Transition énergétique : « Oui, l’Etat a la capacité de nous contrôler », répond le président de l’Ademe face aux critiques

Auditionné par la commission des finances du Sénat, le PDG de l’Ademe, Sylvain Waserman, défend le rôle de son agence dans la transition énergétique et sa bonne gestion des fonds publics. Par ailleurs, il assure que l’Ademe n’agit pas indépendamment et respecte les orientations données par sa tutelle.
Henri Clavier

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« Aujourd’hui, nos entreprises qui fonctionnent aux énergies fossiles sont vulnérables », affirme Sylvain Waserman, président-directeur général de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe). Dans un contexte d’augmentation des prix des énergies fossiles, le PDG de l’Ademe a tenu à montrer patte blanche devant les sénateurs de la commission des finances qui l’auditionnait. Le dirigeant de l’agence a notamment détaillé les financements et le fonctionnement de l’Ademe, un peu plus d’un an après avoir été auditionné par la commission d’enquête sur les agences et opérateurs de l’Etat. 

Avant la publication du rapport de Pierre Barros (PCF) et Christine Lavarde (LR), plusieurs figures de LR dont Laurent Wauquiez et Valérie Pécresse avaient remis en question le fonctionnement et l’action de l’Ademe. Lors de l’examen de la loi de finances pour 2025, le groupe RN avait proposé, sans succès, de supprimer l’agence. Pour rappel, l’Ademe gère principalement des fonds qui lui sont délégués par l’Etat afin d’accompagner les entreprises et les collectivités dans leur transition énergétique. A ce titre, l’agence gère un budget incitatif de 1,1 milliard d’euros dont 800 millions sont alloués au fonds chaleur, un dispositif de soutien financier et technique au développement de la production renouvelable de chaleur et de froid. Sylvain Waserman rapporte également un budget de moyens, permettant de faire fonctionner l’agence, de 128 millions d’euros. A cela s’ajoutent des ressources externes de 520 millions d’euros permettant à l’Ademe d’agir en tant qu’opérateur dans le déploiement de certaines politiques publiques, notamment la mise en place du leasing social. ou encore 70 millions pour le fonds vert. Enfin, l’Ademe dispose également de budgets pour compte de tiers qui varient en fonction des années et des missions déléguées par l’Etat. 

Un acteur d’accompagnement des entreprises et collectivités 

Grâce à ce budget, l’Ademe apporte conseils et expertises relatifs à la transition énergétique aux collectivités locales et aux entreprises. « Deux tiers de notre activité ce sont les entreprises, le reste les collectivités territoriales. Lorsqu’une entreprise fait le choix de se tourner vers nous, l’Ademe apporte expertise et moyens financiers. Les collectivités, on les accompagne dès le début », résume Sylvain Waserman. Ce dernier vante le rôle de facilitateur de l’Ademe qui centralise des capacités techniques et juridiques pour faciliter la transition énergétique. « Quand un élu fait le choix d’un réseau de chaleur, il protège ses concitoyens », avance Sylvain Waserman. 

« En moyenne, il y a 8 % de dossiers qui peuvent être instruits et cofinancés par l’Ademe et par les régions » 

Malgré ce rôle, l’action de l’Ademe a pu être remise en cause, notamment sur le risque de faire doublon avec d’autres acteurs. En 2025, Valérie Pécresse critiquait notamment le doublon entre l’Ademe et les régions dans l’instruction des dossiers. « En moyenne, il y a 8 % de dossiers qui peuvent être instruits et cofinancés par l’Ademe et par les régions », explique le PDG de l’Ademe. Ce dernier souligne cependant que « les régions choisissent le mode d’organisation pour l’instruction de dossiers » et peuvent donc prévenir le risque d’une double instruction des dossiers en mettant en place un guichet unique. « C’est ce qu’a fait la région Grand Est et depuis il est impossible d’avoir une double instruction », rapporte Sylvain Waserman. 

Des interrogations renforcées depuis l’entrée en vigueur de la loi 3DS en 2022 qui permet à l’Ademe de déléguer des fonds aux régions. La sénatrice Christine Lavarde a interrogé Sylvain Waserman sur l’utilité de ce passage par l’Ademe. L’une des recommandations du rapport sur les agences de l’Etat proposait notamment de déléguer directement de l’État aux régions les crédits qui transitent actuellement par l’Ademe. Là encore, le PDG de l’Ademe défend le rôle de l’agence dans ce processus. « Le fonds chaleur est un sujet extrêmement technique. Par exemple, si on fait de la géothermie profonde j’ai trois experts en France », explique Sylvain Waserman. 

Une tutelle réelle assurée par l’Etat 

Par ailleurs, le PDG de l’Ademe a tenu à remercier Christine Lavarde et Pierre Barros pour la publication de leur rapport qui a permis de « remettre les faits sur la table ». Mise en cause pour une gestion supposée opaque des crédits, l’Ademe assure, au contraire, que l’Etat reste pleinement impliqué et joue son rôle de tutelle. La diffusion d’une campagne publicitaire appelant à la sobriété et à la déconsommation avait notamment été reprochée à l’Ademe. « Nous travaillons avec l’Etat et oui, l’Etat a la capacité de nous contrôler. Il faut bien comprendre qu’il n’y a pas de réorientation possible des fonds qui ne soit pas validée avec les services centraux de l’Etat », souligne Sylvain Waserman. Ce dernier rappelle notamment que la campagne publicitaire en question avait été annoncée par le ministre de la Transition énergétique de l’époque, Christophe Béchu. 

Enfin, l’ancien député rappelle que la « loi 3DS a fait du préfet de région le délégué territorial de l’Ademe, tous les ans, le préfet valide la stratégie de l’Ademe dans la région ». A cette occasion, le préfet évalue les projets portés par l’Ademe et dispose ainsi « d’un droit de véto », considère Sylvain Waserman.

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