Ship Razoni, Carrying Ukrainian Grain, Sails in the Bosphorus in Turkey, Istanbul – 03 Aug 2022
Mandatory Credit: Photo by Gokhan Mert/UPI/Shutterstock (13064456c) The Sierra Leone-flagged cargo ship Razoni carrying 26,000 tonnes of corn from Ukraine moves off the coast of north-west Istanbul in Turkya on Wednesday, August 3, 2022. A team of Russian and Ukrainian officials in Turkey is due to inspect the first shipment of grain exported from Ukraine since Moscow's invasion under a deal aimed at curbing a global food crisis. The Sierra Leone-flagged Razoni arrived at the edge of the Bosphorus Strait just north of Istanbul on Tuesday a day after leaving the Black Sea port of Odessa carrying 26,000 tonnes of maize bound for Lebanon. Ship Razoni, Carrying Ukrainian Grain, Sails in the Bosphorus in Turkey, Istanbul - 03 Aug 2022/shutterstock_editorial_Ship_Razoni_Carrying_Ukrainian_13064456c//2208031628

Accord sur l’exportation des céréales : quelles sont les conséquences du retrait de la Russie ?

Conclu en juillet 2022, quelques mois après le début de la guerre en Ukraine, l’accord sur l’exportation des céréales ukrainiennes et la mise en place d’un corridor maritime avaient permis d’arrêter l’augmentation massive des prix des denrées alimentaires. Depuis, l’accord a été renouvelé plusieurs fois, non sans mal, grâce notamment à la médiation des Nations unies et de la Turquie. Le 17 juillet, la Russie a annoncé ne pas renouveler sa participation à l’accord.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

 « Une énorme erreur », selon Emmanuel Macron, « une décision cynique » pour la présidente de la commission européenne, Ursula von der Leyen, les réactions au retrait de la Russie sont cinglantes. Mais à quoi faut-il s’attendre réellement ? Quelles sont les conséquences de ce retrait ? Explications de Carole Grimaud, fondatrice du think tank Center for Russia and Eastern Europe Research (CREER) de Genève et spécialiste de la géopolitique russe.

Est-ce surprenant que la Russie n’ait pas fait le choix de renouveler sa participation sur l’exportation de céréales en mer Noire ?

Oui et non, c’était difficile à dire. Déjà, la conclusion s’était faite in extremis et ensuite en novembre l’accord avait été prolongé de justesse. Suspendre la participation à l’accord est un moyen d’action qui avait déjà été évoqué auparavant, la Russie utilise chacune des armes à disposition.

Concrètement, qu’est-ce que cela va changer pour les exportations de céréales ? L’Ukraine ne pourra plus exporter au risque d’être menacée par la flotte russe ?

Le retrait signifie la fin des garanties en matière de sécurité dans la zone et donc la fin du corridor qui permet à l’Ukraine d’exporter ses céréales. Il y a une flotte russe importante stationnée à Sébastopol, le contrôle de la mer Noire et surtout de la partie la plus proche de la Crimée est un point extrêmement important pour la Russie. Néanmoins, cela paraît relativement peu probable que la Russie s’attaque directement à des navires commerciaux, ce n’est pas sur ce plan qu’il y a une menace. Volodymyr Zelensky parle d’ailleurs déjà de continuer les exportations, même si la Russie ne revient pas dans le traité et que le corridor n’est pas maintenu.

Dans ce cas-là comment la Russie utilise-t-elle cet accord pour fragiliser l’Ukraine ?

On est plutôt dans la recherche de la guerre économique entre les deux Etats. Il ne faut pas oublier que la Russie est le premier exportateur de blé au monde, l’objectif est d’amoindrir les exportations ukrainiennes pour porter un coup dur à Kiev, l’exportation de céréales en général est absolument vitale pour l’Ukraine, c’est une partie majeure de son économie.

Par ailleurs, l’accord sur les céréales en mer Noire a permis d’exporter 33 millions de tonnes de céréales depuis sa conclusion. C’est une occasion pour la Russie d’accroître son partenariat avec les pays africains. Cela fait un moment que la Russie voit dans l’Afrique un continent porteur, un marché où investir. 90 % des échanges entre la Russie et le continent africain portent sur les céréales.

L’objectif dépasse le seul cadre de la guerre en Ukraine ?

