Budget défense : « Ça demandera des sacrifices dans les pays européens », prévient le président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan

Alors que les choses bougent en Ukraine, Marcos Perestrello de Vasconcellos, président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan, soutient qu’« il revient maintenant à la Russie de démontrer qu’elle est prête à prendre ses premiers pas vers la fin de son agression contre l’Ukraine ». Face au « changement profond » amorcé par Donald Trump, « nous sommes à un moment charnière pour notre relation transatlantique », prévient le responsable.
François Vignal

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Au moment où l’Ukraine accepte le plan de cessez-le-feu proposé par les Etats-Unis pour l’Ukraine, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a auditionné ce mercredi le Portugais Marcos Perestrello de Vasconcellos, nouveau président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan, qui « rassemble les parlementaires de 32 pays », comme le souligne Cédric Perrin, président LR de la commission. L’occasion de rappeler « l’importance de la dimension parlementaire de l’Otan », souligne le sénateur LR Christian Cambon, chef de la délégation française de l’Assemblée parlementaire de l’Otan.

« Votre mandat s’ouvre dans un contexte international d’une exceptionnelle gravité », cadre en ouverture Cédric Perrin. « Encore inimaginable il y a quelques semaines, la perspective s’est ouverte d’un deal entre les Etats-Unis et la Russie, que l’Ukraine et les partenaires de l’Otan se verraient contraints d’accepter », relève le président de la commission.

« La relation transatlantique sera désormais différente, c’est indéniable »

Alors que les choses bougent en Ukraine, Marcos Perestrello de Vasconcellos « salue l’accord intervenu hier sur une proposition de cessez-le-feu de 30 jours ». « Il revient maintenant à la Russie de démontrer qu’elle est prête à prendre ses premiers pas vers la fin de son agression contre l’Ukraine », affirme le responsable.

« Nous sommes à un moment charnière pour notre relation transatlantique et décisif pour l’Ukraine et la sécurité de l’Europe », soutient le Portugais, « l’administration américaine a amorcé un changement profond, de ton, d’approche, de politique et même de point de vue sur les valeurs démocratiques, qui nous oblige tous à nous adapter ». « La relation transatlantique sera désormais différente, c’est indéniable », ajoute le responsable de l’Assemblée parlementaire de l’Otan. Il estime cependant que « l’Otan est, et restera, la pierre angulaire de notre sécurité ». Reste que le fameux article 5 de l’Otan, qui implique l’entraide militaire en cas d’attaque d’un des pays membres, est questionné. « Il n’y a pas d’affirmation en ce sens, […] mais le changement de ton (américain) a permis d’installer un doute », reconnaît Marcos Perestrello de Vasconcellos.

« On est loin des 2 % du PIB pour la défense, en fait », souligne le sénateur Cédric Perrin

Pour répondre à l’attitude américaine, « il faut changer le rapport de force entre l’Europe et les Etats-Unis », soutient le responsable, « on peut le faire avec le renforcement de notre capacité » militaire. Cela passe par une hausse des budgets défense. « Le but de 2 % du PIB (consacrés à la défense) a été établi il y a 11 ans, à Cardiff, pour être atteint en 2024. Tout le monde n’y est pas. Mais 23 des 32 membres de l’Otan y sont », relève Marcos Perestrello de Vasconcellos. Et sur « les 9 qui n’y sont pas », on compte l’Espagne, l’Italie et le Canada. Si globalement, l’effort de 2 % est atteint en Europe, « le problème, c’est que les 2 % ne sont pas suffisants ».

La France est officiellement maintenant à 2,1 % de son PIB consacré à la défense. Emmanuel Macron vise de porter cet effort à 3 ou 3,5 %. Mais Cédric Perrin rappelle au passage « qu’on intègre dans ces 2 %, les 20 % quasiment de pensions des militaires. C’est quand même un tour de passe-passe un peu dangereux d’intégrer cet élément, qui augmente, au moment où on doit se réarmer. […] On est loin des 2 % en fait », prévient le président de la commission.

Pour Marcos Perestrello de Vasconcellos, la bonne méthode pour augmenter le budget des armées est la suivante : « Il faut établir les capacités nécessaires […] et après ça, faire les comptes ». Autrement dit, voir quels sont les besoins, et mettre les moyens en fonction. Mais le président de l’Assemblée parlementaire de l’Otan prévient : « Ça demandera des sacrifices dans les pays européens. Mais c’est moins cher d’avoir des capacités de défense crédibles et fortes, que de n’avoir rien. Car la guerre, c’est plus cher que la paix. Et pour maintenir cette paix, il faut une capacité de réponse », soutient-il. « Il faut trouver les ressources et faire des sacrifices », insiste le responsable. Et pour cela, « il faut que les politiques soient capables de conduire des décisions probablement pas populaires ».

« L’Europe et le Canada doivent prendre le relais et faire plus »

Au regard de l’évolution des Etats-Unis, l’effort semble s’imposer aux Européens. « La volonté de partager le fardeau, voire de le transférer, est clair », constate Marcos Perestrello de Vasconcellos, « un rééquilibrage est nécessaire. L’Europe et le Canada doivent prendre le relais et faire plus ». Outre les Etats, il compte sur l’Union européenne. Il imagine voir l’avènement d’un « pilier européen de l’Otan », qui « n’est pas une force autonome. C’est le renforcement des capacités militaires des pays européens, intégrées dans l’Otan ». Mais déjà, « il faut augmenter le fonds européen pour la défense. C’est 0,6 % du budget européen, c’est vraiment insuffisant, presque ridicule ». Entre l’effort important à faire par les Européens et la prise de distance américaine, l’Otan est assurément dans une situation difficile.

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