Germany Munich Security Conference Rubio
Le secrétaire d'Etat américain Marco Rubio, à la Conférence de Munich sur la sécurité, ce vendredi 13 février 2026. Crédits : Alex Brandon/AP/SIPA

Conférence de Munich sur la sécurité : « Il faut que Etats-Unis continuent à nous botter les fesses pour faire avancer l’Europe », selon la sénatrice Hélène Conway-Mouret

Un an après une édition 2025, où les Européens étaient sortis sidérés de la Conférence de Munich sur la sécurité, face à « l’ingérence politique » du vice-président américain J.D. Vance, rappelle Hélène Conway-Mouret, l’événement pourrait être l’occasion d’un rebond. Pour Cédric Perrin, président LR de la commission des affaires étrangères du Sénat, « il y a un nécessaire réveil européen, dont on a besoin ».
François Vignal

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C’est la grande messe diplomatique annuelle. La Conférence de Munich sur la sécurité s’ouvre ce vendredi à Munich, en Allemagne. C’est en quelque sorte le Davos de la sécurité et des enjeux de défense.

La ville de Bavière est le théâtre qui accueille cet évènement, où des dizaines de chefs d’Etat font le déplacement avec 120 pays représentés. Le chancelier allemand, Friedrich Merz, tient un discours ce vendredi, suivi d’Emmanuel Macron, en fin de journée.

Un an après une édition 2025 qui avait frappé les esprits, avec un vice-président américain, J.D. Vance, venu faire la leçon aux Européens dans un discours très offensif qui avait laissé la place à la stupéfaction, les sujets sur la table sont nombreux : ordre international bouleversé, devenir de l’OTAN, après les menaces d’invasion du Groenland par Donald Trump, la dissuasion nucléaire après l’arrivée à échéance du traité New Start, les discussions entre les Etats-Unis et l’Iran, le Venezuela et bien sûr la guerre en Ukraine, qui n’est toujours pas terminé. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky est d’ailleurs également attendu à Munich. Côté Etats-Unis, c’est cette fois le secrétaire d’Etat, Marco Rubio, qui est attendu, généralement plus policé que J.D. Vance.

L’an dernier, c’était la « gueule de bois, les Européens ne s’en sont pas remis »

Le réveil a été dur pour notre continent. Avec au passage une belle « gueule de bois, sûrement. Les Européens ne s’en sont pas remis. Et depuis, il y a eu le Groenland, les discussions sur l’Ukraine, où on continue d’être écartés. Les Etats-Unis n’ont pas changé de perspective », souligne la sénatrice PS Hélène Conway-Mouret, présente sur place à la conférence de Munich, comme tous les ans. C’est notamment « l’ingérence politique » de J.D. Vance, qui avait frappé, puis « le fait de mettre de côté les Européens et dire, quand on aura fini de négocier au Moyen-Orient, vous serez tenus de signer l’accord. Et pareil en Ukraine, quand on aura signé l’accord avec la Russie sur le dos des Ukrainiens, vous serez tenus de vous exécuter », constate la sénatrice, qui suit de près les questions de défense. Elle ajoute :

 Les Européens se voyaient comme un allié des Etats-Unis et là, on nous dit, vous êtes sur la touche, vous n’êtes même plus un arbitre de touche. Et soyez heureux qu’on vous invite à regarder le jeu, mais on vous fait payer très cher votre place. 

Hélène Conway-Mouret, sénatrice PS représentant les Français établis hors de France.

Si bien qu’après « la sidération de l’année dernière », la sénatrice représentant les Français établis hors de France, a « l’impression qu’on est dans une reconfiguration du lien. Ça fait des années que je viens au MSC (Munich Security Conference). Ce sont à la fois des intérêts et des valeurs communes. Et aujourd’hui, on a l’impression qu’il n’y a plus que les intérêts américains qui comptent et les valeurs, personne n’en parle plus. On se rend compte qu’on n’a plus forcément les mêmes », relève la sénatrice socialiste.

« La dépendance aux Etats-Unis est en train d’être remise en cause »

Face au constat de l’affaiblissement des vingt-sept, « il y a un nécessaire réveil européen, dont on a besoin. La Conférence de Munich, c’est aussi l’occasion de permettre de changer de perception », souligne pour sa part Cédric Perrin, président LR de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat.

