Italy Wildfires

Incendies : sommes-nous suffisamment équipés pour y faire face en Europe ?

Cet été encore, l’Europe, en particulier les zones longeant le bassin méditerranéen, est en proie à de violents feux de forêts. Avec le réchauffement climatique, la maîtrise du risque incendie est de plus en plus difficile et exige des moyens humains et matériels considérables. La France et l’Europe sont-elles en capacité de répondre à ce défi majeur du 21ème siècle ?
Rédaction Public Sénat

Temps de lecture :

7 min

Publié le

Mis à jour le

Grèce, Portugal, Sicile, Algérie, Tunisie, sud de la France… Depuis le début de l’été, les incendies ravagent de nombreuses régions du pourtour méditerranéen, donnant à voir des scènes d’une rare désolation. Favorisés par la sécheresse et les températures caniculaires, les feux estivaux engendrent de lourds dégâts et font peser une menace de plus en plus grande sur les populations. En France, on se souvient encore du bilan désastreux des incendies de l’été dernier en Gironde : près de 30 000 hectares de forêt étaient partis en fumée dans le massif des Landes de Gascogne, laissant des paysages dévastés à La Teste de Buch, Landiras St Magne ou Arès. Et le bilan humain et matériel de 2023 semble bien parti pour tutoyer celui de l’été dernier. Si l’activité humaine reste la principale cause de déclenchement des feux, il est indéniable que l’ampleur, la fréquence et la durée des incendies ont augmenté sous l’effet du réchauffement climatique.

  • Un risque incendie accru

En 2022, un rapport sénatorial intitulé « Feux de forêt et de végétation : prévenir l’embrasement » alertait sur l’intensification future du risque incendie. Ainsi, l’on apprenait, entre autres, qu’en région méditerranéenne française, les surfaces brûlées pourraient augmenter de 80 % dans les vingt-cinq prochaines années, et qu’en 2050 près de 50 % des landes et forêts métropolitaines pourraient être concernées par un risque incendie élevé, contre un tiers en 2010.

Le sénateur centriste de la Seine-Maritime, également auteur du rapport, Pascal Martin, résume la situation comme suit : « On est en train de prendre conscience des conséquences du réchauffement climatique et notamment vis-à-vis des feux de forêt. Aujourd’hui, on est confronté à des situations dramatiques : ce sont des vies humaines en jeu, la biodiversité qui en fait les frais, des habitations qui partent en fumée. »

Face à l’aggravation du risque incendie, une seule et même question demeure : sommes-nous suffisamment préparés pour y faire face ? Aux côtés des sénateurs auteurs de la proposition de loi visant à prévenir et lutter contre le risque incendie, adoptée le 10 juillet dernier, Publicsenat.fr fait le point sur les moyens nationaux et européens disponibles pour parer à la multiplication des feux.

  • Au niveau national : « Il y a eu une montée en puissance, c’est évident. » (Anne-Catherine Loisier)

Suivant une doctrine d’intervention redoutablement efficace, qui consiste à s’attaquer rapidement aux feux naissants, la stratégie française de lutte contre les incendies repose sur la mobilisation de moyens humains et matériels. La France peut tout d’abord compter sur les sapeurs-pompiers de la Sécurité civile, au nombre de 252 700 en 2021, dont près de 78 % sont des volontaires. Elle s’appuie également sur les personnels de l’Office national des forêts, les associations régionales de défense de la forêt contre les incendies, les comités communaux des feux de forêt et les maires, qui dirigent les opérations de secours dans leur commune. En termes de moyens aériens, essentiels dans la lutte contre les feux de forêt, la France dispose, au total, de 47 appareils, dont 12 Canadair et 10 hélicoptères.

Si les auteurs du rapport de 2022 sur les feux de forêt préconisaient l’acquisition de nouveaux moyens aériens pour lutter contre les prochains incendies, les sénateurs interrogés ont plutôt salué le récent renforcement des moyens. « Depuis l’année dernière, de véritables efforts ont été faits. On est en train de prendre conscience de ce risque dans l’Hexagone. » affirme la sénatrice centriste de la Côte-d’Or, Anne-Catherine Loisier. En effet, le dispositif de lutte contre les feux de forêts pour 2023 a été renforcé par rapport à 2022, les effectifs de la sécurité civile ayant, par exemple, été augmentés de 11 %.

Outre l’augmentation des moyens, Anne-Catherine Loisier insiste surtout sur l’amélioration de la coopération entre les différents acteurs à tous les échelons du territoire. Un constat que partage son collègue centriste Pascal Martin, qui évoque « des moyens humains renforcés » et la mise en place d’une « véritable solidarité interdépartementale ».

Toutefois, les sénateurs identifient quelques points à améliorer. Interrogé sur le vieillissement de la flotte des Canadair, qui a récemment fait l’objet d’un rapport sénatorial, Pascal Martin reconnaît « qu’on n’a pas suffisamment anticipé » et « qu’il aurait fallu un plan pluriannuel d’investissement destiné à remplacer les avions les plus anciens par des avions neufs ». Anne-Catherine Loisier souligne, quant à elle, la nécessité de recruter davantage de sapeurs-pompiers volontaires. A ce titre, elle dit regretter que la réduction des cotisations patronales prévue par la loi du 10 juillet 2023 pour les employeurs qui faciliteraient la disponibilité de leurs salariés sapeurs-pompiers volontaires ait été circonscrite au seul secteur privé en commission mixte paritaire.

