Bras de fer Trump-UE : « On est seuls pour aider l’Ukraine » alerte le sénateur Claude Malhuret

Menaces d’annexion du Groenland, pression sur l’Ukraine, remise en cause du droit international, la séquence diplomatique ouverte par Donald Trump à Davos ébranle profondément les Européens. Au micro de Public Sénat, le sénateur Les Indépendants, Claude Malhuret livre une analyse sévère de la méthode et de la stratégie du président américain, qu’il juge dangereuses pour la stabilité mondiale.
Emma Bador-Fritche

Temps de lecture :

3 min

Publié le

Alors que Donald Trump relance ouvertement l’idée d’une prise de contrôle américaine du Groenland, la tension est montée d’un cran entre Washington et les capitales européennes. Mercredi 21 janvier, en marge du Forum économique mondial de Davos, le président américain a affirmé sans détour : « Tout ce que veulent les États-Unis, c’est le Groenland. » Une déclaration qui a provoqué une onde de choc diplomatique, tant le territoire autonome danois est protégé par le droit international. Invité de Public Sénat, Claude Malhuret ne conteste pas l’existence d’enjeux stratégiques majeurs dans l’Arctique. « Tout le monde est conscient que le Groenland est un endroit stratégique », rappelle-t-il. Mais pour le sénateur, la méthode de Donald Trump est inacceptable. « Négocier, c’est toujours possible. Mais négocier, contrairement à l’ensemble du droit international, ce n’est pas acceptable », explique-t-il, dénonçant une approche fondée sur la contrainte plutôt que sur la discussion.

Selon Claude Malhuret, « Négocier l’installation de nouvelles bases des États-Unis au Groenland, les Danois ont toujours été d’accord. Les Européens sont d’accord. Sur la sécurité, on peut négocier. » Même chose, souligne-t-il, sur les questions commerciales ou l’accès aux ressources, les États-Unis disposant déjà de droits importants. Le problème réside ailleurs : « Commencer par la force, commencer par bombarder, discuter ensuite, ce n’est pas comme ça qu’on fait en droit international. » Pour le sénateur, Donald Trump applique au monde une logique de promoteur immobilier : « Donner des objectifs inatteignables comme dans un deal à New York, sur un immeuble, ce n’est pas transposable aux relations internationales. » Une stratégie vouée, selon lui, à l’échec et qui contraint aujourd’hui les Européens à réagir dans l’urgence, comme à Davos, alors qu’ils « préféreraient faire autrement ».

« L’aide militaire qu’ils produisent, ils la font payer aux Européens. »

Cette crise autour du Groenland s’inscrit, pour Claude Malhuret, dans un tableau plus large, celui du désengagement américain progressif, notamment sur l’Ukraine. « Trump, aujourd’hui, c’est une catastrophe internationale », tranche-t-il, rappelant que le président américain considère désormais la guerre en Ukraine comme « l’affaire de l’Europe et de l’OTAN, pas celle des États-Unis ». Le sénateur redoute et « voit venir très grossièrement le chantage à l’Ukraine pour faire passer le Groenland. » Conscient de la dépendance européenne au renseignement américain, Claude Malhuret n’en estime pas moins que l’Europe doit se préparer à agir seule, « ces menaces aujourd’hui, elles sont réalisées et par conséquent on est seuls ». « Les Américains ont déjà pratiquement tout largué. Il n’y a plus d’aide militaire du tout et l’aide militaire qu’ils produisent, ils la font payer aux Européens. » explique-t-il avant d’ajouter que Donald Trump « valide la position de Poutine depuis le début », en laissant la guerre s’enliser.

Claude Malhuret souligne enfin que Donald Trump n’est pas à l’abri de fractures internes. Des responsables républicains au Congrès auraient déjà laissé entendre qu’une escalade sur le Groenland pourrait mener à une procédure d’« impeachment », une procédure de destitution. « Tout va dans la mauvaise direction », conclut-il, tout en reconnaissant que l’Europe doit aussi regarder lucidement ses propres difficultés. Mais, insiste-t-il, « la politique de Donald Trump n’est pas non plus obligatoirement la meilleure ».

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: meeting on the digital age and access to social media
2min

International

Cessez-le-feu au Liban : Emmanuel Macron se dit préoccupé « par la poursuite d'opérations militaires » entre Israël et le Hezbollah

Emmanuel Macron, mobilisé depuis plusieurs semaines pour la fin du conflit au Liban, appelle ce vendredi au respect du cessez-le-feu annoncé hier par Donald Trump entre Israël et le Hezbollah. Une trêve « déjà fragilisée par la poursuite d’opérations militaires » entre les deux belligérants, s’inquiète le chef de l’État, qui enjoint Israël à « arrêter la guerre ».

Le

Bras de fer Trump-UE : « On est seuls pour aider l’Ukraine » alerte le sénateur Claude Malhuret
3min

International

Boualem Sansal veut attaquer le président algérien en justice : « C'est un vrai dictateur, horriblement méchant en plus d'être cruel », lance l’écrivain

Emprisonné pendant un an en Algérie entre novembre 2024 et 2025 pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal compte attaquer le président algérien Abdelmadjid Tebboune en justice. « Le dossier est prêt, (...) mais on attend le bon moment », justifie l’écrivain de 81 ans dans la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril. « C’est une question de principe. »

Le

Peter Magyar Hongrie
11min

International

Défaite électorale de Viktor Orban face à Peter Magyar : « Celui que la situation va le plus ennuyer, c'est Vladimir Poutine »

Au pouvoir en Hongrie depuis 2010, Viktor Orban ne sera pas reconduit Premier ministre une cinquième fois consécutive. Son concurrent conservateur Peter Magyar l’a sèchement battu lors des élections législatives organisées dans le pays, dimanche 12 avril. Moins hostile à Bruxelles, celui-ci promet « une nouvelle ère » en Hongrie. Quels enseignements tirer de ce scrutin stratégique pour l’Europe ? Entretien avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Europe centrale.

Le