Grand Prix du Roman de l’Academie Francaise
Credit:ESTEBAN/SIPA/1510301314

Boualem Sansal : « Il faut user de tous les moyens pour faire pression sur les autorités algériennes »

Les espoirs de libération ont été balayés. La grâce présidentielle du président Abdelmadjid Tebboune, prononcée le 5 juillet, n’a pas inclus l’écrivain Boualem Sansal, incarcéré depuis plus de sept mois par le régime algérien pour des propos relatifs aux frontières historiques de l’Algérie. Après une nouvelle condamnation en appel à cinq ans de prison ferme, les chances de libération sont minces. Pour Arnaud Benedetti, co-fondateur du comité de soutien de Boualem Sansal, seul le « rapport de force » entre les deux pays peut permettre d’infléchir la position algérienne. Il appelle la France à se saisir de tous les outils dont elle dispose. Entretien.
Marius Texier

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Comment avez-vous réagi lorsque vous avez compris que Boualem Sansal ne serait pas gracié ?

Nous avons commencé à voir une certaine expérience depuis les sept mois d’incarcération de Boualem Sansal. Nous avons toujours été prudents lorsque l’on nous laissait entendre qu’une libération était imminente. Nos sources sur place se montrent très réservées par rapport aux annonces successives du gouvernement algérien. Donc nous ne sommes pas véritablement surpris, mais nous voulions tout de même y croire. La prudence et la circonspection sont de mises dans ce dossier étant donné que nous n’avons aucune confiance dans nos interlocuteurs de l’autre côté de la Méditerranée.

Pourquoi le pouvoir algérien n’a-t-il pas voulu libérer Boualem Sansal ?

Il faut bien avoir en tête que le pouvoir algérien n’est pas homogène et donc une partie du pouvoir algérien n’est pas favorable à une libération immédiate. Cela étant, il y a sans doute plusieurs raisons qui ont poussé à cette décision. En faisant cela, l’Algérie reste maîtresse du calendrier, elle impose son tempo et cherche à peser sur la France. On sent une volonté de maximiser le profit que constitue l’emprisonnement de Boualem Sansal.

Plusieurs sources laissent entendre que le président Tebboune pourrait accorder une grâce individuelle à l’écrivain. Qu’en pensez-vous ?

Comme je vous le disais précédemment, j’ai appris à ne plus beaucoup croire aux informations algériennes. De plus, que veut dire une grâce ? Qu’est-ce que cela englobe ? Est-ce une assignation à résidence ? Auquel cas ce n’est pas une grâce. Avec le comité de soutien, nous avons toujours réclamé une libération immédiate et sans conditions. Une libération assortie d’une ISTN (interdiction de quitter le territoire national) n’est pas satisfaisante. Cela l’empêcherait de s’exprimer et sa sécurité ne serait pas garantie. D’autant que cette « libération » conduirait possiblement à une démobilisation des pouvoirs publics dans le dossier. C’est absolument capital.

Cela fait maintenant plus de sept mois que Boualem Sansal est incarcéré en Algérie. Quelles ont été selon vous les erreurs commises dans les négociations ?

Il faut juste rappeler les faits de base qui sont que c’est l’Algérie qui a arrêté puis incarcéré l’écrivain. La France n’est en rien responsable. Ensuite sur la méthode qui consiste à agir en discrétion et en retenue, on a toujours eu quelques doutes. La preuve avec Christophe Gleizes (journaliste sportif détenu en Algérie depuis mai 2024 et condamné à sept ans de prison), le silence n’est pas une stratégie payante.

Que reste-t-il comme moyen de pression ?

