Ce mercredi 11 mars, dans un communiqué de presse, Thales a lancé son premier dôme de protection aérienne à destination des membres de l’OTAN et de l’UE. Face à l’intensification de l’usage des drones et missiles balistiques dans les guerres au Moyen-Orient et en Ukraine, se doter d’un arsenal de défense aérienne apparaît incontournable pour de nombreuses puissances occidentales, soumises à des pressions militaires de plus en plus intenses.
Ces attaques, « de plus en plus complexes, saturantes et imprévisibles », auxquelles n’arrivent pas à répondre les puissances européennes dernièrement soumises à des incursions de drones russes, pousse l’UE à développer un dôme aérien propre. Dans cette lignée, Thalès pourrait bénéficier de cette demande mais aussi des hausses des budgets de défense au sein de l’UE.
Avec une hausse prévue de 6,7 milliards d’euros pour 2026, la France n’est pas le seul pays membre de l’UE à augmenter son budget de défense. Après une première hausse de 31% de ses dépenses en 2024, l’Allemagne a annoncé doubler son budget alloué à la défense à l’horizon 2030. Elle devient donc le pays de l’UE dont les dépenses militaires sont les plus élevées et se classe quatrième au rang mondial, derrière les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Enfin, l’OTAN a acté en 2025 une augmentation générale des dépenses de défense, à la demande insistante de Donald Trump : les Etats-membres devront dédier 5% de leur PIB à cet usage.
Le SkyDefender « offre une protection totale contre tous types de menaces aériennes, terrestres, en mer et dans l’espace »
Thales a présenté les modalités de son dôme aérien et a assuré « une supériorité opérationnelle [par] une défense proactive contre les cyberattaques et les menaces en évolution ». Cette promesse s’appuie sur une protection en trois volets.
Le premier, face aux menaces aériennes de courte portée et notamment des drones, intercepte ses cibles par « le brouillage [et] des armements à énergie dirigée ». Pour perfectionner ce volet, le groupe se dit prêt à « mettre à jour » son dispositif avec notamment des moyens de neutralisation de drones par l’impact comme c’est le cas en Ukraine.
Le second volet vise à contrer les menaces de moyenne portée à l’aide d’un radar de tir au sol afin de contrer les missiles ennemis grâce à des roquettes et missiles dédiés.
Le dernier volet concerne les menaces de longue portée, plus précisément les « avions de chasse et les missiles balistiques […] jusqu’à 5 000 km de distance ». Thales entend contrer ces menaces via une « capacité d’alerte précoce » rendue possible par l’usage des satellites du groupe. L’ensemble de ces dispositifs de défense sont renforcés par « cortIAx, l’accélérateur d’IA de Thales ».
Selon le groupe, SkyDefender a été conçu pour « [s’intégrer] facilement aux défenses existantes » au sein de l’OTAN. La quasi-totalité des technologies seraient « combat proven » : cela signifie qu’elles seraient déjà en service dans certains pays, démontrant ainsi leur efficacité et leur disponibilité quasi-immédiate.
« SkyDefender est une offre alternative européenne à vocation mondiale »
SkyDefender n’est pas l’unique dôme de défense aérienne sur le marché. Le plus connu est le « dôme de fer », pierre angulaire de la défense israélienne. Développé en étroite collaboration avec les Etats-Unis, il a été mis en service en 2011. Également composé d’une protection en trois volets, le dôme de fer est un outil très coûteux pour le pouvoir israélien : chaque interception de missile coûterait entre 50 000 et deux millions de dollars. Son efficacité reste difficile à établir, alors que le pouvoir israélien assure un taux d’interception de 90%. Dernièrement, le dôme est cependant mis en difficulté par les lancements simultanés de drones iraniens.
D’autres initiatives européennes ont récemment vu le jour. Le groupe italien Leonardo a lancé fin 2025 le « Michelangelo Security Dome », similaire sur de nombreux points à celui présenté ce jour par Thales notamment sur la dimension numérique. Sa mise en service est espérée à l’horizon 2030. Un projet européen a vu le jour en 2022, lancé à l’initiative de l’Allemagne : le « European Sky Shield » (bouclier aérien européen). Ce projet réunit 21 pays membres de l’UE, mais n’a pas obtenu le soutien de la France et de l’Italie jugeant le projet trop dépendant aux innovations et systèmes américains.
Enfin, dernier projet de dôme notable, le « golden dome » annoncé en 2025 par Donald Trump. Avec un coût estimé à 175 milliards de dollars par le Président américain, il devrait être opérationnel en 2029. A l’annonce du projet, de nombreux experts ont assuré que son coût était largement sous-estimé.
Thales, avec le « SkyDefender », innove donc aujourd’hui par l’indépendance de ses technologies vis-à-vis des puissances étrangères, notamment américaines et israéliennes. Un tel argument pourrait convaincre la France d’investir dans ce nouveau dispositif de défense clé en main ou de le porter au niveau européen, alors même que son efficacité à 100% ne saurait être garantie et que son coût n’a pas été dévoilé.