BRAZIL-RIO DE JANEIRO-SUBMARINE LAUNCHING CEREMONY
(240328) -- BRAZIL, March 28, 2024 (Xinhua) -- Brazilian President Luiz Inacio Lula da Silva (L) and French President Emmanuel Macron attend the launching ceremony of the "Tonelero" submarine, the third one Brazil has built through a partnership with France under the Submarine Development Program (ProSub), at the Itaguai Naval Complex, in the state of Rio de Janeiro, Brazil, on March 27, 2024. (Photo by Claudia Martini/Xinhua) - Claudia Martini -//CHINENOUVELLE_XxjpbeE007425_20240328_PEPFN0A001/Credit:CHINE NOUVELLE/SIPA/2403281526

Visite de Macron au Brésil : « Le Mercosur est un caillou dans la chaussure des relations franco-brésiliennes »

En visite d’Etat au Brésil où il a rencontré le président Lula, Emmanuel Macron a décrit le Mercosur comme un « très mauvais accord », mettant en avant le fait que celui-ci ne prend pas en compte « le sujet de la biodiversité et du climat ». Devant un parterre d’hommes d’affaires brésiliens, le chef de l’Etat a appelé à bâtir un « nouvel accord ». En Amérique du Sud également, le traité de libre-échange est parfois décrié, comme l’explique Christophe Ventura, directeur de recherche à l’IRIS, spécialiste de l’Amérique latine et co-auteur de l’ouvrage « Désoccidentalisation, repenser l’ordre du monde » aux éditions Agone.
Steve Jourdin

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Avant le déplacement du président au Brésil, l’Elysée avait fait savoir qu’Emmanuel Macron ne souhaitait pas aborder le sujet du Mercosur avec le président Lula. Devant un parterre d’hommes d’affaires brésiliens, il a finalement rappelé son opposition à l’accord commercial conclu entre l’UE et les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Uruguay, Paraguay, Bolivie) en 2019. Est-ce une position constante de la France ?

 Ce n’est pas du tout ce qu’Emmanuel Macron disait il y a quelques années ! Il faut rappeler qu’il s’était initialement engagé dans la signature de cet accord. Mais la crise agricole a accéléré la rupture de la France avec le processus de négociation. Il est également intéressant de noter que ce n’est pas la position de tous nos partenaires européens. Or, c’est un accord commercial conclu directement par l’Union européenne.

Les Allemands poussent par exemple pour sa ratification. Ils considèrent que dans la balance entre ce qu’ils ont à perdre et ce qu’ils ont à gagner, le positif l’emporte largement. Leurs industries alimentaires, énergétiques et automobiles ont beaucoup à gagner à s’implanter en Amérique du Sud, notamment pour compenser les pertes dues au marché russe. Pour Berlin, le Mercosur est vu comme une grande opportunité dans un contexte géopolitique compliqué.

 

Emmanuel Macron met en avant le fait que le Mercosur ne prend pas suffisamment en compte « le sujet de la biodiversité et du climat ». Est-ce un argument recevable ?

 

Les réticences de la France au Mercosur sont une vieille histoire, elles datent de la fin des années 1990. Les critiques de cet accord ont précédé les enjeux environnementaux, qui sont venus s’ajouter plus tard aux hésitations françaises. Le fond de l’affaire est la protection du secteur agricole français, en particulier de la ‘grande’ agriculture et de ses filières les plus productives. Les gouvernements français sont toujours rappelés à l’ordre par des organisations comme la FNSEA qui martèle que l’accord risque de fragiliser certaines filières de notre agriculture. Il est vrai que les produits agricoles qui arrivent du Mercosur coûtent moins chers à produire, et qu’ils seront donc plus interessants pour le consommateur français. Cet écart de compétitivité est susceptible de fragiliser nos agriculteurs, raison pour laquelle certains demandent de protéger le marché européen face au marché sud-américain. Mais dans le même temps, le Mercosur répond aux intérêts d’autres secteurs économiques français, comme le secteur industriel.

