Attaques de Donald Trump contre la science : « Comment peut-on soutenir Make America Great Again, tout en cassant son système scientifique ? », interroge Pascale Ultré-Guérard

Face aux attaques de Donald Trump envers la recherche scientifique, la commission de la culture du Sénat a organisé ce mercredi une table-ronde sur le sujet, réunissant Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), Pascale Ultré-Guérard, directrice de la science du Centre national des études spatiales (CNES), Dominique Costagliola, directrice de recherche à l’Inserm et Alain Schuhl, directeur délégué à la science du CNRS.
Camille Gasnier

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Depuis son élection en janvier dernier, Donald Trump n’a cessé de mettre à mal les travaux universitaires et la recherche scientifique. Depuis le 20 janvier 2025, plusieurs chercheurs et employés fédéraux ont été licenciés. Près de « la moitié des effectifs de l’agence nationale de la recherche, de 1 000 spécialistes de l’agence nationale de l’environnement et d’une centaine de scientifiques, climatologues et météorologues » ont été limogés, indique Valérie Masson-Delmotte, directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Le 10 mars 2025, Catherine Calvin, scientifique en chef de la NASA et co-présidente du groupe 3 du GIEC a aussi été démise de ses fonctions.

Les quatre chercheurs déplorent la dissolution de plusieurs organisations et le désengagement des Etats-Unis sur les questions climatiques. Valérie Masson-Delmotte pointe le « démantèlement des comités scientifiques de l’Agence nationale de l’environnement ». Pascale Ultré-Guérard, directrice adjointe de la stratégie et directrice de la science du Centre national des études spatiales (CNES) regrette qu’il n’y ait pas « de représentant des Etats-Unis prévu à la Conférence sur les océans qui se tiendra en juin à Nice ». Une démobilisation qui va de pair avec une liste de mots interdits par l’administration américaine. Depuis son arrivée au pouvoir en janvier 2025, Donald Trump a mis en place une liste de termes prohibés pour obtenir des financements fédéraux, dans le milieu de la recherche. Parmi eux, les mots « femme », « crise climatique », « mixité », « LGBT », ou encore « pollution ». Le président américain a également signé un décret pour censurer les programmes de diversité, d’équité et d’inclusion.

Autre attaque de Donald Trump : la suppression de plusieurs bases de données scientifiques. Entre le 20 et le 22 janvier 2025 près de 2 400 bases de données ont disparu. « Il y a des bases de données qui sont là depuis 130 ans, et on se demande si elles ne vont pas disparaître complètement », met en garde Alain Schuhl, directeur général délégué à la science du CNRS. Des suppressions qui inquiètent également le sénateur LR Stéphane Piednoir, qui dénonce « une forme d’autodafé numérique » : « Des licenciements peuvent se compenser par des recrutements, en revanche, les données qui sont perdues sont perdues pour toujours ». « Comment peut-on soutenir Make America Great Again tout en cassant son système scientifique ? », questionne Pascale Ultré-Guérard.

« Des universités ont décidé de ne pas recruter de doctorants cette année, car elles ne savent pas si elles peuvent les payer »

Les décisions prises par le 47e président des Etats-Unis depuis le début de son second mandat ont déjà des conséquences aux Etats-Unis. Près de 2,2 milliards de subventions fédérales versées à Harvard ont été gelées par Donald Trump, face au refus de l’université de se conformer aux directives de l’administration l’enjoignant de mettre fin aux programmes de diversité, d’équité et d’inclusion. « Ces attaques sur les mots diversité, égalité et inclusion ont cassé directement tous les programmes de la Fondation nationale pour la science visant à rendre l’accès aux parcours scientifiques accessibles aux enfants de milieux modestes. Cette vision idéologique va casser la possibilité d’élargir la participation à la production de connaissances », explique Valérie Masson-Delmotte.

Par ailleurs, des établissements ont dû limiter leur recrutement : « Des universités ont décidé de ne pas recruter de doctorants cette année, car elles ne savent pas si elles peuvent les payer », constate Dominique Costagliola, directrice de recherche à l’Inserm. La suspension des programmes de l’USaid, l’agence des Etats-Unis pour le développement international, a entraîné « l’arrêt de 130 projets liés au changement climatique », « ce qui enlève dans les pays les plus vulnérables les moyens de faire face au changement climatique », signale la directrice de recherche au Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives.

En début d’audition, Laurent Lafon, président de la commission de la culture du Sénat, a assuré qu’au-delà des Etats-Unis, c’est « toute la recherche mondiale qui est atteinte ». En effet, les annonces de Donald Trump ne s’arrêtent pas aux Etats-Unis et ont des retentissements en France et en Europe. Valérie Masson-Delmotte affirme que les licenciements de météorologues ont provoqué « un ralentissement des lancers de ballons atmosphériques, ce qui affecte la prévision météorologique européenne ».

« Ce qui arrive aux États-Unis, ce n’est pas impossible que cela arrive en Europe et en France »

Le 5 mai 2025, Emmanuel Macron et Ursula von der Leyen ont organisé le sommet « Choose Europe for science » à la Sorbonne. Ils ont ainsi affiché l’ambition de l’Europe d’accueillir des chercheurs, notamment américains. Ursula von der Leyen a annoncé une enveloppe de 500 millions d’euros sur 2025-2027 et Emmanuel Macron un investissement de 100 millions d’euros. Une annonce qui fait écho à celle faite dès mars, par l’université d’Aix-Marseille Elle avait assuré qu’elle pourrait financer les travaux d’une quinzaine de chercheurs américains.

Les quatre chercheurs appellent à un renforcement de la protection et de l’application de la liberté académique, car, d’après Alain Schuhl, « ce qui arrive aux États-Unis, ce n’est pas impossible que cela arrive en Europe et en France ». Au Sénat, le 16 avril dernier, Louis Vogel, sénateur Les Indépendants de la Seine-et-Marne a déposé une proposition de loi constitutionnelle visant à inscrire la liberté académique à l’article 34 de la Constitution. Durant l’audition, Adel Ziane, sénateur socialiste de la Seine-Saint-Denis a annoncé qu’il déposerait également un texte « qui visera à garantir la liberté académique des chercheurs, l’indépendance des travaux de recherche et la transparence des fonds privés affectés à l’enseignement supérieur et à la recherche ».

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