Trump
President Donald Trump arrives to speak at the Future Investment Initiative (FII) Institute summit in Miami Beach, Fla., Wednesday, Feb. 19, 2025. (AP Photo/Rebecca Blackwell)/FLJE303/25050829164854//2502200005

Attaques de Donald Trump contre Volodymyr Zelensky : « Les Européens seront bientôt seuls pour faire face à la Russie de Poutine »

Alors que les Etats-Unis se rapprochent progressivement de la Russie pour un règlement bilatéral du conflit en Ukraine, le président américain multiplie les attaques violentes contre Volodymyr Zelensky. Une approche qui illustre la volonté de Donald Trump de marginaliser les Européens, estime Alexis Pichard, spécialiste de la politique américaine.
Henri Clavier

Temps de lecture :

5 min

Publié le

C’est dans un contexte extrêmement tendu que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, rencontre l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’Ukraine Keith Kellogg. Après le début des négociations entre les Etats-Unis et la Russie pour normaliser leurs relations, Donald Trump a choqué les alliés de l’Ukraine en qualifiant le président Ukrainien de « dictateur sans élections » ajoutant que « Zelensky ferait bien de réagir rapidement sans quoi il n’aura plus de pays ». Si le mandat présidentiel de Volodymyr Zelensky a expiré en février 2024, la loi martiale et la guerre empêchent la tenue de nouvelles élections. 

Le ton a continué de monter après le rejet par l’Ukraine d’un projet d’accord sur l’exploitation des minerais ukrainiens et des terres rares. Les Etats-Unis demandent 500 milliards de dollars de dédommagement pour l’aide fournie à l’Ukraine. Un dédommagement payable en droit d’exploitation des ressources minérales ukrainiennes. Une proposition qui retient des estimations fantaisistes évaluant l’aide américaine à 350 milliards de dollars contre 114,2 milliards d’euros selon l’Institut économique de Kiel. « Je défends l’Ukraine, je ne peux pas vendre notre pays », s’est justifié Volodymyr Zelensky. 

« Réfléchissez-y, un comédien au succès modeste, Volodymyr Zelensky, a persuadé les Etats-Unis d’Amérique de dépenser 350 milliards de dollars pour s’engager dans une guerre qui ne pouvait pas être gagnée, qui n’aurait jamais dû commencer, mais une guerre qu’il ne pourra jamais régler sans les Etats-Unis », a déclaré le président américain sur son réseau, Truth Social. Des propos d’une violence inédite qui font craindre le pire pour l’Ukraine alors que la Russie et les Etats-Unis pourraient s’entendre pour la résolution du conflit. Même si l’aide des pays européens (132 milliards d’euros) dépasse celle des Etats-Unis, la capacité de l’Ukraine à poursuivre la guerre sans le soutien américain serait fortement compromise. 

Donald Trump pourrait-il lâcher l’Ukraine ? Décryptage avec Alexis Pichard, docteur en civilisation américaine et spécialiste de la politique américaine. Entretien. 

Comment expliquer la violence des déclarations de Donald Trump ? Quels sont ses objectifs ? 

C’est une volte-face qui n’étonne pas beaucoup puisque dès l’entrée en campagne de Donald Trump, on savait que le soutien à l’Ukraine serait a minima réduit et a maxima supprimé. On attendait le point de bascule et finalement il est venu très rapidement, quelques semaines à peine après la prise de fonction. Cela signifie que les Européens seront bientôt seuls pour faire face à la Russie de Poutine. 

Pourquoi le président américain est-il prêt à faire le « sale boulot » de Poutine en assurant être prêt à valider des concessions territoriales et remettre en question la légitimité de Zelensky ?

Il y a une sorte d’entente tacite et désormais consommée entre Donald Trump et Vladimir Poutine. Les accointances avec la Russie de Vladimir Poutine sont anciennes et maintenant qu’il n’est plus corseté par l’état-major républicain, Donald Trump agit comme il le souhaite en matière de politique étrangère. Donald Trump entretient une fascination pour les autocrates. Même s’il peut y avoir des intérêts économiques, la recherche d’une relation synergique avec la Russie reste assez incompréhensible. 

