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L’Europe se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde, alerte l’Agence européenne de l’environnement

L’Europe, déjà fragilisé par les crises géopolitiques et économiques, peine à protéger ses écosystèmes et à préparer ses sociétés aux effets du dérèglement climatique, prévient l’AEE dans son rapport publié lundi 29 septembre.
Emma Bador-Fritche

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Le Vieux Continent se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. Tous les cinq ans, l’Agence européenne de l’environnement (AEE) établit un état des lieux de l’environnement, celui de 2025 publié ce lundi 29 septembre dresse un constat sévère. Malgré des progrès indéniables dans la réduction de la pollution de l’air et des émissions de gaz à effet de serre, le continent peine à protéger ses écosystèmes et à préparer ses sociétés aux chocs climatiques qui s’annoncent.

Une biodiversité en déclin rapide

Le rapport met surtout en lumière l’état critique de la nature européenne. Plus de 60 % des espèces et 80 % des habitats naturels sont aujourd’hui dégradés. Les cours d’eau, les sols et les mers subissent une surexploitation agricole et industrielle qui compromet durablement leur résilience. L’eau devient une ressource rare, un tiers du continent manque déjà d’eau selon le rapport. « La dégradation de notre environnement naturel met en péril le mode de vie européen. Elle menace la souveraineté alimentaire et hydrique du continent ainsi que sa stabilité financière. » avertit l’AEEUne note positive toutefois, la baisse de la pollution atmosphérique, qui a permis une réduction de 45 % des décès liés aux particules fines depuis 2005.

Une santé publique menacée

Les conséquences pour la santé publique sont déjà tangibles. En 2022, la chaleur a provoqué 70 000 décès sur l’ensemble du continent d’après l’AEE. Entre 1980 et 2023, les catastrophes climatiques et météorologiques telles que les canicules, les inondations, les feux de forêts et les glissements de terrain ont causé 240 000 décès. La vulnérabilité sociale aggrave ce bilan avec 19 % des Européens qui déclarent ne pas pouvoir maintenir une température supportable dans leur logement, tandis que seuls 21 des 38 pays membres disposent d’un plan d’action sanitaire contre les vagues de chaleur. Au-delà des vies humaines, les coûts économiques s’envolent. Les pertes annuelles moyennes dues aux catastrophes naturelles ont été 2,5 fois plus élevées entre 2020 et 2023 que sur la décennie précédente.

L’Europe, bon élève… mais divisée

Si l’Union européenne demeure à l’avant-garde de la lutte contre le changement climatique et s’est engagée, via le Pacte vert adopté en 2019, à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050, elle reste divisée sur la trajectoire à suivre. Les Vingt-sept n’ont pas réussi à s’entendre sur un objectif de réduction de 90 % des émissions d’ici 2 040 et ont repoussé l’adoption d’une cible intermédiaire pour 2035. Pour l’AEE, le diagnostic est sans appel : une crise climatique qui progresse deux fois plus vite en Europe que dans le reste du monde exige une réaction immédiate. Les gouvernements doivent accélérer la mise en œuvre des politiques et mesures de durabilité déjà prévues dans le cadre du Pacte vert. À défaut, l’accélération du dérèglement climatique risque d’affaiblir bien davantage que les écosystèmes, elle pourrait compromettre la compétitivité, la sécurité et la qualité de vie des Européens. L’agence appelle donc les États membres à traduire sans délai leurs engagements en actes, afin de bâtir une économie plus résiliente et durable.

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