« Beaucoup ont dit qu’on avait changé d’ère, qu’on ne reviendrait pas à l’ère précédente, qu’il fallait prendre en main son destin, au niveau européen », ajoute le sénateur LR du Territoire de Belfort, qui note qu’« il y a un certain nombre de prises de conscience ». Exemple de ce « changement d’état d’esprit : quand on voit les Danois, qui achètent des missiles français SAMP/T, au détriment du Patriot américain, ou la France, qui achète l’avion suédois de Saab, le GlobalEye, au détriment de l’Awacs américain. Il y a des choix qui sont faits, qui sont politiques. La dépendance aux Etats-Unis est en train d’être remise en cause », selon le président de la commission des affaires étrangères. C’est l’enjeu de cette « préférence européenne » qui doit permettre d’assurer notre autonomie.

« Beaucoup sont encore dans la négation, dans le déni total et pensent que les Américains ne nous quitteront jamais »

Derrière, c’est aussi la question de l’Otan et du parapluie nucléaire américain qui se pose. Sur ce point, Hélène Conway-Mouret pondère l’idée d’une prise de conscience. « Beaucoup sont encore dans la négation, dans le déni total et pensent que les Américains ne nous quitteront jamais », constate sur place la sénatrice PS, même si elle « comprend » l’attitude et la position de « certains, qui ont tout cédé aux Américains et qui n’ont pas de commandement militaire national, comme les pays baltes, ou les Pays-Bas aussi ».

La socialiste pense également que le ton inamical des Américains va pousser les Européens à se prendre en main. Elle veut même y voir un mal pour un bien. « Il faut que les Etats-Unis continuent à nous botter les fesses pour nous faire avancer, il n’y a que comme ça que l’Europe avance. On a vu avec SAFE (Security Action for Europe, dispositif de financement européen d’acquisition de matériels militaires, ndlr). Tout ce qui s’est passé en un an, alors qu’on ne l’avait pas fait depuis 10 ans. On a besoin d’être forcés », soutient Hélène Conway-Mouret.

« Le chef de l’Etat tiendra un discours sur la question de la dissuasion le 27 février »

Dans cette optique d’autonomisation, quid de l’idée d’étendre la dissuasion nucléaire française à nos alliés européens et du rôle des Etats-Unis dans une Otan affaiblie ? « Ce matin, j’étais à une table ronde sur le nucléaire. Comme les Américains n’ont pas annoncé qu’ils retiraient leur parapluie nucléaire, on reste sur le statu quo. Est-ce que les Anglais ou les Français peuvent offrir une option ? Est-ce que la dissuasion pourrait être à la fois européenne et américaine ? Est-ce qu’on a besoin d’un arsenal indépendant ? J’ai pris la parole pour dire qu’il fallait une dissuasion globale, à savoir balistique et nucléaire, que nous restions sur la base de la non-prolifération », affirme la sénatrice.

Quant à « l’extension de la dissuasion » française, « ça veut dire que si un pays européen est attaqué, qu’il y ait un accord stratégique qui ferait que la France réagirait. Si demain la Russie attaque un pays balte, et si les Etats-Unis disent on ne fait rien, on a intérêt à avoir un plan B et réagir en Européens », soutient Hélène Conway-Mouret.

Pour Cédric Perrin, « il faut différencier le partage de la dissuasion et les intérêts vitaux. Jamais on ne partagera la dissuasion nucléaire, ce serait une pure folie. En revanche, la question des intérêts vitaux doit être posée. Mais le Président, en matière de dissuasion, est le seul maître ». Le président de la commission glisse au passage que « le chef de l’Etat tiendra un discours sur la question de la dissuasion le 27 février. On verra ce qu’il dit. Mais à un an de l’élection présidentielle, ça interroge ».

« Trou d’air » pour l’influence française

Reste à voir, plus globalement, la capacité de la France à avoir une influence au plan international. « On a un vrai problème de capacité à peser, compte tenu de l’arrivée des élections dans un an et que le Président n’a plus de majorité, et qu’il peut prendre des décisions sans être certain de les faire appliquer », pointe Cédric Perrin. Pour le sénateur LR, « ça crée un énorme trou d’air, qu’on subit de plein fouet. C’est un problème. Mais ça n’arrive pas qu’à notre Président, ça arrive régulièrement, à l’approche des élections ». Donald Trump est lui encore là pour un peu moins de trois ans.

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