President Emmanuel Macron at the 20th Assises de l’Économie de la Mer in La Rochelle
Credit:DOMINIQUE JACOVIDES -POOL/SIPA/2511041357

Emmanuel Macron propose un endettement commun de l’Union européenne pour financer des investissements stratégiques 

Dans une interview accordée ce mardi à plusieurs journaux européens dont le journal Le Monde, Emmanuel Macron a défendu l’idée d’une préférence européenne face aux concurrents chinois et américains, et proposé un endettement commun des 27 Etats-membres de l’Union européenne pour financer des investissements d’avenir.
Alexandre Poussart

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Depuis son arrivée au pouvoir en France, Emmanuel Macron n’a cessé de plaider pour une plus grande souveraineté de l’Europe. Mais il reconnaît qu’elle a mis du temps à se mettre en place. « On a mis en place une Europe de la défense, avec des financements communs, des projets communs. On a gagné ce combat idéologique. Mais, on n’est pas au bon rythme et on n’est pas à la bonne échelle », estime-t-il dans une interview donnée à plusieurs journaux européens dont le journal Le Monde.

Cet avènement de l’Europe puissance est d’autant plus crucial pour l’Union européenne qu’elle est en perte de vitesse sur le plan économique et fait face, selon le président français, à « une double crise : le tsunami chinois sur le plan commercial et l’instabilité à la microseconde du côté américain. Aujourd’hui, la Chine a 840 milliards d’euros d’excédents commerciaux avec le reste du monde. En parallèle, Washington nous a mis des droits de douane. »

Une préférence européenne pour protéger certains secteurs

Pour renforcer l’économie européenne, Emmanuel Macron souhaite à la fois approfondir le marché intérieur (union des marchés de capitaux, réseaux électriques) et mettre en place un protectionnisme avec une véritable préférence européenne dans certains secteurs. « On ne fera pas de la préférence européenne sur les portables, on n’en produit plus en Europe. Il faut se concentrer sur certains secteurs stratégiques, comme les cleantechs, la chimie, l’acier, l’automobile ou la défense, sinon les Européens en seront balayés. C’est du défensif, mais c’est indispensable, parce qu’on a face à nous des concurrents déloyaux, qui ne respectent plus les règles de l’Organisation mondiale du commerce. »

Des investissements d’avenir et un endettement commun des 27

Le locataire de l’Elysée plaide également pour des investissements de l’Union européenne dans certains secteurs stratégiques, à hauteur de 1200 milliards d’euros par an. « Aujourd’hui, on a trois batailles à mener, dans la sécurité et la défense, dans les technologies de transition écologique, et dans l’intelligence artificielle et le quantique. Dans tous ces domaines, on investit beaucoup moins que la Chine et les Etats-Unis. […] Cet investissement, si on veut qu’il préserve le marché intérieur, qu’il ne le fragmente pas un peu plus, il ne faut pas le renvoyer aux nations. Ce doit être un investissement conjoint. » Pour financer ces investissements, les 27 Etats-membres de l’UE doivent selon lui recourir à un endettement commun, sur le modèle du plan de relance après la crise Covid. « Dans le même temps, dès lors que le budget européen est contraint, c’est le moment de lancer une capacité commune d’endettement pour ces dépenses d’avenir, des eurobonds d’avenir. Il faut des grands programmes européens, pour financer les meilleurs projets. »

Si Emmanuel Macron reconnaît la difficulté de son pays à proposer cet endettement commun aux 27 alors « que la France n’a jamais eu un modèle équilibré comme certaines économies du Nord » et n’a pas mené « des réformes comme celles qui se sont tenues dans les années 2010 au Portugal, en Espagne, en Italie ou en Grèce et dont les dividendes arrivent à plein aujourd’hui. » Néanmoins il ne désespère pas de convaincre ses partenaires européens : « L’UE est sous-endettée par rapport aux Etats-Unis et à la Chine. Dans un moment de course à l’investissement technologique, c’est une faute profonde que de ne pas utiliser cette capacité d’endettement. »

Enfin le président français s’est voulu confiant sur le projet franco-allemand d’avion de combat du futur SCAF, mal en point. « C’est un bon projet et je n’ai eu aucune expression allemande pour me dire que ce n’est pas un bon projet. On s’en reparlera avec le chancelier allemand Friedrich Merz. Pour ma part, je considère que les choses doivent avancer. »

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