Bras de fer Trump-UE : « On est seuls pour aider l’Ukraine » alerte le sénateur Claude Malhuret

Menaces d’annexion du Groenland, pression sur l’Ukraine, remise en cause du droit international, la séquence diplomatique ouverte par Donald Trump à Davos ébranle profondément les Européens. Au micro de Public Sénat, le sénateur Les Indépendants, Claude Malhuret livre une analyse sévère de la méthode et de la stratégie du président américain, qu’il juge dangereuses pour la stabilité mondiale.
Emma Bador-Fritche

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Alors que Donald Trump relance ouvertement l’idée d’une prise de contrôle américaine du Groenland, la tension est montée d’un cran entre Washington et les capitales européennes. Mercredi 21 janvier, en marge du Forum économique mondial de Davos, le président américain a affirmé sans détour : « Tout ce que veulent les États-Unis, c’est le Groenland. » Une déclaration qui a provoqué une onde de choc diplomatique, tant le territoire autonome danois est protégé par le droit international. Invité de Public Sénat, Claude Malhuret ne conteste pas l’existence d’enjeux stratégiques majeurs dans l’Arctique. « Tout le monde est conscient que le Groenland est un endroit stratégique », rappelle-t-il. Mais pour le sénateur, la méthode de Donald Trump est inacceptable. « Négocier, c’est toujours possible. Mais négocier, contrairement à l’ensemble du droit international, ce n’est pas acceptable », explique-t-il, dénonçant une approche fondée sur la contrainte plutôt que sur la discussion.

Selon Claude Malhuret, « Négocier l’installation de nouvelles bases des États-Unis au Groenland, les Danois ont toujours été d’accord. Les Européens sont d’accord. Sur la sécurité, on peut négocier. » Même chose, souligne-t-il, sur les questions commerciales ou l’accès aux ressources, les États-Unis disposant déjà de droits importants. Le problème réside ailleurs : « Commencer par la force, commencer par bombarder, discuter ensuite, ce n’est pas comme ça qu’on fait en droit international. » Pour le sénateur, Donald Trump applique au monde une logique de promoteur immobilier : « Donner des objectifs inatteignables comme dans un deal à New York, sur un immeuble, ce n’est pas transposable aux relations internationales. » Une stratégie vouée, selon lui, à l’échec et qui contraint aujourd’hui les Européens à réagir dans l’urgence, comme à Davos, alors qu’ils « préféreraient faire autrement ».

« L’aide militaire qu’ils produisent, ils la font payer aux Européens. »

Cette crise autour du Groenland s’inscrit, pour Claude Malhuret, dans un tableau plus large, celui du désengagement américain progressif, notamment sur l’Ukraine. « Trump, aujourd’hui, c’est une catastrophe internationale », tranche-t-il, rappelant que le président américain considère désormais la guerre en Ukraine comme « l’affaire de l’Europe et de l’OTAN, pas celle des États-Unis ». Le sénateur redoute et « voit venir très grossièrement le chantage à l’Ukraine pour faire passer le Groenland. » Conscient de la dépendance européenne au renseignement américain, Claude Malhuret n’en estime pas moins que l’Europe doit se préparer à agir seule, « ces menaces aujourd’hui, elles sont réalisées et par conséquent on est seuls ». « Les Américains ont déjà pratiquement tout largué. Il n’y a plus d’aide militaire du tout et l’aide militaire qu’ils produisent, ils la font payer aux Européens. » explique-t-il avant d’ajouter que Donald Trump « valide la position de Poutine depuis le début », en laissant la guerre s’enliser.

Claude Malhuret souligne enfin que Donald Trump n’est pas à l’abri de fractures internes. Des responsables républicains au Congrès auraient déjà laissé entendre qu’une escalade sur le Groenland pourrait mener à une procédure d’« impeachment », une procédure de destitution. « Tout va dans la mauvaise direction », conclut-il, tout en reconnaissant que l’Europe doit aussi regarder lucidement ses propres difficultés. Mais, insiste-t-il, « la politique de Donald Trump n’est pas non plus obligatoirement la meilleure ».

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