Le Sénat plaide pour un retour en force du nucléaire avec la construction de 14 EPR

Le Sénat plaide pour un retour en force du nucléaire avec la construction de 14 EPR

Dans un contexte de guerre en Ukraine qui met à mal le système électrique français, la commission des affaires économiques du Sénat l’affirme : d’ici 2050, le mix énergétique du pays doit être en majorité nucléaire. Dans cette perspective, elle juge indispensable la construction de 14 nouveaux EPR.
Public Sénat

Par Gaspard Flamand

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

La guerre en Ukraine n’a pas été l’élément déclencheur de ce rapport. Mais éclatant au milieu des travaux et des recherches, elle en a accéléré l’écriture. En particulier sur la question de la sécurité d’approvisionnement et de la réduction de la dépendance énergétique.

Les sénateurs partent d’un constat : « Faute d’une politique cohérente et d’investissements suffisants, l’énergie nucléaire est en déclin. » Ils pointent du doigt la fermeture de plusieurs réacteurs ces dernières années, et surtout celui de Fessenheim. « Une erreur » pour Jean-Pierre Moga, rapporteur de la commission des affaires publiques.

Des problèmes à court et long terme

A court terme et face à cette situation, le rapport, fruit de six mois de travaux et de trente auditions, indique que des coupures ne sont plus à exclure en cas de froid. RTE, le gestionnaire du réseau électrique, a même placé le pays sous vigilance particulière jusqu’en 2024, excluant tout de même un « black-out ».

Des soucis à court terme, donc, mais aussi à long terme. Car le parc nucléaire français fait face à un double défi, toujours selon RTE : la consommation d’électricité pourrait croître de 90 %, alors que les réacteurs actuels devraient tous arriver en fin de vie d’ici 2040.

Une fois ce bilan dressé, que faire ? Pour les parlementaires de la chambre haute, il faut remplacer l’objectif de réduction à 50 % de l’énergie nucléaire d’ici 2035, pour un objectif de maintien à plus de 50 % d’ici 2050. Un mix énergétique qui laisse la part belle au nucléaire. Et pour cela, ils plaident pour la construction de 14 nouveaux EPR, des réacteurs de troisième génération. Pour rappel, Emmanuel Macron a déjà annoncé au mois de février la construction de 6 EPR d’ici 2050, avec une mise en service du premier réacteur aux alentours de 2035. « Il nous faut reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France », déclarait le président candidat.

« Il ne faut pas opposer les différentes sources d’énergie »

Mais pour autant, il n’est pas question de laisser tomber les énergies renouvelables. « Aujourd’hui, aucune production d’énergie seule ne suffira à satisfaire la demande et ce malgré la sobriété, explique Jean-Pierre Moga. Nous ne voulons pas opposer le nucléaire aux autres énergies, car nous restons persuadés que l’on aura besoin de tout. »

Pas d’opposition entre les différentes sources d’énergie, mais tout de même une préférence affichée. « Le nucléaire est certainement le levier de décarbonation qui émet le moins de Co2, toujours selon le sénateur de Lot-et-Garonne. À l’avenir, il va falloir faire face à une production d’électricité beaucoup plus importante. Et pour faire face à une telle demande, le nucléaire est le seul moyen d’y arriver. »

Auditionnée au mois de mai au Sénat, l’ASN, l’Autorité de sûreté nucléaire, mettait en garde face à la perspective de ces nombreux projets. Le président de l’ASN appelait même à un « Plan Marshall pour rendre industriellement soutenable cette perspective et faire en sorte que les entreprises de la filière disposent des compétences et des moyens en temps voulu, détaillait Bernard Doroszczuk. On passe d’une période où l’on n’imaginait pas assez de projets, à une période où l’on a plein de projets, il faut le planifier, sinon les engagements affichés ne seront pas tenables. »

Les sénateurs veulent la création de 30 000 emplois consacrés à la construction de centrales

