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Après le Niger, la cohérence de la diplomatie française testée par le coup d’État au Gabon

Le président gabonais Ali Bongo a été renversé ce mercredi par un commandement militaire. Remplacé par le chef de la garde présidentielle, il est en résidence surveillée à Libreville. Si la France condamne le coup d’État, soutenir Ali Bongo, accusé d’avoir manipulé les résultats de l’élection présidentielle, entrerait en contradiction avec la position diplomatique défendue au Niger depuis le putsch contre Mohamed Bazoum.
Stephane Duguet

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Au lever du jour mercredi 30 août, un nouveau pays allié de la France en Afrique, le Gabon, a été renversé par un coup d’État militaire. Juste après la revendication par Ali Bongo de la victoire à l’élection présidentielle de ce samedi avec 64,27 % des voix, une douzaine de militaires est apparue sur les écrans de la chaîne Gabon 24 localisée dans le palais présidentiel à Libreville. Emmenés par le général Brice Oligui Nguema, chef de la garde présidentielle, les putschistes disent appartenir au « Comité pour la transition et la restauration des institutions ».

Ils ont annoncé la « fin du régime en place », dénoncé les résultats du scrutin, dissous les institutions gabonaises et fermé les frontières du pays. L’élection présidentielle n’a « pas rempli les conditions d’un scrutin transparent », explique le communiqué lu à la télévision. Pour organiser le vote, Ali Bongo avait instauré un couvre-feu et coupé internet, désormais rétabli. Le régime de transition a nommé le chef de la garde présidentielle comme son président. Le général Brice Oligui Nguema a précisé à nos confrères du Monde qu’Ali Bongo est « mis en retraite ». Plus tôt, les putschistes ont précisé que le président actuel est en résidence surveillée. Dans une vidéo, celui qui gouverne le Gabon depuis 14 ans paraît inquiet et appelle ses partisans à « faire du bruit » partout dans le monde.

La France condamne le coup d’État

Parmi les amis du Gabon, la France occupe une place particulière puisqu’elle a colonisé le pays de 1882 à 1960 et qu’Omar Bongo, père d’Ali Bongo, est resté quarante et un ans au pouvoir après avoir été intronisé au sommet de l’État par Jacques Foccart et Charles de Gaulle. Il ne fait guère de doute sur le soutien apporté jusqu’ici par Emmanuel Macron à Ali Bongo. Le chef de l’État avait d’ailleurs co-organisé le One Forest Summit, un sommet pour protéger les forêts tropicales, à Libreville les 1er et 2 mars derniers. « Il y avait eu peu de communication de Macron aux côtés de Bongo », note Richard Werly, correspondant international du quotidien suisse Blick. « Le président français avait été d’une prudence remarquable vu les liens entre les deux pays et le soutien de la France à Ali Bongo », expose celui qui prépare un livre sur la perte d’influence de la France en Afrique.

Comme après le renversement du président nigérien Mohamed Bazoum le 26 juillet, les condamnations de la communauté internationale se sont enchaînées. Le coup d’État a été « condamné » par le porte-parole du gouvernement français Olivier Véran. Le Première ministre Elisabeth Borne dit « suivre avec la plus grande attention » l’évolution de la situation, tout comme les Etats-Unis. La Chine s’inquiète, elle, du sort réservé à Ali Bongo quand la Russie parle d’un « profond sujet de préoccupation ». L’Union Africaine a également « condamné fermement » la prise de pouvoir par la force des militaires.

Nouvelle perte d’influence en Afrique

« C’est malencontreux pour l’influence française dans la région », réagit Christian Cambon, le président Les Républicains (LR) de la commission des Affaires étrangères au Sénat. L’élu du Val-de-Marne rappelle que la France déploie 350 militaires sur place et qu’à Libreville se trouve l’une des quatre bases de l’armée française en Afrique. Plus de dix mille ressortissants vivent aussi sur place. La France est aussi présente via ses entreprises comme le groupe minier Eramet. Dans la foulée du coup d’État, la société a « mis à l’arrêt » ses activités ce mercredi pour « protéger la sécurité de (son) personnel et l’intégrité de (ses) installations » avant de les « reprendre progressivement ».

La situation au Gabon ravive les craintes françaises suite au putsch nigérien. Après la prise du pouvoir, les militaires nigériens ont critiqué durement la France jusqu’à demander le départ de son ambassadeur Sébastien Itté ce qu’Emmanuel Macron a catégoriquement refusé, ne reconnaissant pas l’autorité des putschistes dirigés par le général Tchiani. « C’est l’un des éléments qui montre la perte d’influence de la France. Les entrepreneurs et les diplomates ont peur. Là où avant ils régnaient en maître, où ils étaient respectés voire redoutés, maintenant ils ne sortent plus de chez eux. A Niamey, il n’y a pas que l’ambassadeur qui vit reclus. Des entrepreneurs français sont dans le même cas », explique Richard Werly.