Il y a encore plusieurs outils qui peuvent peser dans la libération comme l’octroi de visas par la France à l’Algérie. L’Union européenne a également un rôle à jouer notamment en suspendant son accord d’association avec l’Algérie. Il faut faire pression pour que cet accord ne soit pas renégocié. Nous avons demandé aux autorités européennes de faire le nécessaire, mais Madame Kaja Kallas (vice-présidente de la Commission européenne) ne daigne pas nous répondre. Une plainte a été déposée auprès de la médiatrice de l’Union européenne pour inaction. Il faut user de tous les moyens pour faire pression sur les autorités algériennes. Les nombreuses mobilisations qui ont eu lieu en France et en Europe ont énormément surpris le pouvoir algérien. Ils ne s’attendaient pas à un tel soutien comme nous l’ont communiqué plusieurs sources sur place. Ceux qui connaissent le régime algérien savent que le rapport de force est un outil dont nous ne pouvons pas nous priver.

L’affaire Sansal dépasse largement la simple incarcération de l’écrivain. Plus globalement, elle semble mettre en exergue les relations délétères entre les deux pays. Qu’en pensez-vous ?

L’incarcération de Boualem Sansal a parfaitement montré l’état déplorable des relations entre la France et l’Algérie. Elles n’ont cessé par la suite de se détériorer. Mais cette affaire montre également le peu de respect des droits fondamentaux dont fait preuve l’Algérie. Le régime algérien s’est durci ces dernières années. Aujourd’hui, ce sont plusieurs centaines de prisonniers politiques qui sont enfermés. Il faut se rendre à l’évidence, le cas de Boualem Sansal n’est pas isolé.

Partager cet article

Dans la même thématique

FRA : PARIS : Salon du Bourget : DASSAULT
9min

International

Abandon du Scaf : « Dès le départ, tout le monde n’était pas sur la même longueur d’onde », relève le président de la commission défense du Sénat, Cédric Perrin

Le Scaf en carafe. C’est Berlin qui a annoncé la fin du projet franco-allemand d’avion de 6e génération, qu’Emmanuel Macron a tenté de relancer jusqu’au bout. Pas une surprise, tant le blocage perdurait depuis des mois entre les industriels Dassault Aviation et Airbus. Retour sur la chronique d’un échec, qui était peut-être annoncé.

Le

Boualem Sansal : « Il faut user de tous les moyens pour faire pression sur les autorités algériennes »
2min

International

Ukraine : « La Russie est en train de perdre cette guerre », affirme le ministre des affaires étrangères espagnol

Au moment où les experts affirment que l’Ukraine a repris près de 290 km² de territoire, et où Moscou multiplie ses attaques sur la capitale ukrainienne avec ses missiles intercontinentaux, le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, temporise, au micro de Caroline de Camaret, sur la nécessité de reprise des pourparlers directs avec Moscou. Une interview à retrouver en intégralité dans l’émission Ici l’Europe.

Le

Boualem Sansal : « Il faut user de tous les moyens pour faire pression sur les autorités algériennes »
4min

International

Guerre en Ukraine : « Les drones sont désormais responsables de 80 % des pertes », une évolution « qui met les Russes en difficulté », estime Guillaume Ancel

Invité ce jeudi de la matinale de Public Sénat, l’ancien officier Guillaume Ancel détaille la stratégie ukrainienne d’utilisation massive de drones, au lendemain des frappes sur Saint-Pétersbourg. L’Ukraine comme la Russie se sont tournés vers la production à grande échelle de drones peu chers, là où l’industrie française est « complètement dépassée », regrette le spécialiste.

Le

Israel US Netanyahu trip
5min

International

Trump insulte Netanyahou : « Israël n’a ni les moyens, ni l’intention de rompre avec les États-Unis »

Selon le média américain Axios, Donald Trump a qualifié Benjamin Netanyahou de « complètement fou » au cours d’une conversation téléphonique, et l’a accusé de mettre en péril les négociations avec l’Iran. Pour André Kaspi, historien et spécialiste de la politique américaine, cette brusque montée de tension illustre les divergences d’intérêts entre les deux pays sur la guerre au Moyen-Orient.

Le