Comment expliquer son désintérêt total envers les pays européens ?

Les pays européens ne représentent rien pour Donald Trump, il les méprise comme le montrent les déclarations de son vice-président J.D Vance qui critiquent directement la liberté d’expression dans les pays européens. Avant, il souhaitait que les pays européens s’impliquent davantage dans l’Otan, mais aujourd’hui il ne s’en soucie plus, il ne recherche plus d’alliés. Son objectif semble être de supprimer la notion même d’Europe. Donc, ce n’est pas problématique pour Donald Trump de reprendre la rhétorique de la Russie sur l’annexion de territoire ukrainienn et sur l’illégitimité de Volodymyr Zelensky. 

Alors qu’Emmanuel Macron doit rencontrer Donald Trump prochainement, les Européens ont-ils une chance d’obtenir une inflexion de la position américaine ? 

Ils n’ont plus d’autres choix que de résister Donald Trump et son administration qui n’ont cessé de manifester leur hostilité commerciale, mais aussi idéologique envers les Européens. Donald Trump est plus proche des autocrates que des démocraties européennes. L’Europe n’a plus le choix et doit comprendre que les Etats-Unis ne sont plus un allié. Un espoir pour les Européens sera également les élections de mi-mandat où les républicains disposent d’une faible majorité. Il y a un enjeu à court terme de résistance et à moyen terme d’attendre que les cartes soient rebattues avec les élections de mi-mandat où la majorité des républicains à la chambre des représentants sera contestée. 

Assiste-t-on à la consécration d’une approche transactionnelle des relations internationales ? 

Au fondement de la géopolitique de Donald Trump, il y a toujours eu cette volonté que les pays alliés payent, il a toujours estimé que les alliés profitaient du parapluie américain. Ce sont des bornes qui sont restées très stables dans la pensée de Donald Trump. Ce qui a évolué, c’est l’entourage de Donald Trump avec d’abord un entourage respectueux de la doxa politique américaine. Finalement, cela s’est désagrégé et aujourd’hui il peut déployer une véritable géopolitique de chaos. Tout ce qu’il a voulu faire lors de son premier mandat et qu’il ne pouvait pas faire se réalise lors de ce mandat où Donald Trump s’est débarrassé de tous ses complexes.

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: meeting on the digital age and access to social media
2min

International

Cessez-le-feu au Liban : Emmanuel Macron se dit préoccupé « par la poursuite d'opérations militaires » entre Israël et le Hezbollah

Emmanuel Macron, mobilisé depuis plusieurs semaines pour la fin du conflit au Liban, appelle ce vendredi au respect du cessez-le-feu annoncé hier par Donald Trump entre Israël et le Hezbollah. Une trêve « déjà fragilisée par la poursuite d’opérations militaires » entre les deux belligérants, s’inquiète le chef de l’État, qui enjoint Israël à « arrêter la guerre ».

Le

Attaques de Donald Trump contre Volodymyr Zelensky : « Les Européens seront bientôt seuls pour faire face à la Russie de Poutine »
3min

International

Boualem Sansal veut attaquer le président algérien en justice : « C'est un vrai dictateur, horriblement méchant en plus d'être cruel », lance l’écrivain

Emprisonné pendant un an en Algérie entre novembre 2024 et 2025 pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal compte attaquer le président algérien Abdelmadjid Tebboune en justice. « Le dossier est prêt, (...) mais on attend le bon moment », justifie l’écrivain de 81 ans dans la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril. « C’est une question de principe. »

Le

Peter Magyar Hongrie
11min

International

Défaite électorale de Viktor Orban face à Peter Magyar : « Celui que la situation va le plus ennuyer, c'est Vladimir Poutine »

Au pouvoir en Hongrie depuis 2010, Viktor Orban ne sera pas reconduit Premier ministre une cinquième fois consécutive. Son concurrent conservateur Peter Magyar l’a sèchement battu lors des élections législatives organisées dans le pays, dimanche 12 avril. Moins hostile à Bruxelles, celui-ci promet « une nouvelle ère » en Hongrie. Quels enseignements tirer de ce scrutin stratégique pour l’Europe ? Entretien avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Europe centrale.

Le