Le Gabon n’est tout de même pas le Niger. D’abord le premier se trouve en Afrique centrale, l’autre en Afrique de l’ouest et « contrairement au Niger, le Gabon ne se situe pas dans un environnement transnational très conflictuel. L’État gabonais fait face à une crise politique mais pas à une crise multidimensionnelle sécuritaire », analyse Niagalé Bagayoko, spécialiste des questions de sécurité en Afrique de l’ouest et présidente du centre de recherche African security network au Ghana. Elle rappelle également que « la présence militaire française est plus ancienne au Gabon », mais moins importante qu’au Niger où ils sont 1 500.

« On ne comprend pas la diplomatie de la France en Afrique »

La stratégie d’Emmanuel Macron au Niger a été de marteler une position ferme de dénonciation du putsch militaire et de demande le retour à l’ordre constitutionnel. La France a aussi toujours dit soutenir la Communauté des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui envisage une intervention militaire depuis le 26 juillet. « Emmanuel Macron a multiplié les maladresses et les comportements qui posent problème. Sur le Niger, nous aurions dû nous mettre plus en retrait », estime Serge Michaïlof, chercheur associé à l’IRIS et ancien directeur des opérations de l’Agence Française de Développement.

La politique diplomatique de la France sur le continent africain est également critiquée par le sénateur Les Républicains Alain Joyandet, ancien secrétaire d’État chargé de la coopération et de la francophonie lorsque Nicolas Sarkozy était président de la République. « On ne comprend pas bien la diplomatie française en Afrique. Il n’y a pas vraiment de référent pour nos interlocuteurs africains dans le gouvernement. La position de la France, ça doit être ni ingérence ni indifférence. On nous a tellement reproché l’ingérence que je crains que depuis quelques années on ait versé dans l’indifférence », souffle le sénateur de Haute-Saône.

Plusieurs parlementaires LR de la chambre basse avaient d’ailleurs envoyé une lettre publiée le 7 août par Le Figaro où ils appelaient le président à revoir la politique française en Afrique. « Elle est d’autant plus d’actualité après le coup d’État au Gabon. Nous allons devoir mettre à plat l’ensemble de nos relations avec les pays africains pour prendre la mesure des mutations en Afrique. On ne pourra pas laisser tomber ces pays mais on ne sera plus dans un climat de confiance », indique Christian Cambon, l’un des sénateurs à l’origine du texte.

Le Tchad, contradiction de la position française sur le Niger

A ceux qui voient une loi des séries après les putschs au Mali, au Burkina Faso, au Niger et maintenant au Gabon, Niagalé Bagayoko répond qu’il n’y a « pas d’épidémie des coups d’État, mais une tendance générale ». Selon la chercheuse, le soutien populaire de ces prises de pouvoir par les militaires témoigne de la fin « de l’ère de promotion d’un ordre démocratique libéral qui correspondait à la fin des années 1990 à la victoire de l’occident sur l’est ». Elle l’explique par le fait qu’en Afrique, comme ailleurs dans le monde, « on est face à des démocraties réduites à la simple tenue des scrutins électoraux », où « les oppositions font plus ou moins partie de ces élites qui se sont partagé le pouvoir » et donc que « la démocratie est très dévaluée aux yeux des opinions publiques africaines ».

En Afrique centrale contrairement à l’Afrique de l’ouest, « on est dans une sous-région qui a comme caractéristique une structure très autoritaire du pouvoir », développe Niagalé Bagayoko. La structure des États gabonais et nigériens n’a donc rien à voir. « Le scrutin qui a conduit à l’élection du président Mohamed Bazoum est beaucoup plus transparent et moins manipulé que ceux organisés au Gabon depuis des décennies. A la tête de l’État gabonais, on se retrouve face à une dynastie comparable à celle du Tchad ». En effet, Ali Bongo a pris la suite de son père après sa mort en 2009 comme Mahamat Idriss Déby a succédé à son père Idriss Déby Itno. Dans le cas du Tchad, c’était même « après un coup d’Etat militaire », contextualise Richard Werly. Dans les deux cas, Paris soutenait le régime. « Dans l’histoire, la France a su s’accommoder de putschistes. Le discours d’Emmanuel Macron sur la démocratie en Afrique depuis le coup d’Etat au Niger ne reflète pas vraiment les pays africains proches de la France », poursuit le journaliste.

Désormais, la France va « se retrouver face à un dilemme », explicite Niagalé Bagayoko. « Contrairement au Niger, au Gabon, on est face à une accession au pouvoir inconstitutionnelle avec un président dont la légitimité démocratique est entachée par des irrégularités. Alors, qui est dans son bon droit ? Une junte militaire ou un régime connu pour être népotique et pour avoir détourné des revenus de l’État ? », questionne l’experte des questions de sécurité en Afrique de l’ouest. Elle souligne enfin qu’à la différence du Tchad, la France ne pourra pas se justifier en utilisant l’argument de la stabilité du régime pour faire face à la menace djihadiste puisqu’au Gabon « il n’y a pas de crise sécuritaire comme au Sahel ».

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