Paris: Emmanuel Macron welcomes Ukraine’s President Volodymyr Zelensky
Volodymyr Zelensky and Emmanuel Macron. France's President Emmanuel Macron welcomes Ukraine's President Volodymyr Zelensky upon his arrival at the Elysee presidential palace. Paris, FRANCE-14/05/2023//01JACQUESWITT_Zelensky006/Credit:Jacques Witt/SIPA/2305142154

Guerre en Ukraine : « L’aviation peut renverser le rapport de force »

Dans son entretien au journal de 20 heures de TF1, lundi 15 mai, Emmanuel Macron affirme avoir ouvert la porte pour la formation de pilotes ukrainiens en France. Une nouvelle étape dans le soutien européen et Français apporté à l’Ukraine après le passage du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, à Paris, le 14 mai.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

Mis à jour le

Jérôme Clech, enseignant en prospective et stratégie militaire à Sciences Po Paris et auteur de « La prospective stratégique. Une nouvelle approche pour améliorer la prise de décision », explique l’importance de la dimension aérospatiale dans la suite et la résolution du conflit. Entretien.

Le président de la République a annoncé hier avoir ouvert la porte à des formations de pilotes ukrainiens, est-ce que ces formations peuvent produire des effets rapidement ?

Tout dépend si l’on forme du personnel aspirant ou si l’on forme un personnel qui connaît déjà le domaine. Si on parle de l’intégralité de la formation, oui cela nécessite plusieurs années, mais si l’on prend un personnel déjà familier cela peut aller beaucoup plus vite, en quelques mois. Il faut bien comprendre que l’on ne parle pas seulement de compétences mécaniques mais surtout de capacité à la pratique d’opérations aériennes, ce qui est différent.

Est-ce que la formation de pilotes répond aux besoins de l’armée ukrainienne ?

La dimension aérospatiale est essentielle. Dans un conflit comme celui-ci, il est difficile de créer une différence dans le rapport de force seulement sur le plan terrestre. Donc oui, permettre aux forces ukrainiennes d’accélérer leur formation répond à un besoin de l’Ukraine. Si la confrontation reste terrestre, il semble difficile de créer, d’un côté comme de l’autre, un renversement du rapport de force suffisant pour pousser l’un des belligérants à la table des négociations.

Comment l’aviation, d’un point de vue stratégique, peut permettre d’obtenir cet avantage ?

La plupart des observateurs s’accordent pour faire le constat, notamment en observant les dernières opérations de l’OTAN, que sans dominance aérienne il n’y a pas d’avancées terrestres. L’aviation peut renverser le rapport de force. Le rôle de l’aérospatiale est crucial dans la mesure où cela permet de faire du ciblage, en se posant la question de l’endroit qu’il faut frapper. Une frappe stratégique peut conférer un avantage bien plus important que plusieurs tirs moins ciblés. L’idée est que l’aviation est capable de frapper en profondeur, donc aux plus près des intérêts du belligérant, sur son territoire. On ne parle pas, actuellement, de cibler le territoire de la Russie donc il faut avant tout définir les objectifs. Si l’effet recherché est de renverser le rapport de force par l’offensive, alors il faut frapper les objectifs stratégiques avec des bombardiers. L’aérospatiale a aussi, évidemment une vocation défensive, en la matière, les dispositifs de défense antiaérienne ont eu, en Ukraine, un effet substantiel.

Dans ce cas, peut-être que l’aide militaire est trop graduelle et qu’il aurait fallu une aide plus intense dès le début du conflit ?

De manière générale, il faut d’abord être en mesure d’assurer sa propre sécurité. En ce qui concerne l’artillerie, l’effort français est important et atteint ses limites. Par ailleurs, la France a eu un rôle moteur au niveau politique dans le développement de certains outils communautaires comme la Facilité européenne pour la paix, dont le budget a été porté à 7,98 milliards d’euros et qui permet d’envoyer des armements létaux.

