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Coup d’Etat au Niger : intensification des pressions internationales, la France accusée d’ingérence

Cinq jours après le coup d’État militaire au Niger ayant renversé le président élu Mohamed Bazoum, les pressions internationales sur les putschistes pour un rétablissement de l’ordre constitutionnel se multiplient. De son côté, la junte militaire accuse Paris de vouloir "intervenir militairement". Point sur la situation aux côtés de Léonard Colomba-Petteng, doctorant au Centre de recherches internationales (CERI) de Sciences Po Paris.
Lucille Gadler

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L’Afrique de l’Ouest n’exclut pas de recourir à la force

Les pays d’Afrique de l’Ouest ont fixé, ce 30 juillet, un ultimatum d’une semaine à la junte militaire au Niger pour un « retour complet à l’ordre constitutionnel », affirmant ne pas exclure un « recours à la force » en cas de manquement. Pour Léonard Colomba-Petteng cette intervention militaire « constituerait un scénario « plus qu’inédit ».  Il est néanmoins difficile d’y voir clair à ce jour rappelle le chercheur, « il y a du bluff, des menaces qui sont faites simplement pour faire reculer ce coup d’État, sur fond de négociation et de tension ».

La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a également décidé de « suspendre toutes les transactions commerciales et financières » entre ses États membres et le Niger, et de geler les avoirs des responsables militaires impliqués dans la tentative de coup. L’Union européenne, par le biais de son chef de la diplomatie, Josep Borell, a indiqué qu’elle « appuiera rapidement et résolument » les décisions de la Cédéao.

Multiplication des sanctions occidentales

Les sanctions se multiplient également sur le plan européen. Après la France, ce sont l’Allemagne et l’Espagne qui ont annoncé, ce 31 juillet, la suspension de leurs aides au développement et de leurs appuis budgétaires au Niger.  « Nous avons suspendu tous les paiements directs de soutien au gouvernement du Niger », a déclaré le porte-parole du ministère allemand des Affaires étrangères, Sebastian Fischer. L’Union européenne a quant à elle annoncé la suspension de sa coopération sécuritaire et financière avec le Niger.

Dans un entretien donné le 30 juillet à la chaîne France 24,  le Premier ministre nigérien Ouhoumoudou Mahamadou a estimé que ces sanctions contre le Niger  « feront très mal » . Pour rappel, et en dépit de ses ressources en uranium, le Niger, 20 millions d’habitants, est l’un des pays les plus pauvres du monde.

Moscou : le choix de la prudence

5 jours après le début du coup d’état, Moscou a appelé «toutes les parties à la retenue » et à « un retour à la légalité » selon l’AFP. « Ce qui se passe là-bas suscite une sérieuse préoccupation » a ajouté le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov « nous appelons à un rétablissement au plus vite de la légalité dans le pays, à la retenue de toutes les parties afin d’éviter d’en arriver à des pertes humaines ».

Pour Léonard Colomba-Petteng, la Russie fait le choix de la prudence face à la situation : « D’un côté le Kremlin soutient l’ordre constitutionnel et légal ainsi que le mandat de Mohamed Bazoum, prouvant ainsi que le pays n’est pas systématiquement une voix dissonante sur la scène internationale. De l’autre, la Russie n’hésite pas à appuyer là où ça fait mal , dénonçant l’ingérence occidentale et appelant à un ordre international débarrassé du néocolonialisme » souligne le chercheur. « La Russie joue sur les deux tableaux face à la situation d’incertitude que constitue ce putsch à l’encontre de Mohamed Bazoum : elle cherche à préserver sa coopération avec le Niger, peu importe l’issue de ce putsch ».

Paris accusée de « vouloir intervenir militairement »

Les putschistes au pouvoir à Niamey ont également accusé , ce 31 juillet, Paris de préparer une intervention militaire après la menace faite par la France de répliquer à toute attaque contre ses intérêts au Niger. En effet , le président français Emmanuel Macron a prévenu que des répliques “immédiates et intraitables” seraient faites à toute attaque contre les ressortissants de la France et ses intérêts au Niger, où des milliers de manifestants favorables au putsch militaire ont ciblé l’ambassade française à Niamey.

« Dans sa ligne de conduite, allant dans le sens de la recherche des voies et moyens pour intervenir militairement au Niger, la France, avec la complicité de certains Nigériens, a tenu une réunion à l’état-major de la Garde nationale du Niger, pour obtenir des autorisations politiques et militaires nécessaires » précise le communiqué lu à la télévision nigérienne.

« Les putschistes craignent que la France ne cherche à obtenir auprès des autorités d’intérim des documents d‘intervention militaire, comme lors de l’opération Serval au Mali : cette accusation d’ingérence est une mise en garde préventive » observe Léonard Colomba-Petteng. Pour le politologue, il s’agit également d’une manière de fédérer la population autour de ce coup d’état : « d’un point de vue occidental, on idéalise le régime Mohamed Bazoum, grand démocrate, élu légitimement en 2021. On se focalise sur les enjeux diplomatiques, économiques. Or, pour une partie de la population nigérienne, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS , au pouvoir) est perçu comme travaillant avant tout pour les intérêts français et non nigériens. Et cette position n’est pas marginale, des voix s’élèvent au Niger depuis plusieurs années notamment avec la création du mouvement civil M62 (mouvement créé en 2022, 62 ans après que le pays ait accédé à l’indépendance) qui a appelé à manifester ce dimanche 30 juillet. Et ça, du côté Français,  on a tendance à ne pas vouloir le voir : on a l’impression d’un coup d’État brutal, mais il s’agit d’une dynamique ancienne».

Dans un communiqué transmis à l’AFP ce 31 juillet, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme (PNDS, au pouvoir) a dénoncé les “arrestations abusives” de quatre ministres – Intérieur, Pétrole, Mines et Transports -, d’un ancien ministre et du chef du parti, annonçant une intensification des tensions dans le pays.

 

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