Programmation pluriannuelle de l’énergie : le nucléaire devrait rester majeur dans le mix électrique français

Auditionnée par la commission des affaires économiques du Sénat, la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, présentait la vision du gouvernement sur la programmation pluriannuelle du mix énergétique français. Rapidement, les débats se sont concentrés sur la place de l’énergie nucléaire, les risques qu’il implique et leur gestion.
Henri Clavier

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« Partagez-vous l’idée d’un mix majoritairement nucléaire à l’horizon 2050 ? » C’est par cette interrogation que le sénateur Daniel Gremillet, président du groupe d’étude sur l’énergie du Sénat, a ouvert la longue série de questions adressées à Agnès Pannier-Runacher. Si la ministre n’a pas précisément évoqué la perspective d’un mix majoritairement nucléaire, le Sénat a rendu cette hypothèse possible avec l’adoption de la loi sur l’accélération du nucléaire, publiée au Journal Officiel le 22 juin. Agnès Pannier-Runacher s’est montrée prudente dans sa réponse rappelant que « la part de nucléaire ne dépend pas que du souhait du gouvernement » et que l’objectif est « de réduire la part du fossile et de sortir de l’analyse qui se cantonne au mix électrique ».

« EDF a annoncé une trajectoire de production entre 300 et 330 TWH et nous tablons sur 360 TWH de production d’ici 2030 »

L’arrêt de 21 des 56 réacteurs nucléaires au 29 décembre 2022 et le rejet des institutions européennes pour l’énergie nucléaire semblaient accréditer l’idée d’un recul de l’énergie nucléaire dans le mix énergétique français. Néanmoins, difficile de se passer du nucléaire selon Agnès Pannier-Runacher qui rappelle la teneur des objectifs : « En moins de dix ans, il nous faut économiser 350 TWH, soit l’énergie produite par 35 réacteurs en un an et dans le même temps produire autant grâce à une énergie décarbonée. »

Si la ministre affirme que la construction de nouveaux réacteurs nucléaires n’est envisageable que dans la période 2030-2050, une augmentation prochaine de la production électrique n’est pas illusoire. « Avec 279 TWH, la production de 2022 est un point bas », confie Agnès Pannier-Runacher. Pourtant, la ministre explique qu’ « EDF a annoncé une trajectoire de production entre 300 et 330 TWH et nous tablons sur 360 TWH de production d’ici 2030, autant voire un poil plus que tout ce que l’on fera en renouvelable ». Dans ce scénario, l’énergie nucléaire dépasserait donc légèrement la part des énergies renouvelables dans le mix électrique. Une situation dont se félicite Agnès Pannier-Runacher : « Il y a 3 ans, prononcer le mot nucléaire au niveau de la Commission européenne était tabou. Nous avons réussi à montrer que le sujet n’était pas celui d’un seul pays, ce n’est pas une situation isolée que de vouloir s’appuyer sur le nucléaire pour décarboner. »

 « Le problème du nucléaire ce sont les risques génériques »

La construction de nouveaux réacteurs nucléaires entre 2030 et 2050 ne constitue pourtant pas la panacée selon la ministre qui explique que « le problème du nucléaire ce sont les risques génériques. C’est ce que nous venons de vivre avec la corrosion sous contrainte, si on repère un défaut sur un réacteur le risque est potentiellement répliqué sur tous les réacteurs de la même génération ». Cette difficulté avait entraîné la mise à l’arrêt de presque la moitié des réacteurs nucléaires français à l’hiver 2022 avec des conséquences majeures sur le coût de l’électricité. Malgré ces éléments, Agnès Pannier-Runacher s’est voulue rassurante en déclarant : « On affronte cette boule de maintenance mais nous y viendrons à bout d’ici 2025. »

Par ailleurs, la ministre a voulu démontrer une certaine lucidité sur le sujet affirmant qu’il relevait du bon sens de « ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier », c’est-à-dire ne pas tout miser sur l’énergie nucléaire. Même si les interruptions peuvent s’intensifier à l’avenir, la ministre précise que « le président de la République a été très clair sur sa volonté de prolonger la durée de vie des réacteurs jusqu’à 60 ans ». Néanmoins, les difficultés liées à la durée de vie des réacteurs et de leur remplacement à partir de 2050 ne sont pas tout à fait résolues.

La fusion de l’ASN et de l’IRSN remise sur la table ?

Au-delà des risques génériques, la sûreté nucléaire est un facteur majeur de l’équation. Si le gouvernement avait finalement renoncé à la fusion de l’ASN (Autorité de Sûreté nucléaire) et de l’IRSN (l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire), la ministre de la transition énergétique n’a pas enterré l’idée. « Je vous confirme notre intérêt pour mener cette réforme et préparer notre sûreté nucléaire à tous les dossiers qui vont arriver sur la table », confie Agnès Pannier-Runacher. Cette dernière évoque d’ailleurs un certain nombre d’écueils nouveaux à prendre en compte comme l’adaptation au réchauffement climatique mais aussi la prise en compte des phénomènes sismiques. En creux, Agnès Pannier-Runacher admet une augmentation du risque, liée à divers facteurs. « Il faut une réforme dont l’objectif principal est de préparer notre sûreté nucléaire à tous les dossiers qui vont arriver les uns après les autres, donc il faut un renforcement des moyens, des effectifs et l’organisation la plus resserrée possible pour faire face à tous ces éléments », détaille la ministre.

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