre les incendies semble bien insuffisante et particulièrement vieillissante. Elle est composée de 12 avions Canadair de trente ans d’âge, dont un est accidenté et non opérationnel, ainsi que de huit avions Dash, similaire au Canadair, mais dotés d’un plus grand réservoir d’eau. Une trentaine d’hélicoptères de largage d’eau viennent aussi compléter la flotte. Pour l’été 2025, l’Etat a annoncé avoir loué 16 appareils de plus.

« Les efforts auraient dû être faits, mais ils ne l’ont pas été »

Invitée de la matinale de Public Sénat, la sénatrice LR Lauriane Josende a pointé une difficulté de s’approvisionner en Canadair. « Nous avons besoin de nous mettre en ordre de marche de manière efficace et active », a-t-elle prévenu. « Depuis 2022, les efforts auraient dû être faits, mais ils ne l’ont pas été. C’est un manque dont on subit aujourd’hui les effets ».

Dans un rapport d’information, la députée socialiste Sophie Pantel et le député insoumis Damien Maudet ont rappelé que trois ans après les annonces d’Emmanuel Macron en 2022 pour que « d’ici la fin du quinquennat en 2027, les douze Canadair déjà en service soient remplacés et que leur nombre soit porté jusqu’à seize », seulement deux Canadair ont été commandés. Deux autres commandes ont été annulées par Gabriel Attal.

L’ancien sapeurs-pompiers Pascal Martin pointe également un manque de moyen même s’il l’assure : « Cette flotte est plus opérationnelle que l’année dernière ». Il redoute malgré tout la difficulté d’agir sur plusieurs feux en même temps. Sa collègue Françoise Dumont abonde dans le même sens et appelle à une coopération européenne : « Le budget de l’Union européenne doit permettre de financer une flotte aérienne pour venir soutenir les Etats membres dans le besoin. Il nous faut de la complémentarité », prévient-elle. « La question du partage va aussi se poser », tient à rappeler Pascal Martin. « La Grèce subit également de violents incendies ».

« Ces feux sont directement imputables au réchauffement climatique »

« On ne peut pas dire que nous sommes le pays européen avec le moins de moyens », précise le sénateur écologiste Guy Benarroche. « Nous avons apporté à l’époque, notamment avec le texte de 2023, un certain nombre de réponses absolument nécessaires. Mais il ne faut pas oublier que ces feux sont directement imputables au réchauffement climatique ». Si le sénateur appelle à poursuivre l’acquisition de matériels de lutte contre les incendies, il reproche la contradiction entre le vote de lois climaticides au Sénat et celles en faveur de la lutte contre les incendies. « Développer l’ensemble des mesures qui permettent de lutter contre le réchauffement climatique permettra de lutter contre les incendies actuels ».

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