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Xi Jinping,et Nicolas Madurtos à Beijing en septembre 2013. (AP Photo/Lintao Zhang, Pool)/OTK/466877502753/1309221513

Capture de Nicolás Maduro : « la Chine vient de perdre un pays partenaire proche, sans doute le plus proche »

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont mené une opération militaire au Venezuela, aboutissant à l’arrestation du président Nicolás Maduro, transféré à New York pour y être jugé. Illégale au regard du droit international, cette intervention marque un tournant stratégique majeur qui pourrait donner des idées à la Chine. Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri analyse la situation.
Emma Bador-Fritche

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Sur ordre direct de Donald Trump, président des États-Unis, l’armée américaine a mené une opération ciblée au Venezuela, capturant Nicolás Maduro et l’exfiltrant vers les États-Unis. Le président vénézuélien doit y être jugé, notamment pour trafic de drogue. Un acte assumé et largement dénoncé. Il s’apparente à une capture extraterritoriale d’un chef d’État en exercice, sans mandat international, ni aval des Nations unies. Un précédent lourd de conséquences. Nicolás Maduro, dont la légitimité est contestée depuis l’élection présidentielle de 2024, était maintenu au pouvoir par la force, soutenu par des milices armées et par l’appui stratégique de la Russie. Malgré les immenses réserves pétrolières du pays, le Venezuela est exsangue. Washington avait, depuis des mois, multiplié les pressions avec des blocus pétrolier, des frappes ciblées contre des navires accusés de narcotrafic, et le déploiement massif de la flotte américaine au large des côtes. L’opération finale était redoutée. Elle a eu lieu.

Les intérêts de Pékin directement menacés

La réaction de la Chine ne s’est pas faite attendre. Pékin s’est dit « profondément choqué » et a exigé la libération de Nicolás Maduro et de son épouse. Le ministre des Affaires étrangères, Wang Yi, a dénoncé une « violation flagrante du droit international », rappelant le caractère intangible du principe de souveraineté des États.

Au-delà de l’indignation officielle, l’inquiétude est avant tout stratégique. Le Venezuela figure parmi les partenaires politiques et énergétiques les plus étroits de la Chine en Amérique latine. Pékin y a engagé des investissements considérables, notamment dans les infrastructures et l’approvisionnement pétrolier. En l’espace de quelques heures, « la Chine vient de perdre un pays partenaire proche, sans doute le plus proche », analyse Marc Julienne, directeur du Centre Asie de l’Ifri. Un revers majeur pour l’influence chinoise dans la région, et un signal brutal de la capacité américaine à s’attaquer directement à ses intérêts. « Ce qui apparaît clairement, c’est que Trump cherche avant tout à mettre la main sur le pétrole, bien plus qu’à lutter contre le narcotrafic, et cela touche directement les intérêts chinois », ajoute l’expert.

Un précédent explosif pour l’ordre mondial

Le signal envoyé par Donald Trump apparaît profondément ambigu. S’il s’agit d’une démonstration de force, il constitue aussi l’aveu que les règles internationales peuvent être contournées. « Le message adressé par Donald Trump est double, notamment à l’égard de la Chine, de la Russie, de l’Iran ou d’autres puissances », estimait dimanche 4 janvier sur franceinfo Jean-Maurice Ripert, ancien ambassadeur de France en Russie et en Chine.

Pour Marc Julienne, l’opération américaine s’inscrit dans une inflexion plus large des relations internationales. « Ce qui peut encourager la Chine, c’est que nous entrons désormais dans un monde où les États-Unis acceptent explicitement le rapport de force comme règle du jeu. De la même manière que Vladimir Poutine s’est autorisé à envahir l’Ukraine, Donald Trump s’est autorisé, illégalement, à renverser un chef d’État », analyse-t-il. Sans discours de défense de la démocratie ni justification morale, mais au nom d’intérêts assumés, Washington acte ainsi une rupture. « Si la force devient la seule source de légitimité, alors ce sont de nouvelles règles du jeu qui s’imposent », poursuit l’expert.

Une analyse que partage l’ancien ambassadeur Jean-Maurice Ripert chez nos confrères de franceinfo, pour qui le message envoyé est ambigu : démonstration de puissance, mais aussi signale que « les règles peuvent être contournées ». Le message est clair, si la première puissance mondiale s’autorise à renverser un chef d’État par la force, pourquoi les autres s’en priveraient-elles ?

Taïwan : un parallèle tentant, mais trompeur

L’opération contre Maduro alimente une question centrale : la Chine pourrait-elle s’appuyer sur ce précédent pour justifier une action contre Taïwan ? Marc Julienne nuance : « Je ne crois pas que l’attaque américaine soit un cadeau pour Xi Jinping pour envahir Taïwan. Donald Trump n’acceptera pas une telle opération. » La comparaison entre le Venezuela et Taïwan ne tient pas, selon lui. Taïwan dispose d’une économie florissante, d’une armée capable de résistance, et surtout d’un poids stratégique important pour les États-Unis. « Les intérêts américains à Taiwan sont colossaux » analyse Marc Julienne.

D’abord, la technologie. L’île produit l’essentiel des semi-conducteurs avancés indispensables à l’intelligence artificielle et aux technologies de défense. Perdre l’accès à Taïwan signifierait un choc industriel majeur pour les États-Unis et la Silicon Valley, où des groupes comme « Nvidia, Google ou Amazon sont profondément exposés » explique l’expert. Ensuite, la géostratégie. Taïwan est un verrou militaire qui empêche la Chine d’accéder librement au Pacifique. Elle s’inscrit dans un dispositif régional incluant le Japon, la Corée du Sud et les Philippines, sous protection de la VIIe flotte américaine. Enfin, la crédibilité. Abandonner Taïwan reviendrait à fragiliser l’ensemble des alliances américaines en Asie. « Taïwan est un partenaire de défense. L’abandonner, c’est menacer la crédibilité des États-Unis dans toute la région », souligne Marc Julienne.

Une Chine plus agressive, mais encore contenue

Ces dernières semaines, Pékin a multiplié les manœuvres militaires autour de Taïwan, simulant un encerclement de l’île. Une démonstration de force révélatrice d’une agressivité croissante, mais aussi des limites actuelles de l’option militaire chinoise.

La rivalité sino-américaine s’inscrit dans le temps long. Elle durera des décennies. Et malgré son imprévisibilité, Donald Trump reste guidé par une constante : la défense des intérêts américains. Sur Taïwan, ces intérêts sont non négociables. Mais pour l’expert de l’ifri, la Chine est un compétiteur économique et technologique de premier plan mais aussi un acteur militaire majeur.

Alors que le président américain est attendu en Chine au printemps, Pékin ne se fait guère d’illusions. La confrontation stratégique entre les deux puissances est désormais installée et structure durablement leurs relations.

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