A la question de savoir si les moyens actuels sont suffisants, Pascal Martin se montre prudent et explique qu’il est difficile de prévoir si la réponse sera à la hauteur en toutes circonstances, notamment en raison de la concomitance croissante des feux à venir. Tout en insistant sur l’optimisme et la confiance que lui inspirent les récentes adaptations, Anne-Catherine Loisier rejoint le sénateur de la Seine-Maritime sur ce point : « Les moyens actuels sont-ils suffisants ? Cela dépend de ce à quoi on est confronté, admet la sénatrice de la Côte-d’Or. Si on était confronté à des feux extrêmes qui arrivent de façon concomitante, cela serait très compliqué. »

  • Quid du mécanisme de protection civile européen ?

Au-delà des moyens nationaux, la France peut également solliciter l’aide de l’Union européenne lorsqu’elle se trouve dépassée par des feux trop intenses, en activant le mécanisme de protection civile de l’Union européenne (MPCU). Mis en place par la Commission européenne en 2001, ce dispositif vise à renforcer la coopération des pays de l’UE ainsi que neuf autres Etats participant au mécanisme (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Islande, Macédoine, Monténégro, Norvège, Serbie, Turquie, Ukraine), lorsque ceux-ci rencontrent des difficultés à surmonter seuls une catastrophe. En cas de violents incendies, les pays membres sont donc appelés, par l’intermédiaire du centre de coordination de la réaction d’urgence (ERCC), à mettre à disposition de l’Etat sinistré une partie de leur personnel et de leur équipement. L’ERCC coordonne ensuite le déploiement des moyens mobilisés tandis que la Commission européenne couvre au moins 75 % des coûts logistiques.

Le mécanisme de protection civile européen a été complété en 2019 par une « réserve de capacité européenne d’urgence », rescEU, totalement financée par Bruxelles. Après son doublement en mai dernier, la flotte aérienne de lutte contre les incendies de rescEU est maintenant dotée de 24 avions (10 Canadair, 14 avions amphibies légers) et 4 hélicoptères provenant de 10 Etats membres.

« La solidarité entre pays européens, je la salue et je l’encourage. » déclare Pascal Martin, lorsqu’on lui demande son avis sur le MPCU. Difficile en même temps de critiquer un dispositif dont la France a elle-même bénéficié l’été dernier pour faire face aux mégafeux de Gironde. Si le sénateur centriste semble convaincu que la coopération entre Etats est la bonne réponse aux futurs incendies, il reconnaît que le dispositif pourrait trouver sa limite dans une prolifération de feux simultanés, frappant plusieurs territoires. « Les moyens nationaux étant avant tout dédiés à la défense du territoire national, c’est là où la solidarité entre les pays est la plus compliquée à mettre en œuvre. Car, on ne peut pas déshabiller Pierre pour habiller Paul. » explique-t-il, avant d’appeler de ses vœux à un renforcement des moyens aériens et humains consacrés au MPCU.

 

Article rédigé par Lucie Garnier

Dans la même thématique

Convoi de l’eau : un final a Paris
4min

Environnement

Manifestations contre les mégabassines : « c’est inacceptable », selon le sénateur Bruno Belin

6000 à 8000 opposants aux mégabassines sont attendus ce week-end au Village de l’eau à Melle (Deux-Sèvres) et à Saint Sauvant (Vienne), épicentre de la lutte contre ces réserves de substitution contestées, près d’un an après les violents affrontements à Sainte-Soline en mars 2023. Deux manifestants s’étaient retrouvés dans le coma et une cinquantaine de gendarmes avaient été blessés. Au rassemblement à Melle au Village de l’eau s’ajoutent deux journées de manifestation ce vendredi à Saint Sauvant dans la Vienne où doit être érigée une bassine et au port de La Rochelle en Charente maritime samedi, désigné par les Soulèvements de la terre comme « le dernier maillon de la chaîne irriguée par les mégabassines ». Fervent défenseur des réserves de substitution, Bruno Belin, sénateur LR de la Vienne s’inquiète des éventuels débordements à venir lors de ces manifestations interdites par la préfecture.

Le

Morvan forets France – Forets du Morvan, France
6min

Environnement

Les forêts françaises face au défi climatique

Frappées par les sécheresses et les épidémies, nos forêts sont malades. Au point qu’elles pourraient, un jour, ne plus parvenir à jour leur rôle de « poumon vert », c’est-à-dire capter le CO2 que nous émettons. Face au dépérissement, pouvoirs publics et coopératives forestières misent sur la plantation d’essences plus adaptées au réchauffement climatique.

Le

ARQUES : INONDATIONS – ARQUES: FLOODING
7min

Environnement

Des « évolutions encourageantes », mais des « dérives de calendrier législatif » : on vous résume le rapport du Haut Conseil pour le climat

Ce mercredi 20 juin, le comité d’experts a rendu public son rapport 2024 intitulé « Tenir le cap de la décarbonation, protéger la population ». Si l’instance salue une trajectoire de décarbonation « cohérente », elle insiste cependant sur le nécessaire « changement d’échelle », face à la multiplication des aléas climatiques.

Le