Reste la question des délais, et des moyens pour y arriver. Comment lancer aujourd’hui la construction de 14 centrales ? Selon les rapporteurs de la commission des affaires économiques du Sénat, il faut un peu plus de dix ans pour en construire une. « Il va y avoir un problème de reconstitution des équipes, alerte Jean-Pierre Moga. Depuis vingt ans, on ne construit plus de centrales. Nous n’avons donc plus suffisamment d’équipes pour permettre d’en construire plusieurs en même temps. » Pour lutter contre cela, les élus du Palais du Luxembourg proposent un objectif : au moins 30 000 emplois consacrés à la construction des nouveaux EPR. Car la question de la main-d’œuvre est centrale : le pays manque d’ouvriers qualifiés. Aujourd’hui, 70 % des besoins en soudeurs, tuyauteurs et chaudronniers ne sont pas satisfaits dans le pays. A l’échelle nationale, 7 000 emplois de soudeurs sont à pourvoir.

» Lire aussi : Savoir-faire, mains d’œuvre, faisabilité… Les défis de la relance du nucléaire

Côté financements, le rapport appelle à plus de souplesse de la législation européenne concernant les financements privés. Cette dernière assimile le nucléaire à une énergie de transition et non à une énergie durable. Et sur les financements publics, les sénateurs insistent sur le fait qu’EDF ne peut pas financer seul la construction de ces nouveaux réacteurs. Ils demandent au gouvernement de présenter un modèle de financement robuste, et de relever les crédits consacrés au nucléaire.

Dans la même thématique

Visite de l’usine Perrier a Vergeze
6min

Environnement

Scandale des eaux en bouteilles : Bruxelles épingle la France 

Saisie par l’ONG Foodwatch, la Commission européenne a lancé un audit du système français de surveillance de la qualité des eaux en bouteilles. Ses conclusions, rendues mercredi, pointent son inefficacité alors que les industriels sont accusés de pratiques frauduleuses.

Le

Convoi de l’eau : un final a Paris
4min

Environnement

Manifestations contre les mégabassines : « c’est inacceptable », selon le sénateur Bruno Belin

6000 à 8000 opposants aux mégabassines sont attendus ce week-end au Village de l’eau à Melle (Deux-Sèvres) et à Saint Sauvant (Vienne), épicentre de la lutte contre ces réserves de substitution contestées, près d’un an après les violents affrontements à Sainte-Soline en mars 2023. Deux manifestants s’étaient retrouvés dans le coma et une cinquantaine de gendarmes avaient été blessés. Au rassemblement à Melle au Village de l’eau s’ajoutent deux journées de manifestation ce vendredi à Saint Sauvant dans la Vienne où doit être érigée une bassine et au port de La Rochelle en Charente maritime samedi, désigné par les Soulèvements de la terre comme « le dernier maillon de la chaîne irriguée par les mégabassines ». Fervent défenseur des réserves de substitution, Bruno Belin, sénateur LR de la Vienne s’inquiète des éventuels débordements à venir lors de ces manifestations interdites par la préfecture.

Le

Morvan forets France – Forets du Morvan, France
6min

Environnement

Les forêts françaises face au défi climatique

Frappées par les sécheresses et les épidémies, nos forêts sont malades. Au point qu’elles pourraient, un jour, ne plus parvenir à jour leur rôle de « poumon vert », c’est-à-dire capter le CO2 que nous émettons. Face au dépérissement, pouvoirs publics et coopératives forestières misent sur la plantation d’essences plus adaptées au réchauffement climatique.

Le

ARQUES : INONDATIONS – ARQUES: FLOODING
7min

Environnement

Des « évolutions encourageantes », mais des « dérives de calendrier législatif » : on vous résume le rapport du Haut Conseil pour le climat

Ce mercredi 20 juin, le comité d’experts a rendu public son rapport 2024 intitulé « Tenir le cap de la décarbonation, protéger la population ». Si l’instance salue une trajectoire de décarbonation « cohérente », elle insiste cependant sur le nécessaire « changement d’échelle », face à la multiplication des aléas climatiques.

Le