Niger Tensions

Au Niger, un putsch militaire déstabilise le pays et questionne l’avenir de la France en Afrique de l’Ouest

Le Niger est dans une situation politique confuse suite à la prise de pouvoir revendiquée par les militaires de la garde présidentielle. Dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, la suite des évènements est suivie de très près par la France présente militairement et économiquement dans le pays.
Stephane Duguet

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Après le Mali et le Burkina Faso, c’est au tour du Niger d’être déstabilisé par un putsch militaire. Dans la nuit du 26 au 27 juillet, des membres de la garde présidentielle ont annoncé à la télévision nationale prendre le pouvoir en raison de la « dégradation de la situation sécuritaire ». Comme ses voisins d’Afrique de l’Ouest, le Niger est régulièrement touché par des attaques de Boko Haram au nord du pays.

Mais la situation nigérienne reste confuse. Le président élu Mohamed Bazoum est séquestré par la garde présidentielle dans sa résidence et le ministre des Affaires étrangères Hassoumi Massoudou dénonce un « coup d’Etat » et a affirmé prendre la tête du gouvernement par intérim chez nos collègues de France 24. Il assure aussi que le président Bazoum et lui-même sont les « autorités légitimes ». Sur le réseau social Twitter, Mohamed Bazoum s’est également exprimé alors que le commandement des Forces armées nigériennes a soutenu le putsch dans un communiqué.

 

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« Putsch corporatiste »

Contrairement au Mali en 2021 et au Burkina Faso en 2022, ce coup d’Etat au Niger « apparaît au départ comme un putsch corporatiste », décrypte Antoine Glaser, journaliste et spécialiste du continent africain. Concrètement, cela signifie que les militaires qui ont pris le pouvoir étaient en place avant l’arrivée de Mohamed Bazoum en 2021. « Le président nigérien n’avait pas changé l’appareil militaire. Il avait commencé à changer le chef d’État-major depuis quelques mois. Là, il a voulu remplacer le chef d’État-major de la garde présidentielle et ça a dérapé », explique le fondateur de La lettre du continent.

Dans l’après-midi de ce jeudi 27 juillet, des manifestations en soutien aux putschistes ont eu lieu à Niamey, la capitale. L’Agence France Presse rapporte que le siège du Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS) au pouvoir a été vandalisé et des voitures sur le parking incendiées. « Si le siège du PNDS a été brûlé, ça peut prendre une autre tournure et se politiser. On a vu un certain nombre de drapeaux russes dans les rues, mais ça ne veut rien dire. Au Mali et au Burkina, il y avait tout un mouvement anti-français et une instrumentalisation par la Russie avec des trolls », rappelle Antoine Glaser.

1500 militaires français au Niger

Au Niger, le sénateur François Bonneau, président délégué au Niger au sein du groupe d’amitié entre la France et l’Afrique de l’Ouest, n’a jamais ressenti une hostilité envers la France : « Il ne faut pas non plus exagérer ces manifestations. Ce serait une mauvaise perception des choses que de penser que la population du Niger se retourne contre la France ». Le centriste est d’autant plus inquiet et surpris de ce coup d’Etat qu’il n’avait pas senti d’inquiétude sur une potentielle crise politique au sein de la délégation nigérienne qu’il a reçue il y a trois semaines à Paris.

Les liens entre la France et le Niger sont nombreux. Au premier rang desquels, la coopération militaire. Après la fin de l’opération Barkhane au Mali annoncée en novembre 2022 par Emmanuel Macron, des soldats et du matériel ont été envoyés au Niger. On compte 1500 militaires français présents dans le pays, plusieurs drones reaper et des avions mirages. « Tous les Occidentaux avaient misé sur le Niger. Les Etats-Unis, l’Italie et l’Allemagne y ont aussi des bases », indique Antoine Glaser.

L’avenir des militaires en suspens

La situation confuse inquiète le sénateur Les Républicains Christian Cambon, président de la commission des affaires étrangères. « Au Sénat, nous avions évoqué le danger de rapatrier une partie de nos forces à Niamey. Nous demandions si nous étions sûrs que la situation politique au Niger était suffisamment sûre », regrette le sénateur du Val-de-Marne. Au vu du positionnement central du Niger en Afrique de l’Ouest, frontalier de la Libye, de l’Algérie, du Mali, du Burkina Faso ou encore du Bénin, « C’est le pays de la géostratégie occidentale dans la région », souligne Antoine Glaser.

Le journaliste juge également que « pour la France, c’est un échec majeur », le Niger étant le « laboratoire de l’armée française ». Le pays symbolisait la nouvelle doctrine militaire française après l’échec du Mali. « Emmanuel Macron essayait une nouvelle forme d’intervention en Afrique basée sur la coopération et la formation avec des académies militaires », explique-t-il.

Hélène Conway-Mouret, sénatrice des Français établis à l’étranger, se satisfaisait de cette nouvelle forme de partenariat de l’armée où les militaires sont sous commandement nigérien et plus en autonomie.» La socialiste se demande tout de même quel sera l’avenir des militaires français après le putsch : « Il faudra voir avec le Niger si les militaires qui ont pris le pouvoir disent : on ne vous veut plus. »

Implication de l’Agence Française de Développement

La France est aussi très impliquée dans le pays via l’Agence Française de Développement (AFD). L’AFD a investi en 2022, 100 millions d’euros pour une dizaine de projets détaillent nos confrères du journal Le Monde. L’instabilité politique créée par le putsch attriste la sénatrice socialiste Hélène Conway-Mouret. « J’ai rencontré le président nigérien avec le directeur de l’AFD l’an dernier. Il y avait des projets de construction de préfecture, d’écoles, de puits. Contre le terrorisme, il avait lancé un projet pour réintégrer des jeunes membres de groupes armées. Je me disais qu’il avait compris ce qu’il fallait faire et qu’il fallait que la France, à sa place, renforce son aide financière et son expertise », raconte l’ancienne ministre chargée des Français de l’étranger sous la présidence de François Hollande.

Le PIB nigérien dépend à 40 % de l’agriculture et la pauvreté touche plus de 10 millions d’habitants (sur 25 millions). « Ce pays ne doit pas basculer dans l’insécurité. Cela pourrait empêcher les agriculteurs d’exercer leurs activités dans certaines zones », s’alarme François Bonneau.

Le Niger est aussi un des plus gros producteurs au monde d’uranium. « C’est un sujet. La France a besoin des mines d’uranium pour son énergie nucléaire », rappelle Christian Cambon. « Les mines nigériennes ne sont plus aussi stratégiques qu’au temps de la guerre froide. Aujourd’hui, le prix de l’uranium a chuté et il y a plus de sources d’approvisionnement », nuance Antoine Glaser.

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Coopération entre collectivités nigériennes et françaises avortée

Suite à l’annonce du putsch, la France, les Etats-Unis, l’Allemagne, l’Union Européenne, l’Organisation des Nations Unies et même la Russie ont condamné la prise de pouvoir des militaires. Tous ont emboîté le pas de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et de l’Union Africaine. Ils demandent aussi la libération du président Mohamed Bazoum.

S’il est encore trop tôt pour savoir ce que va faire la France au Niger, le sénateur Les Républicains André Reichardt, président du groupe d’amitié entre la France et l’Afrique de l’Ouest, anticipe déjà des difficultés dans la mise en œuvre de coopération économique et sociale entre collectivités françaises et nigériennes. “Nous devions nous rendre au Niger en fin d’année ou en début d’année prochaine pour examiner les possibilités de renforcer cette coopération. Un putsch comme celui-là va nous en empêcher”, déplore le sénateur du Bas-Rhin.

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