Il espère un procès contre le président algérien. Détenu par Alger pendant un an entre novembre 2024 et novembre 2025, Boualem Sansal veut attaquer Abdelmadjid Tebboune en justice. L’écrivain franco-algérien avait été condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale » en raison de propos sur l’ex-appartenance de certaines régions algériennes au Maroc, tenus dans une interview au média d’extrême-droite Frontières. Ce dernier a été gracié par le président algérien à l’automne dernier, après une médiation de l’Allemagne. Pour lui, poursuivre ce dirigeant devant les tribunaux « est une question de principe », justifie-t-il ce mardi 14 avril, invité dans la matinale de Public Sénat.
« Je me bats pour mon pays »
« J’ai la possibilité de le faire, pourquoi je ne le ferais pas ? », lance l’homme de 81 ans. « [Abdelmadjid Tebboune] est dangereux, c’est un vrai dictateur, horriblement méchant en plus d’être cruel », assure Boualem Sansal. « Je me bats pour mon pays, pour la démocratie » en Algérie, appuie-t-il. Le week-end dernier, lors d’une table ronde à Paris, il avait précisé avoir prévenu le dirigeant algérien de sa démarche dans un courrier, alors même qu’il était encore incarcéré. « Je lui ai dit (…) si vous me libérez, je vous attaque en justice », avait-il expliqué.
À quelle échéance compte-t-il engager sa procédure judiciaire ? Boualem Sansal dit attendre la libération du journaliste sportif français Christophe Gleizes, toujours détenu en Algérie pour des accusations d’« apologie du terrorisme ». « On va peut-être laisser passer un peu de temps pour voir les retombées de la visite du pape sur la liberté d’exercice religieux », poursuit l’auteur, tandis que le souverain pontife est arrivé lundi dans le pays maghrébin pour le début d’une vaste tournée en Afrique.
Des poursuites envisagées « auprès des juridictions internationales »
Boualem Sansal promet en tout cas que « le dossier » pour mener cette action en justice « est prêt ». Selon lui, ses avocats travaillent activement sur ce sujet. « Mais on attend le bon moment », temporise-t-il. Ces poursuites seraient lancées « auprès des juridictions internationales », explique Boualem Sansal. L’écrivain écarte la possibilité d’un procès en France. Une telle audience « ferait sourire » Abdelmadjid Tebboune « alors que la France a tellement peur de l’Algérie et du régime », considère le nouvel académicien, tout juste élu à l’Institut de France il y a quelques semaines.
Cette annonce intervient au moment où l’intense brouille entre Paris et Alger s’est un peu atténuée depuis le mois de mars, avec une reprise des discussions diplomatiques entre les deux capitales. De « premiers résultats » sur le plan de la coopération migratoire ont depuis été constatés par la France, d’après le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Toutefois, de façon générale, « le gouvernement algérien atteint un stade où il n’a peur de rien », pointe Boualem Sansal. « Ils n’ont peur ni des islamistes, ni de la France, ni de Trump, ni de personne. » Dans ce contexte, « la relation » entre la France et l’Algérie « reste au même point », juge Boualem Sansal.