La dimension géopolitique est primordiale. Dans les chiffres, les exportations ukrainiennes sont principalement dirigées vers les pays de l’Union européenne et vers la Chine, ce qui est vivement critiqué par la Russie. Moscou avait aussi accepté l’accord en utilisant le prétexte qu’il ne fallait pas accentuer les crises. En réalité, une grande partie du blé exporté vers l’UE l’est ensuite vers l’Afrique, donc c’est un prétexte utilisé par Poutine pour porter le combat sur le terrain de la guerre économique. Les Russes sont parfaitement conscients que l’Ukraine ne peut pas se passer de ses exportations de céréales.

Quels éléments pourraient pousser la Russie à revenir à la table des négociations ?

La Russie utilise ce traité comme un moyen de pression. Les demandes de la Russie pour revenir à la table des négociations sont donc très claires. La principale demande concerne la levée des sanctions contre la banque agricole Russe, la Rosselkhozbank. Poutine souhaite que la banque soit réintégrée au réseau bancaire mondial Swift pour faciliter les exportations notamment vers l’Afrique, mais l’Union européenne a été inflexible sur ce point. Le président de la Fédération de Russie avait déjà dit en mars que même si la Russie se retirait, il n’y aurait pas de conséquences pour les pays importateurs du continent africain et que Moscou était prêt à livrer gratuitement les Etats les plus nécessiteux. Ça fait partie de l’entreprise globale de séduction de la Russie vers les pays africains. Le deuxième sommet Russie-Afrique se tient à Sotchi les 27 et 28 juillet

Doit-on s’attendre à une augmentation massive des prix des céréales ? A des pénuries alimentaires ?

Pas nécessairement. Tant que l’Ukraine maintient le volume de ses exportations il ne devrait pas y avoir d’impact. L’accord sur les céréales a permis, depuis un an, de stabiliser le prix des denrées, mais ce n’est pas pour cela que le retrait de la Russie va relancer l’inflation comme au début de la guerre. L’année dernière, l’incertitude de la guerre a entraîné une augmentation galopante du coût des céréales. Aujourd’hui il y a plus de certitudes, et peu de chances que les prix repartent à la hausse à court terme parce que les récoltes ont été très bonnes. Cependant, la question des assurances pourrait créer des difficultés. S’ils ne sont pas assurés, à cause de la menace russe, les navires ne prendront pas le risque de venir dans le sud de l’Ukraine pour exporter les céréales, c’est l’une des principales conséquences. La capacité à trouver d’autres routes pour l’exportation va être capitale. A moyen terme, cela pourrait réduire le volume d’exportation et potentiellement augmenter la faim dans le monde.

 

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Keir Starmer Resigns As Labour Party Leader, London, UK – 22 Jun 2026
4min

International

Le Premier ministre britannique Keir Starmer a annoncé sa démission

Moins de deux ans après son arrivée au pouvoir, le Premier ministre travailliste Keir Starmer a annoncé lundi sa démission après des mois de pression, précisant qu'il resterait en poste jusqu'à la désignation de son successeur à la tête du Labour.

Le

Accord sur l’exportation des céréales : quelles sont les conséquences du retrait de la Russie ?
4min

International

« La question n’est plus de savoir si l’Ukraine va gagner la guerre, mais quand elle va la gagner », affirme l’ambassadeur de France en Pologne, Étienne de Poncins

Invité ce lundi de la matinale de Public Sénat, l’ambassadeur de France en Pologne Étienne de Poncins envisage une issue positive au conflit pour Kiev, qui mène actuellement des frappes intensives sur la Crimée. Le diplomate s’inquiète en revanche des « crispations » entre l’Ukraine et la Pologne, alors qu’une conférence pour la reconstruction se tient à Gdansk en fin de semaine.

Le

Accord sur l’exportation des céréales : quelles sont les conséquences du retrait de la Russie ?
4min

International

10 ans du Brexit : « un désastre économique pour le Royaume-Uni », estime cet eurodéputé et ancien ministre italien

Il y a 10 ans, une courte majorité de Britanniques votaient en faveur du Brexit, la sortie de l’Union européenne. Les conséquences économiques de cette décision s’avèrent plutôt néfastes pour le Royaume-Uni et le gouvernement travailliste opère depuis deux ans un rapprochement avec le club des 27. Les 10 ans du Brexit, c’est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, émission diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat.

Le

France US
7min

International

Trump à Versailles, invitation de Zelensky… Comment Emmanuel Macron a su tirer parti de « son » G7 à Evian

Pour son dernier G7, Emmanuel Macron est parvenu à maintenir jusqu’au bout Donald Trump à la table des négociations, invitation au château de Versailles à l’appui. De quoi le voir signer sous ses yeux l’accord avec l’Iran et lui arracher un soutien plus ferme à l’Ukraine. Mais encore faut-il que ces déclarations d’intention se matérialisent.

Le