Viktor Orban en campagne
Le Premier ministre hongrois Viktor Orban, en campagne électorale, le 31 mars, à Ocsa (Hongrie).

Elections en Hongrie : Viktor Orbán joue son avenir politique et mène une campagne anti-Ukraine

Viktor Orban pourrait perdre le pouvoir en Hongrie, lors des élections législatives du 12 avril. Une campagne marquée par la guerre en Ukraine et les liens étroits entre le gouvernement hongrois et le Kremlin, révélés par la presse. Ces élections hongroises vont-elles être un tournant pour l’UE ? On en débat cette semaine dans Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat (diffusé samedi à 16h30).
Alexandre Poussart

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Le 12 avril prochain, les capitales européennes auront les yeux tournés vers la Hongrie où se joue l’avenir politique de Viktor Orbán et donc de l’Union européenne. Des élections législatives se tiendront et le Premier ministre hongrois eurosceptique, au pouvoir depuis 16 ans, est en retard dans les sondages face à son adversaire, Péter Magyar, eurodéputé de centre droit, et leader du parti d’opposition Tisza.

Une défaite de Viktor Orbán serait une bonne nouvelle pour les défenseurs de l’Union européenne tant le bras de fer entre le Premier ministre hongrois et les institutions européennes se durcit ces derniers mois, autour de la guerre en Ukraine.

Viktor Orbán axe sa campagne sur l’hostilité à l’Ukraine et à l’UE

Un conflit que Viktor Orbán, fervent allié de la Russie, (il est allé rencontrer plusieurs fois Vladimir Poutine au Kremlin depuis le début de cette guerre), veut placer au centre de sa campagne, en jouant sur les peurs.

Le 15 mars dernier, jour de fête nationale, lors d’un meeting, il déclarait à ses sympathisants « Vous devez décider qui formera le gouvernement de la Hongrie, moi ou le président ukrainien Volodymyr Zelensky. Avec toute l’humilité qui s’impose, je me recommande moi-même. »

Ces dernières semaines, le dirigeant hongrois a franchi un pas supplémentaire dans l’hostilité à l’Ukraine, en utilisant son droit de veto au sein des 27, pour bloquer le prêt européen de 90 milliards d’euros dont les Ukrainiens ont besoin pour éviter la banqueroute en pleine guerre. Viktor Orbán justifie ce veto en accusant Kiev de tarder à réparer l’oléoduc Droujba, endommagé pendant la guerre, et essentiel pour l’approvisionnement de la Hongrie en pétrole russe. « Ces élections vont décider si la Hongrie continue sur la route européenne ou si elle change de chemin et va vers la Russie », estime Benedek Javor, ancien eurodéputé hongrois écologiste et représentant de la ville de Budapest auprès de l’Union européenne, interrogé dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24, LCP et Public Sénat. Pour l’eurodéputé du Rassemblement national, Fabrice Leggeri, qui a participé, avec Marine Le Pen, à une réunion de soutien de Viktor Orbán à Budapest, « cette élection hongroise propose un choix entre une Europe des Nations, incarnée par Viktor Orbán, et une Europe sous la houlette de la Commission européenne de Madame von der Leyen, qui entend dicter sa politique aux peuples européens. » La présidente de la Commission qui a fait d’ailleurs l’objet d’affiches de campagne hostiles de la part de l’équipe Orban.

Des liens étroits entre le ministre des affaires étrangères hongrois et Moscou

De son côté, le chef de l’opposition et candidat Peter Magyar dénonce les liens entre le gouvernement hongrois et Moscou. « Que ce soit clair pour tout le monde, Viktor Orbán a fait entrer dans notre pays les agents russes et plus expérimentés pour interférer dans les élections et nous retirer une fois de plus notre bien le plus sacré la liberté de la Hongrie », assurait-il à ses supporters, lors de son meeting du 15 mars. Peter Magyar a pu surfer sur les polémiques qui éclaboussent le pouvoir de Viktor Orbán sur ce sujet. Ces dernières semaines, plusieurs révélations de la presse ont montré que le ministre des affaires étrangères hongrois Peter Szijjarto entretenait des échanges téléphoniques étroits avec le pouvoir russe, pendant les réunions du Conseil européen, et également pour œuvrer à la levée des sanctions de l’UE envers la Russie. Le ministre en question a reconnu qu’il échangeait avec la Russie considérée comme un « partenaire » par son pays.

Public Sénat

Des liens entre la Hongrie et la Russie qui n’érodent pas le soutien du RN à Viktor Orbán : « le Rassemblement national a toujours dit que l’Ukraine avait été agressée par la Russie et qu’elle doit arriver en bonne posture à la table des négociations », rappelle Fabrice Leggeri. Mais au sein du groupe Les Patriotes pour l’Europe, fondé par Marine Le Pen et le Premier ministre hongrois, « les questions de politique étrangère relèvent de la souveraineté de chaque Etat. Les délégations nationales de notre groupe n’ont pas les mêmes positions sur tout », explique l’eurodéputé français.

L’Etat de droit, sujet de bras de fer entre Viktor Orbán et Bruxelles

Autre sujet de tension entre Viktor Orbán et les institutions européennes : l’Etat de droit. Au pouvoir depuis 16 ans, le défenseur de la « démocratie illibérale » est fréquemment épinglé par Bruxelles pour des manquements dans le respect de l’Etat de droit : perte d’indépendance de la justice et de la presse, oppression des minorités (migrants, LGBT…), corruption. Depuis 2022, la Commission européenne a ainsi gelé 22 milliards d’euros de fonds alloués à la Hongrie. Un an plus tard, 10 milliards d’euros de ces fonds ont été versés en échange de la levée du veto hongrois sur l’aide à l’Ukraine.

Si Péter Magyar l’emporte, « il faudra recréer une démocratie en Hongrie et un Etat de droit », estime Benedek Javor, « mais ce n’est pas facile et cela ne se fera pas en quelques jours. On voit que cette tâche est difficile en Pologne » pour Donald Tusk, Premier ministre libéral et pro-européen, arrivé au pouvoir après les ultra-conservateurs du parti Droit et justice, sanctionnés par le passé par Bruxelles sur ces sujets démocratiques.

Pour Fabrice Leggeri, « la Hongrie est une démocratie car il y a des élections. Mais il y a depuis de nombreuses années une instrumentalisation par la Commission européenne de cette question de l’Etat de droit. Cela a été le cas en Pologne avec le parti Droit et Justice, cela l’est en Italie avec des tentatives d’utiliser cette question contre Giorgia Meloni, et nous sommes absolument certains que si le Rassemblement national arrive au pouvoir en 2027, ce sujet sera instrumentalisé contre la France. »

Mais pour l’eurodéputé bulgare Radan Kanev, membre du groupe du Parti populaire européen, il faut être vigilant sur la situation hongroise, car « en Europe de l’Est, et mon collègue français ne peut pas le comprendre, il y a, depuis le régime communiste, une tendance vers l’Etat profond, ayant une influence par exemple sur les médias. Un régime qui organise des élections n’est pas forcément une démocratie. »

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