Ces annonces visent-elles, donc, à faciliter la contre-offensive de l’Ukraine et inverser le rapport de force ?

La paix et les négociations pour y arriver dépendent nécessairement des arguments que vous pouvez apporter. On peut penser que préparer la contre-offensive revient à créer des « conditions » de paix. Cela signifie que, si la situation n’évolue pas sur le terrain, il est peu probable qu’elle évolue sur le plan diplomatique. L’enjeu pour l’Ukraine est de réussir à rogner les conquêtes territoriales. Mais il n’y a pas de logique absolue, on peut aussi considérer que l’idée et la menace d’une contre-offensive peut se révéler plus efficace que la contre-offensive en elle-même. On est dans une guerre cognitive, informationnelle. Il y a plusieurs visions qui s’opposent. D’une part, il y a une vision maximaliste qui considère que l’Ukraine doit revenir à ses frontières de 1991, donc avec la Crimée. Pour espérer arriver à cette configuration, cela nécessite une grosse articulation de la contre-offensive. Cela correspond au modèle de l’Otan avec un commandement capable de synchroniser les efforts.

En quoi consiste l’autre approche ?

Une autre vision plus minimaliste peut considérer que la paix est importante à obtenir mais surtout à préserver. Par conséquent, cette approche implique de reconstruire un équilibre et une architecture de sécurité européenne. Est-ce que cette future architecture doit se faire au sein de l’OTAN, de l’Union européenne, ou autre c’est cela qu’il faut trancher. La France continue de se concevoir comme une puissance d’équilibre, ce qui est une position historique, et cherche à défendre son concept d’autonomie stratégique européenne.

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Guerre en Ukraine : « L’aviation peut renverser le rapport de force »
3min

International

Guerre en Iran : l’ambassadeur d’Israël en France évoque « un niveau de crise très difficile à gérer » entre les deux pays 

Invité de la matinale de Public Sénat, l’ambassadeur d’Israël en France, Joshua Zarka, est revenu sur la guerre contre l’Iran. Ce dernier se montre pessimiste sur la possibilité de conclure un cessez-le-feu. Par ailleurs, le diplomate évoque la proposition française de médiation au Liban et pointe la dégradation des relations avec les dirigeants français.

Le

Viktor Orban en campagne
6min

International

Elections en Hongrie : Viktor Orbán joue son avenir politique et mène une campagne anti-Ukraine

Viktor Orban pourrait perdre le pouvoir en Hongrie, lors des élections législatives du 12 avril. Une campagne marquée par la guerre en Ukraine et les liens étroits entre le gouvernement hongrois et le Kremlin, révélés par la presse. Ces élections hongroises vont-elles être un tournant pour l’UE ? On en débat cette semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat (diffusé samedi à 16h30).

Le

Emmanuel Macron rencontre le premier ministre de l’Etat d’Israel, Benyamin Netanyahou a  Jerusalem
6min

International

Derrière les critiques d’Israël contre la France, le « rapport de force permanent » du gouvernement de Benyamin Netanyahou

Le gouvernement israélien et son ambassadeur à Paris critiquent vivement la France depuis plusieurs jours, quitte à mettre en cause son statut de « pays ami ». Engagé dans ce que son gouvernement appelle « une guerre civilisationnelle » au Moyen-Orient, Israël ne s’embarrasse plus de plaire à la France et a décidé d’engager un rapport de force avec son allié historique, malgré la volonté de dialogue de Paris.

Le

Guerre en Ukraine : « L’aviation peut renverser le rapport de force »
3min

International

Iran : « Pour Trump, menteur en chef, dire la vérité c'est simplement changer de mensonge », étrille Claude Malhuret

Claude Malhuret, le président du groupe Les Indépendants au Sénat, se dit sceptique sur la possibilité d’un déploiement au sol des troupes américaines en Iran. Il estime que Donald Trump, en difficulté dans les sondages, va chercher à l’approche des élections de mi-mandat à flatter sa base électorale, plutôt opposée aux interventions extérieures.

Le