Coupes budgétaires dans l’aide au développement : « Le risque c’est que nous allions moins dans les pays les plus vulnérables »

Invité de la matinale de Public Sénat, le directeur général de l’Agence française de développement (AFD) est revenu sur la crise que traverse le secteur avec le retrait des Etats-Unis et les coupes budgétaires récentes. Dans ce contexte, l’AFD devra se recentrer sur des financements privés et risque de moins pouvoir agir dans les pays les plus vulnérables.
Louis Mollier-Sabet

Temps de lecture :

3 min

Publié le

« Quand vous perdez un tiers de vos ressources, je crois que l’on peut parler de crise. » Le constat est sans appel pour Rémy Rioux, directeur général de l’Agence française de développement (AFD), qui rappelle que sur les 220 milliards d’aide publique au développement investis dans le monde chaque année, 60 milliards pourraient disparaître cette année, dont 40 dus au retrait des Etats-Unis.

« C’est la première fois qu’une baisse de cette ampleur a lieu sans grande crise macroéconomique. C’est donc qu’on est sans doute sur quelque chose de plus structurel », analyse le haut fonctionnaire, qui identifie « un trouble assez profond dans la coopération internationale. »

Le retrait d’un acteur comme les Etats-Unis redéfinit tout l’écosystème mondial de l’aide au développement, puisque les Américains financent 40 % de l’aide humanitaire et étaient notamment très actifs dans le domaine de la santé. « Le retrait américain affaiblit notre système de santé mondial. On l’a vu avec le Covid, avoir un maillon faible dans ce système met en péril l’ensemble du monde et notre propre sécurité sanitaire », développe Rémy Rioux.

« L’AFD c’est 0,2 % du budget de l’Etat pour 8 % de l’effort budgétaire en 2025 »

À l’échelle française aussi, la voilure a été largement réduite dans le dernier projet de loi de finances. « La politique de développement a été l’une des plus fortement mises à contribution. On a réduit notre poids budgétaire de 50 % en passant de 3 milliards à 1,5 milliard : l’AFD c’est 0,2 % du budget de l’Etat pour 8 % de l’effort budgétaire en 2025 », détaille le directeur général de l’AFD.

L’agence pourra-t-elle soutenir d’éventuelles nouvelles coupes budgétaires en 2026 ? « Il appartient aux autorités politiques de calibrer l’effort », répond sobrement le haut fonctionnaire. Sur le fond, l’AFD peut maintenir son action avec moins de moyens, mais ne pourra pas financer le même type de projets, explique Rémy Rioux : « Dans certains pays vous avez besoin de subventions, mais dans des pays plus riches, ils peuvent avoir accès à des prêts et des investissements. En fait, moins vous avez de budget, moins vous allez vers les pays les plus pauvres. Le risque de cet effort budgétaire, c’est que nous allions moins dans les pays les plus vulnérables. Si on n’a moins de budget, on fera plus du climat et de la réduction de CO2 dans des pays qui polluent beaucoup que de l’humanitaire, de l’éducation et de la santé dans des pays très pauvres. »

Partager cet article

Pour aller plus loin

Dans la même thématique

Paris: meeting on the digital age and access to social media
2min

International

Cessez-le-feu au Liban : Emmanuel Macron se dit préoccupé « par la poursuite d'opérations militaires » entre Israël et le Hezbollah

Emmanuel Macron, mobilisé depuis plusieurs semaines pour la fin du conflit au Liban, appelle ce vendredi au respect du cessez-le-feu annoncé hier par Donald Trump entre Israël et le Hezbollah. Une trêve « déjà fragilisée par la poursuite d’opérations militaires » entre les deux belligérants, s’inquiète le chef de l’État, qui enjoint Israël à « arrêter la guerre ».

Le

Coupes budgétaires dans l’aide au développement : « Le risque c’est que nous allions moins dans les pays les plus vulnérables »
3min

International

Boualem Sansal veut attaquer le président algérien en justice : « C'est un vrai dictateur, horriblement méchant en plus d'être cruel », lance l’écrivain

Emprisonné pendant un an en Algérie entre novembre 2024 et 2025 pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal compte attaquer le président algérien Abdelmadjid Tebboune en justice. « Le dossier est prêt, (...) mais on attend le bon moment », justifie l’écrivain de 81 ans dans la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril. « C’est une question de principe. »

Le

Peter Magyar Hongrie
11min

International

Défaite électorale de Viktor Orban face à Peter Magyar : « Celui que la situation va le plus ennuyer, c'est Vladimir Poutine »

Au pouvoir en Hongrie depuis 2010, Viktor Orban ne sera pas reconduit Premier ministre une cinquième fois consécutive. Son concurrent conservateur Peter Magyar l’a sèchement battu lors des élections législatives organisées dans le pays, dimanche 12 avril. Moins hostile à Bruxelles, celui-ci promet « une nouvelle ère » en Hongrie. Quels enseignements tirer de ce scrutin stratégique pour l’Europe ? Entretien avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Europe centrale.

Le