Défense européenne : « aujourd’hui, nos intérêts sont les mêmes que ceux des Etats-Unis, mais ce n’est pas obligé que cela dure », rappelle cet eurodéputé français

Depuis plus d’un an, la guerre en Ukraine a rappelé aux européens la nécessité de renforcer leur sécurité. Mais pour l’heure, les 27 ont bien du mal à s'accorder sur une réponse commune de défense. L’Allemagne, soutenue par une quinzaine d’Etats membres, s’est tournée vers les Etats-Unis et Israël pour l’acquisition conjointe de systèmes de défense aérienne, au grand désarroi de la France.
Marie Bremeau

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L’Europe de la défense, les capitales européennes en parlent depuis des décennies. Mais depuis le 22 février 2022 et le début d’une guerre aux portes de l’Europe, ce sujet hautement stratégique est au centre des discussions au sein des différentes institutions. « La guerre de la Russie contre l’Ukraine a fait bouger les lignes sur la question de la défense. Jamais les débats et les passions autour de l’Europe de la défense n’ont été aussi importants ». C’est le constat de Mounir Satouri, eurodéputé écologiste français. Pour autant, les lignes de fracture persistent. « Les divergences et les désaccords entre l’Allemagne et la France ne datent pas d’hier. Depuis longtemps, l’Allemagne et la France n’ont pas la même approche. La guerre a fait bouger la position allemande qui s’intéresse beaucoup plus à ces questions de défense. L’Allemagne a toujours eu un tropisme transatlantique, l’Allemagne a toujours cru pour sa défense, sans doute un héritage de l’histoire, à l’OTAN. Tandis que la France a souvent porté l’idée d’une défense européenne. »

« La seule protection pour le moment vient des Etats-Unis »

Des approches différentes qui s expriment donc encore aujourd’hui. Berlin a lancé au sein de l’OTAN « the European Sky Shield Initiative », un bouclier antimissile européen, mais qui se fournit auprès des Américains pour les missiles de moyenne portée et des Israéliens pour les missiles de longue portée. Une initiative soutenue par les Etats baltes et la plupart des Etats d’Europe centrale. « Tous les anciens pays communistes savent très bien que ce sont les prochains à être attaqués. Ils savent que la seule protection pour le moment vient des Etats Unis. Il ne faut pas être naïf ! », analyse Željana ZOVKO, députée européenne croate conservatrice.

Une émancipation stratégique des Européens

Paris milite activement pour donner la priorité aux achats de matériel produit dans l’Union européenne, notamment pour favoriser et soutenir l’industrie de défense française. Mais au-delà d’une affaire de gros sous, c’est bien évidemment aussi une question d’autonomie.  « Je suis pour une émancipation stratégique des Européens au sein de l’OTAN », plaide Mounir Satouri. « Nos intérêts ne sont pas toujours ceux des Etats-Unis. Et moi, j’ai en mémoire la période Trump et le recentrage des Etats Unis sur eux-mêmes, sur leurs propres intérêts et sur la Chine. Aujourd’hui, on a Biden, la guerre se passe en Europe, donc nos intérêts sont les mêmes que ceux des Etats-Unis, mais ce n’est pas obligé que cela dure. » Mais pas question d’être naïf pour autant pour l’écologiste. « Tant qu’on n’a pas construit une Europe de la défense, on va rester dans l’OTAN. Mais nous avons en tant qu’Européens la responsabilité de construire notre vision stratégique et qu’on s’émancipe. Et qu’on n’hésite pas à dire de manière collective et forte. » L’élu français espère que plusieurs chefs d’Etat porteront cette voix lors du prochain sommet de l’Otan qui se tiendra à Vilnius, capitale de la Lituanie, le 11 et 12 juillet prochains.

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