C’est le fleuron de la marine nationale, le porte-avions Charles de Gaulle. Depuis le 6 mai, il a quitté la mer Méditerranée pour franchir le canal de Suez et rejoindre la mer Rouge. Quelques jours après le début du conflit, le 28 février, entre les Etats-Unis et l’Iran, Emmanuel Macron avait annoncé, le 3 mars, l’envoi du porte-avions vers la Méditerranée. Le bâtiment, qui transporte une vingtaine de Rafale, s’est maintenant rapproché de l’Iran, dans un but bien précis : celui d’une éventuelle mission de sécurisation du détroit d’Ormuz, le jour où celui-ci sera de nouveau rouvert à la circulation des bateaux, si les Etats-Unis et l’Iran trouvent une issue durable pour mettre fin à la guerre.
Où se situe actuellement le Charles de Gaulle ?
Selon L’Opinion, il est depuis « lundi amarré dans le port de Djibouti, où la France possède une emprise militaire » hautement stratégique. Le temps de se ravitailler, il pourra rejoindre « mi-mai sa zone de destination officielle, le golfe d’Aden, voire s’avancer plus loin dans l’océan Indien », précise le quotidien.
Un « signal » pour montrer que la France est prête « à sécuriser le détroit d’Ormuz »
Le ministère des Armées avait expliqué, le 6 mai dernier, qu’il s’agissait d’être prêt plus rapidement, si les conditions étaient réunies pour mettre en œuvre cette mission. « Les armées françaises agissent depuis le 28 février dans une posture défensive, et ont travaillé aux côtés des Britanniques avec leurs partenaires à une initiative multinationale, fruit d’une planification ad hoc regroupant plus de quarante nations, visant à contribuer au rétablissement de la navigation dans le détroit d’Ormuz, en coordination avec les Etats riverains », avait expliqué le ministère.
Le Charles de Gaulle, ainsi que « ses escorteurs », ont ainsi franchi le canal « afin de réduire les délais de mise en œuvre de cette initiative dès que les circonstances le permettront ». La présence du groupe aéronaval permet aussi « d’offrir des options supplémentaires de sortie de crise pour renforcer la sécurité de la région ». Précision utile du ministère : « Le mouvement du groupe aéronaval est distinct des opérations militaires initiées dans la région et complète le dispositif sécuritaire ».
De quoi envoyer « le signal que non seulement nous sommes prêts à sécuriser le détroit d’Ormuz mais que nous en sommes aussi capables », a expliqué à l’AFP un conseiller d’Emmanuel Macron, assurant parler au nom de la coalition des pays non-belligérants lancée en avril. « Nous avons aujourd’hui un plan qui est tout à fait opérationnel », dans « une posture qui reste tout à fait défensive », insiste la présidence française, qui évoque « une manœuvre réaliste », « à distance des belligérants ».
Assurer « l’escorte » de porte-conteneurs avec la Grande-Bretagne, « après la sortie de la phase la plus chaude du conflit », selon Emmanuel Macron
Dès le 9 mars, depuis Chypre et avant de se rendre sur le Charles de Gaulle, Emmanuel Macron avait posé les grandes bases de la mission que la France se prépare à mener aux côtés de la Grande-Bretagne : « Nous sommes en train de mettre en place une mission purement défensive, purement d’accompagnement, qui doit se préparer avec des Etats européens et non européens, et qui a vocation à permettre, dès que cela sera possible, après la sortie de la phase la plus chaude du conflit, l’escorte de porte-conteneurs et de tankers, pour rouvrir progressivement le détroit d’Ormuz, qui est essentiel au commerce international mais également à la circulation du gaz et du pétrole ».
Londres avance en effet conjointement avec Paris, et a annoncé envoyer de son côté le destroyer HMS Dragon au Moyen-Orient. « Ce prépositionnement du HMS Dragon s’inscrit dans une planification rigoureuse visant à garantir que le Royaume-Uni soit prêt, au sein d’une coalition multinationale dirigée conjointement par le Royaume-Uni et la France, à sécuriser le détroit, lorsque les conditions le permettront », a indiqué le ministère britannique de la Défense.
L’Iran menace la France et la Grande-Bretagne d’une « réponse ferme et immédiate » et dénonce « une escalade de la crise »
Mais face à ces déplacements de navires de guerre, l’Iran a réagi. Téhéran a menacé, dimanche dernier, Paris et Londres, par la voie de Kazem Gharibabadi, vice-ministre des affaires internationales et juridiques au ministère des Affaires étrangères d’Iran. « Tout déploiement et tout stationnement de destroyers extrarégionaux autour du détroit d’Ormuz, sous prétexte de « protection de la navigation », ne sont rien d’autre qu’une escalade de la crise, une militarisation d’une voie d’eau vitale », a mis en garde le ministre sur X.
« Seule la République islamique d’Iran peut assurer la sécurité dans ce détroit et elle n’autorisera aucun pays à intervenir dans ce type d’affaires », prévient Téhéran, qui menace : « La présence de navires français et britanniques […] se heurtera à une réponse ferme et immédiate des forces armées de la République islamique d’Iran. Par conséquent, il leur est fortement recommandé de ne pas compliquer davantage la situation ».
« Il n’a jamais été question d’un déploiement », assure Emmanuel Macron
Face à la tension, Emmanuel Macron a réagi le jour même, dans le cadre d’un déplacement en Afrique, soulignant qu’il entendait agir « de manière concertée avec l’Iran ». « Il n’a jamais été question d’un déploiement, mais on se tient prêt », a insisté Emmanuel Macron.
« Nous avons bâti une mission ad hoc, copilotée avec les Britanniques, qui a rassemblé 50 pays et organisations internationales pour permettre, de manière concertée avec l’Iran et en déconflictant la chose avec tous les pays de la région et les États-Unis, d’assurer, dès que les conditions nous permettront, la reprise du trafic maritime », a expliqué le président de la République.
Réunion entre Paris et Londres pour discuter des « contributions militaires » de chacun
Malgré la pression iranienne, la France et la Grande-Bretagne avancent. Les ministres britannique et français de la Défense ont ainsi coprésidé ce mardi une réunion en visioconférence avec leurs homologues des pays prêts à contribuer à une mission pour sécuriser le détroit d’Ormuz. Objectif : discuter des « contributions militaires » de chacun, a annoncé Londres dimanche, dans un communiqué. « Notre rôle sera de veiller à ce que nous ne nous contentions pas de parler, mais que nous soyons prêts à agir », a affirmé John Healey, le ministre britannique de la Défense, qui devait coprésider la réunion avec son homologue française, Catherine Vautrin.
Reste que l’absence d’accord, pour l’heure, entre les Etats-Unis et l’Iran, malgré des discussions qui durent, et un regain de tension, où le retour de la force n’est pas à exclure, pourrait rendre caduque l’initiative franco-britannique.
En cas cependant de retour au calme et de feu vert à la mission, « le Charles de Gaulle pourrait accueillir le commandement sur le théâtre d’opération et l’état-major multinational qui le constitue », selon L’Opinion, qui ajoute que « si la réunion de mardi est fructueuse, une mise en place fin mai pourrait être envisagée ». Le porte-avions, déployé depuis février, devra néanmoins y retourner durant l’été pour faire souffler l’équipage et permettre la maintenance de sa chaufferie nucléaire. Le quotidien précise qu’« un autre navire, non-français, pourrait alors pendre le relais ».