 

 

Précisément, sur quoi porte le bras de fer entre la France et les pays du Mercosur ?

 

Historiquement, la bataille concerne les quotas d’importation. Dans le cadre du Mercosur, on négocie des volumes agricoles qu’on autorise ou pas à entrer sur le marché européen. Tout est très fléché, la négociation se fait produit par produit. Mais il faut rappeler que cet accord ne concerne pas seulement l’agriculture. Il y a également des négociations sur les produits que les Européens peuvent exporter vers l’Amérique du Sud. Il s’agit de produits transformés, à très forte valeur ajoutée. C’est sur ce point que l’accord du Mercosur est critiqué en Amérique du Sud, car certains estiment qu’il s’agit d’un accord asymétrique.

 

 

Le président Lula est lui favorable au Mercosur. Quelles sont les critiques qui sont adressées au traité en Amérique du Sud ?

 

Cela peut en effet paraitre très surprenant, mais les sud-américains, Lula en tête, sont très favorables au libre-échange. Ils considèrent que cette liberté de commerce peut les amener à gagner des parts de marché à l’échelle mondiale. Lula milite pour le Mercosur, car il veut faire avancer les intérêts de son industrie agro-alimentaire. Ce qui n’empêche pas l’existence de critiques autour du traité.

Les Européens sont régulièrement accusés de proposer un deal asymétrique, en autorisant l’exportation de produits à faible valeur ajoutée issus de l’agriculture contre des produits à forte valeur ajoutée sortis des industries européennes. Désormais, la question environnementale s’est invitée dans le débat et l’UE est accusée de faire preuve d’hypocrisie. Le sujet des « normes environnementales », qui a été mis en avant par Emmanuel Macron, est vu comme une manière de pratiquer un protectionnisme qui ne dit pas son nom. Pour les pays du Mercosur, la question climatique aujourd’hui dégainée par les Européens est appréhendée comme un moyen de limiter encore un peu les exportations vers le continent européen.

 

 

Emmanuel Macron appelle à bâtir « un nouvel accord » avec les pays du Mercosur, à quoi pourrait-il ressembler ?

 Il s’agit d’une formule qui vise à enfoncer le clou du blocage et à réaffirmer le désaccord avec le Brésil. Par le passé, Lula a lui aussi eu des déclarations pas tendres à l’égard des positions d’Emmanuel Macron. De manière générale, le Mercosur est un caillou dans la chaussure des relations franco-brésiliennes, et il est impossible de savoir aujourd’hui à quoi pourrait ressembler un nouvel accord. Emmanuel Macron le sait-il lui-même ?

Il s’agissait surtout pour le chef de l’Etat de rassurer le secteur agricole français, en rappelant que le traité ne sera pas ratifié. Or, si la France ne le ratifie pas, il ne pourra pas s’appliquer. C’est un accord qui doit être signé et ratifié par tous les Etats membres de l’UE ainsi que par les quatre pays du Mercosur, qui eux non plus ne l’ont pas encore ratifié. En l’état, il n’y a donc aucune chance qu’il entre en vigueur.

 

La visite d’Etat d’Emmanuel Macron au Brésil se termine ce jeudi, peut-on dire que le bilan est positif ?

 

Historiquement, la relation France-Brésil est très forte, sur beaucoup d’aspects. Les deux pays entretiennent des relations depuis 200 ans, et hormis la période Bolsonaro, les choses se passent très bien notamment du point de vue économique. C’est l’un des marchés vers lequel se dirigent le plus les investissements français dans le monde. La visite d’Emmanuel Macron avait pour objectif de rappeler que malgré les divergences qui s’accumulent entre la France et le Brésil, la relation est ferme et puissante. Les deux présidents se sont mis en scène pour montrer que Paris et Brasilia partageaient un destin commun. Sur ce point en tout cas, le bilan de la visite est plutôt positif.

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