Trump threatens 200% tariffs on French wines to get Macron on Board of Peace
U.S. President Donald Trump threatened to hit French wines and champagnes with 200% tariffs in an apparent effort to cajole French President Emmanuel Macron into joining his Board of Peace initiative aimed at resolving global conflicts on January 20,2026.(Yassine Mahjoub)//MAHJOUBYASSINE_BY2F5262/Credit:Yassine Mahjoub/SIPA/2601201339

Bras de fer Etats-Unis-UE : « On n’imagine pas le général de Gaulle et Lyndon Johnson communiquer comme Trump et Macron »

Jusqu’où ira le bras de fer entre Donald Trump et les Européens. Le président américain a lancé une série d'attaques à l'encontre de ses alliés avant de se rendre au Forum économique mondial de Davos, où le dossier du Groenland s’est imposé dans les discussions. Pour Public Sénat, André Kaspi, historien et spécialiste de la politique américaine, évalue l’état des relations entre la France et les Etats-Unis.
Steve Jourdin

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Ce mardi, Emmanuel Macron a répondu sèchement à Donald Trump depuis Davos, évoquant des « droits de douane inacceptables », des « décisions brutales » et même un « nouveau colonialisme ». Assiste-t-on à un niveau de tension inédit entre la France et les États-Unis ?

Il y a déjà eu par le passé des tensions entre les États-Unis et la France. Mais jamais avec cette caractéristique des relations internationales que l’on observe aujourd’hui. On n’imagine pas le général de Gaulle et Lyndon Johnson communiquer comme le font Donald Trump et Emmanuel Macron. Il y a clairement quelque chose de nouveau, qui tient en grande partie à la personnalité de Donald Trump.

Sur la forme, Donald Trump fait ce qu’aucun président américain n’avait fait auparavant : il occupe en permanence le premier plan de l’actualité internationale. Il prend des décisions spectaculaires, souvent brutales, et n’hésite pas à encourager l’opposition à ses propres alliés. On peut penser, par exemple, aux relations entre les États-Unis et le Danemark, longtemps considéré comme l’un des alliés européens les plus dociles de Washington, et qui aujourd’hui se rebiffe.

 

Comment expliquer cette évolution ? Est-ce lié à l’économie, à la technologie, à l’influence américaine dans notre quotidien ?

Nous sommes clairement entrés dans une autre configuration des relations internationales. L’économie et la technologie jouent un rôle central. Une grande partie des outils que nous utilisons au quotidien – numériques, technologiques, culturels – proviennent des États-Unis. Cette dépendance structurelle change profondément l’équilibre des rapports de force.

 

Des exercices militaires américains ont débuté ce mardi au Groenland, alors qu’ils étaient planifiés de longue date. Comment cela est-il analysé aux États-Unis ?

Tout dépend de ce que l’on appelle « les États-Unis ». Les niveaux d’information sont très différents entre les milieux informés, la presse, les responsables politiques et l’Américain moyen.

Pour l’Américain moyen, le Groenland n’est pas une priorité. Ses préoccupations sont ailleurs : l’augmentation des prix, notamment en raison des droits de douane, ou encore les méthodes parfois brutales de la police de l’immigration (ICE). En revanche, pour les responsables politiques et militaires, le sujet est central. Ils sont directement soumis à la volonté du président, et pour eux, le Groenland est un enjeu stratégique majeur. Mais il faut rappeler qu’il y a 340 millions d’Américains et une opinion publique très fragmentée.

 

Donald Trump a menacé d’imposer de nouvelles surtaxes douanières à plusieurs pays européens en raison de leurs positions sur le Groenland. Que cherche-t-il réellement : le Groenland ou autre chose ?

Donald Trump avait déjà cette idée lors de son premier mandat. Ce n’est pas non plus une idée nouvelle dans l’histoire américaine. Dès 1867, au moment de l’achat de l’Alaska, les États-Unis avaient envisagé l’acquisition du Groenland, sans succès. Une nouvelle tentative a eu lieu en 1946, sous Harry Truman, dans le contexte de l’après-guerre et du début de la confrontation avec l’Union soviétique.

Le Groenland avait servi de base aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale. Sa position géographique est stratégique : lorsqu’on regarde une carte, on s’aperçoit qu’il fait face au nord de la Sibérie. C’est un point de contact potentiel entre les sphères d’influence américaine et russe.

Un traité signé en 1951 entre le Danemark et les États-Unis a permis l’établissement permanent d’une base américaine au Groenland, avec environ 150 soldats. L’arrivée de forces européennes ne constitue pas une menace pour Washington. Mais l’intérêt américain pour le Groenland est multiple : stratégique, géographique, maritime (il s’agit de contrôler une route entre la Sibérie et l’Europe du Nord) et économique, notamment en raison de la présence de terres rares, qui suscitent un appétit certain aux États-Unis.

 

Donald Trump souhaite créer un « Conseil de paix » concurrent de l’ONU, avec un ticket d’entrée d’un milliard de dollars pour un siège permanent. Est-ce la concrétisation de sa vision des relations internationales ?

Oui, très clairement. Cette instance servirait avant tout les ambitions de Donald Trump. Ce conseil serait nécessairement dépendant de lui. L’ONU, malgré ce qu’elle représente comme progrès historique, suscite de nombreuses critiques dans de nombreux pays. Le projet trumpien propose une alternative radicale : soit on accepte la domination américaine incarnée par Trump, soit on reste à l’écart. Ce serait une organisation entièrement sous son contrôle.

 

La radicalisation de Donald Trump s’explique-t-elle par les élections de mi-mandat (en novembre) et les mauvais sondages ?

Donald Trump ne s’intéresse pas au Groenland à cause des élections de mi-mandat. Celles-ci risquent effectivement de tourner à son désavantage, comme le veut la tradition américaine : le parti du président en exercice perd souvent des sièges. La perspective du mois de novembre n’est pas particulièrement optimiste pour les Républicains. Mais aujourd’hui, ni le Sénat ni la Chambre des représentants ne jouent leur rôle traditionnel de contre-pouvoirs. Ce rôle semble avoir disparu.

Le pouvoir judiciaire reste un dernier rempart, mais la Cour suprême est composée majoritairement de juges conservateurs, dont beaucoup ont été nommés par Trump. On assiste donc à une forme de domination trumpiste très forte, du moins en apparence. Les élections de novembre diront ce qu’en pensent réellement les Américains. La popularité de Trump reste relativement faible pour un président en exercice, autour de 35 à 40 %. Ce n’est pas un score particulièrement rassurant. Mais Trump continue d’occuper le premier plan de l’actualité médiatique.

Les États-Unis sont-ils en train de devenir des ennemis, ou au moins des adversaires de la France ?

Ils apparaissent de plus en plus comme des adversaires. Mais en même temps, nous sommes profondément dépendants des États-Unis, sur les plans économique, technologique et culturel. Quand on observe l’évolution de la société française depuis plusieurs décennies, on voit clairement que l’influence américaine ne cesse de croître. Le téléphone, l’ordinateur, les grandes plateformes numériques : tout cela vient des États-Unis. Comment imaginer une rupture réelle avec eux ? La France d’aujourd’hui ne ressemble plus à la France du général de Gaulle. Et cela change profondément notre rapport aux États-Unis.

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