Brexit : « Aujourd’hui, 62% voteraient non », rappelle cet ancien eurodéputé britannique

Avant qu’Emmanuel Macron effectue une visite d’État au Royaume-Uni, du 8 au 10 juillet, retour sur le rapprochement entre l’Union européenne et le gouvernement britannique travailliste, sur le plan sécuritaire et commercial, 5 ans après le divorce historique du Brexit. C’est le sujet de la semaine dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat.
Alexandre Poussart

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La température se réchauffe des deux côtés de la Manche, au sens propre mais aussi au figuré ! Emmanuel Macron va effectuer une visite d’Etat de trois jours au Royaume-Uni, après celle du roi Charles III, accueilli en France il y a deux ans. De son côté, l’Union européenne a scellé le 19 mai dernier un accord important avec le gouvernement britannique du Premier ministre travailliste Keir Starmer sur plusieurs sujets : la défense, le commerce, la pêche mais aussi la mobilité des jeunes. Un accord-cadre qui symbolise ce rapprochement entre Londres et Bruxelles, 5 ans après l’application du Brexit.

Quand Donald Trump accélère le rapprochement entre britanniques et européens

Sur le plan sécuritaire, cette convergence de vues entre Britanniques et Européens, s’est accélérée avec le désengagement américain en Ukraine décidé par Donald Trump. Keir Starmer a rejoint ses homologues français, allemand et polonais pour prendre la tête de la Coalition des volontaires, une trentaine de pays qui ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine, et leur volonté de garantir à long-terme la sécurité du territoire européen.
« Nous, les Britanniques, avons la même inquiétude que l’Union européenne, sur le désengagement américain en Ukraine. Qu’on le veuille ou non, nous sommes interdépendants et devons être solidaires », explique Richard Corbett, ancien eurodéputé britannique social-démocrate, membre du parti travailliste au pouvoir au Royaume-Uni, interrogé dans l’émission Ici l’Europe sur France 24, Public Sénat et LCP.
Dans son plan de réarmement, la Commission européen a lancé le programme SAFE (Security Action for Europe) qui prévoit 150 milliards d’euros de prêts pour l’achat commun d’équipements de défense fabriqués en Europe. En tant que partenaire stratégique de l’Union européenne, le Royaume-Uni pourra participer à ce programme SAFE. « C’est une décision logique », commente Richard Corbett. « Nous devons former avec l’Union européenne un pilier européen fort au sein de l’Alliance atlantique. Nous devons avoir une meilleure interopérabilité entre nos armées. »

« On a compris qu’on avait besoin du marché européen pour vendre notre poisson »

C’est sur la question du commerce que Britanniques et Européens sont en train de s’opérer un virage à 180 degrés, depuis le Brexit, après des années de tension, notamment au sujet de la pêche. Même s’il n’y pas de retour à une union douanière, l’accord de mai dernier prévoit que les entreprises d’Outre-manche pourront plus facilement exporter leurs produits sur le marché européen en échange d’un accès des pêcheurs européens aux eaux territoriales britanniques très poissonneuses, prolongé jusqu’en 2038. « On a beau avoir beaucoup de poisson, on a compris qu’on avait besoin du marché pour le vendre », explique Richard Corbett.
« 72% de la pêche britannique est exportée effectivement dans l’Union européenne » précise Isabelle Le Callennec, eurodéputée française, membre du groupe du Parti populaire européen, à la droite de l’hémicycle, et du parti Les Républicains en France. « Cet accès des pêcheurs français aux eaux britanniques ouvre une perspective. Nous devons travailler pour aller vers un accord qui soit vraiment gagnant-gagnant. »

Les Britanniques un jour de retour dans le programme d’échange Erasmus ?

L’une des conséquences les plus notables du Brexit a été la sortie du Royaume-Uni du programme d’échanges universitaire Erasmus en vigueur depuis 1987. Conséquence, le prix des études de jeunes Européens outre-Manche a explosé, s’élevant à une moyenne de 25 000 euros par an.
Si Londres n’envisage pas un retour dans le programme Erasmus, le gouvernement de Keir Starmer travaille avec Bruxelles sur des visas facilitant la mobilité des jeunes des côtés de la Manche. « C’est une ouverture à saluer. J’ai eu la possibilité d’aller faire mes études à Oxford grâce au programme Erasmus. C’est la raison pour laquelle je suis anglophile aujourd’hui », raconte Isabelle Le Callennec, qui alerte sur la nécessité de conserver les fonds européens dédiés à Erasmus dans le cadre du prochain budget européen.
Davantage de mobilité des jeunes entre ces deux rives pourrait permettre à terme de développer une europhilie au sein de la société du Royaume-Uni, alors que selon un sondage de Yougov, 64% des Britanniques estiment que le Brexit était une erreur. « S’il y avait un nouveau référendum sur le Brexit aujourd’hui, 62% voteraient non », ajoute Richard Corbett. « Le regret du Brexit est une tendance ces dernières années qui augmente lentement mais sûrement », se réjouit ce « remainer » de longue date (opposant au Brexit).

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