Emmanuel Macron au Forum économique mondial de Davos, le 20 janvier 2026 - Markus Schreiber/AP/SIPA

Bras de fer avec les États-Unis : Emmanuel Macron appelle l’Europe à ne pas « accepter la loi du plus fort »

Depuis Davos, le président de la République dénonce une concurrence « de plus en plus ardue » des États-Unis qui cherchent « à affaiblir l’Europe », alors que Donald Trump a agité la menace de nouveaux droits de douane contre tout pays qui apporterait son soutien au Groënland.
Aglaée Marchand

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Attendu mercredi au Forum économique mondial de Davos, le président américain a multiplié les attaques contre les représentants français, britanniques et canadiens. Sur son réseau Truth Social, Donald Trump a notamment divulgué ce matin un message privé d’Emmanuel Macron – qui a refusé son invitation de rejoindre le « Conseil de paix » voulu par Washington, lui proposant d’organiser un sommet du G7 à Paris jeudi, en conviant « les Russes », en marge de la réunion. Le locataire de la Maison Blanche a également brandi la menace de nouveaux droits de douane sur certains produits français à l’export : « Je vais mettre 200 % de droits de douane sur ses vins et champagnes ». Les deux chefs d’État ne devraient cependant pas se croiser en Suisse : « Donald Trump arrive demain, moi je serai parti », a indiqué Emmanuel Macron, lunettes d’aviateur toujours sur le nez, les mêmes que celles qu’il portait lors de ses vœux aux Armées, en raison d’un problème oculaire. Le ton se durcit du côté de Paris.

Emmanuel Macron dénonce « une accumulation de droits de douane inacceptables »

Depuis Davos, le président français n’a pas mâché ses mots. Mettant de côté son habituel ton diplomate, il n’a pas manqué de décocher quelques flèches à Donald Trump. Décrivant « une période d’instabilité et de déséquilibres du point de vue sécuritaire et économique », Emmanuel Macron a dénoncé une « dérive vers l’autocratie et davantage de violence », où « les conflits sont devenus la norme ». Il a déploré l’entrée dans « un monde sans loi où le droit international est bafoué, […] où le multilatéralisme est encore affaibli ». L’occasion de critiquer directement les « ambitions impérialistes » de Moscou, mais aussi les tentatives de déstabilisation de Washington : « La concurrence devient de plus en plus ardue, de plus en plus difficile, notamment avec les États-Unis qui demandent des concessions de plus en plus importantes et cherchent à affaiblir l’Europe ». A commencer par « une accumulation de droits de douane inacceptables » et des pressions exercées contre la « souveraineté » des États.

En réponse aux velléités américaines, Emmanuel Macron a appelé à ne pas « accepter passivement la loi du plus fort ». Pour ce faire, il a invité à miser sur « plus de souveraineté, plus d’autonomie pour les Européens » et sur « un multilatéralisme efficace afin de donner des résultats via la coopération ». Les discussions au sein du G7 ou encore la mission européenne menée au Groënland sont des illustrations de « solutions collaboratives », a-t-il estimé. Le chef d’État français a réaffirmé l’attache de la France et de l’UE « à la souveraineté nationale et à l’indépendance, et aux Nations unies et à leur charte », alors que son homologue américain ambitionne de créer un nouveau « Conseil de la paix ».

« Nous préférons l’État de droit à la brutalité »

Emmanuel Macron a reconnu que « l’Europe est en retard » par rapport à ses concurrents, qu’elle doit « résoudre ses problèmes majeurs », au premier rang desquels un manque de croissance. Selon lui, l’UE devrait s’appuyer sur trois piliers : la protection, la simplification et l’investissement.

L’Europe disposerait par ailleurs d’outils « très puissants » en matière commerciale, que le locataire de l’Élysée a enjoint à utiliser lorsque celle-ci « n’est pas respectée », à l’instar de l’instrument « anti-coercition » à la disposition des Vingt-Sept. Emmanuel Macron a évoqué la nécessité de respecter une « préférence européenne » et d’instaurer des « mesures miroirs » pour faire « respecter les normes réglementaires ». Il a également suggéré d’augmenter les « investissements directs étrangers », ainsi que les investissements « dans les secteurs critiques où l’innovation sera réalisée ». Des instruments indispensables « pour le rééquilibrage avec la Chine ».

Enfin, le président français s’est félicité que l’UE demeure « un endroit où l’État de droit et la prévisibilité sont toujours la norme […], où l’État de droit reste la règle du jeu », bien qu’elle soit « parfois trop lente et ait certainement besoin d’être réformée ». « Nous pensons sincèrement que nous avons besoin de plus de croissance et de plus de stabilité dans ce monde, mais nous préférons le respect aux brutes, la science au complotisme et l’État de droit à la brutalité », a-t-il conclu, dans un dernier tacle à destination de la Maison Blanche.

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