Réchauffement climatique : « La ressource en eau diminue partout », alerte Météo France 

Après un été 2022 marqué par une sécheresse record, une mission d’information au Sénat se penche sur la gestion de l’eau en France. Ses membres ont reçu Météo France jeudi 11 mai pour dresser un état des lieux. L'institut de météorologie alerte sur une situation jugée incertaine.
Lauriane Nembrot

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1.100 hectares de végétation complètement carbonisés. Selon la présidente de la région Occitanie Carole Delga, c’est le bilan encore provisoire du violent incendie qui s’est déclaré dans le département des Pyrénées-Orientales mercredi 10 mai.

Invitée de Public Sénat jeudi, la socialiste a décrit un « paysage de désolation » et assure que les autorités restent en « vigilance accrue maximale parce qu’il y a une sécheresse très forte sur l’ensemble des végétaux et du vent, donc la possibilité de s’embraser très facilement ». Un scénario qui a un air de déjà-vu. L’été dernier déjà, la région Occitanie a fait partie des plus touchées par les mégafeux de forêt, déclenchés sur fond de températures élevées et une sécheresse très forte. L’intervention des secours a parfois été entravée par le manque d’eau.

Et c’est précisément en réponse à cette situation qu’une mission d’information sur la gestion durable de l’eau a été lancée au mois de février. Présidée par le sénateur du Cher, Rémy Pointereau, elle entend « identifier les failles de la politique publique de l’eau » et « proposer des solutions en cas de pénurie ». Jeudi 11 mai, elle a reçu les représentants de Météo France pour dresser un état des lieux.

Un basculement au cours de l’été 2022

De Météo France, le grand public connait surtout les cartes d’alerte et de vigilance publiées à l’approche d’une tempête de grêle ou en cas de vents violents. Mais l’institut national de météorologie a aussi un rôle de vigie des ressources en eau. “On fait du suivi du contrôle de l’eau, on a un réseau de mesures de précipitations pluvieuses. Nous sommes garants de cette information-là”, assure son directeur général Alain Soulan.

Pour toutes ces raisons, ses services ont eux aussi connus une année 2022 de tous les records. Avec des centaines de sollicitations sur l’ensemble du territoire, “Nous avons été fortement sollicités à tous les niveaux : départemental, régional ou national”, assure Alain Soulan.

Les projections quotidiennes de Météo France se basent sur toute une série de relevés précis réalisés sur tout le territoire. Et en plein épisode caniculaire, l’année 2022 a enregistré une hausse des températures de 2,7% par rapport aux années 1960 rappelle Météo France. Durant les fortes chaleurs, les autorités voulaient avant tout suivre en temps réel les prévisions, notamment dans l’espoir de précipitations pluvieuses.

Les enjeux du stockage de l’eau

Face aux prévisions de Météo France, le constat est sans appel : les réserves d’eau vont continuer à s’amenuiser puisque la tendance globale reste à la sécheresse. « On sait qu’il va y avoir une bataille sur la ressource », résume même le sénateur écologiste Daniel Breuiller.

Dans cette perspective, comment faire en sorte de stocker l’eau pour éviter la pénurie ? Le gouvernement souhaitait trancher la question en encourageant la construction et l’implantation de bassins de rétention d’eau dans plusieurs villes. Cette eau serait utilisée en priorité par les agriculteurs de la région. Une position plutôt soutenue par le Sénat, qui plaide pour des retenues d’eau « multi-usages ».

Mais des tensions accompagnent ces projets de « méga bassines ». Comme à Sainte-Soline dans les Deux-Sèvres. Fin mars, de violents affrontements avaient eu lieu entre les détracteurs des méga bassines et les forces de l’ordre. Des dizaines de personnes avaient été blessées, dont deux grièvement.

« Sainte-Soline, ça n’existe pas partout et ça ne pourrait pas exister partout de toutes les manières C’est aussi une caractéristique du projet en fonction de son territoire. Ça ne veut pas dire que Sainte-Soline est une bonne chose », a déclaré en ce sens le sénateur Hervé Gillé. Il rappelle qu’il « il n’y a pas forcément une vision nationale des choses ». « Mais quand on a un trop-plein d’eau, est-ce que le fait de pouvoir stocker ou freiner l’eau à bon escient n’est pas une bonne stratégie si on la restitue ensuite au profit de l’environnement général ? », questionne -t-il.

« On assiste à ce que le GIEC a dit dans son 6e rapport »

Et toutes ces sollicitations ont fini par faire émerger une tendance très nette. Selon les informations rapportées par les scientifiques de Météo France, la sécheresse de ses sols atteint un seuil critique.

Comme l’explique Jean-Michel Soubeyroux, le directeur adjoint de Météo France, « on assiste à une aggravation de la sécheresse des sols au niveau national ». Selon ses observations, la fréquence des sécheresses des sols a doublé à l’échelle nationale et triplé dans le sud du pays. Conséquence : « On assiste à ce que le GIEC a dit dans son 6e rapport. La ressource en eau diminue partout ».

Les analyses de Météo France restent des projections mais elles prévoient à ce jour une évolution entre moins 10 % et plus 10 % de stock d’eau disponible d’ici à 2050. Son directeur adjoint Jean-Michel Soubeyroux reconnaît par ailleurs que « certaines méthodes n’ont pas le même niveau de fiabilité prévisionnelle » et souligne les disparités qui peuvent exister entre les régions.

« Les territoires ne vivent pas aujourd’hui exactement les mêmes transitions dans le domaine de l’eau. La France est dans une zone de transition climatique. On le voit bien à l’échelle nationale mais aussi à l’échelle des stations de Météo France ou des régions », rapporte aussi Jean-Michel Soubeyroux.

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