Entre stupeur et sarcasmes, la condamnation de Nicolas Sarkozy vue de la presse étrangère

L’ancien président de la République a été condamné jeudi à 5 ans de prison pour « association de malfaiteurs », avec mandat de dépôt différé. Cette décision historique a été largement commentée par les médias du monde entier. Revue de presse.
Romain David

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La condamnation de Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme avec exécution provisoire, dans l’affaire des soupçons de financement libyen de sa campagne présidentielle de 2007, ne fait pas seulement la Une de la presse française ce vendredi 26 septembre. Cette déflagration politico-judiciaire a été abondamment commentée par les médias étrangers. De Rome à Washington, il est généralement question du caractère totalement inédit de cette décision de justice à l’encontre d’un ancien président de la République, et des interrogations qu’elle soulève face aux enjeux de moralisation de la vie publique française. Beaucoup dressent aussi un parallèle avec le bilan politique de Nicolas Sarkozy, figure de la droite, qui avait fait des questions d’ordre et de sécurité l’un des grands axes de sa présidence.

« Une décision de justice envoie un ancien président derrière les barreaux »

« Surprise totale » pour le Washington Post. Le journal qui a révélé le scandale du Watergate évoque « une décision historique », qui fait de Nicolas Sarkozy « le premier ancien président de la France moderne à être condamné à une peine de prison ferme. » La très conservatrice chaîne Fox News, alliée de la politique de Donald Trump, marque aussi le caractère inédit de ce jugement : « Pour la première fois en France, une décision de justice envoie un ancien président derrière les barreaux ».

Le New York Times estime qu’il s’agit « d’une peine sévère », et y voit « le coup le plus dur et le plus préjudiciable porté à l’héritage de M. Sarkozy », en dépit des multiples peines auxquels a déjà été condamné l’ex-chef de l’Etat. « Reconnu coupable de corruption, de trafic d’influence et de violations des règles de financement d’une campagne électorale dans des affaires distinctes, il a également été déchu de la plus haute distinction française, la Légion d’honneur », rappelle ainsi le célèbre quotidien américain.

Le « message clair » de la justice française à l’égard de la classe politique

« La chute spectaculaire de Sarkozy marque un tournant dans la lutte anti-corruption en France », note The Guardian. Le quotidien britannique considère le dénouement de ce procès comme un jalon dans un contexte de désamour grandissant des électeurs pour leurs dirigeants. Il revient sur les tentatives passées de moralisation de la vie politique française, évoquant notamment la condamnation de Jacques Chirac en 2011 dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris, ou plus récemment la condamnation de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics. « Les enquêtes criminelles et les procès d’hommes politiques français, anciens et actuels, ne sont pas nouveaux, et la confiance des électeurs dans l’intégrité des élus est en déclin constant, mais les juges du procès de Sarkozy semblent vouloir envoyer un message clair : les hommes politiques n’auront plus la vie facile ».

« Un poison pour la démocratie »

Le Frankfurter Allgemeine Zeitung dresse un parallèle entre Nicolas Sarkozy et d’autres dirigeants déchus. « À l’échelle française, ce procès pour corruption était sans précédent. Dans le monde des démocraties, il n’était comparable qu’à une poignée de procès contre des personnalités telles que Silvio Berlusconi, Alejandro Toledo et Jacob Zuma. » Mais au jeu des comparaisons, c’est l’espagnol El Mundo qui ose aller le plus loin : revenant sur le retrait de la Légion d’honneur de Nicolas Sarkozy, après sa condamnation dans une autre affaire, le quotidien souligne qu’il s’agit là « d’un déshonneur qu’il partage avec le collaborationniste Philippe Pétain ».

Selon le Frankfurter Allgemeine Zeitung, au-delà des faits de corruption, ce sont les tentatives de dénigrement de l’institution judiciaire par les soutiens de Nicolas Sarkozy qui sont particulièrement dangereuses et mortifères, allant jusqu’à parler « d’un poison pour la démocratie ». Peu amène avec l’ancien président, le « FAZ » ironise en citant le bilan politique de celui « qui a instauré des peines planchers pour les récidivistes, ce qui contredit le principe de la peine individualisée, et qui a cherché à supprimer la fonction de juge d’instruction. » Il brocarde les médias du groupe Bolloré, accusés d’avoir minimisé les accusations contre l’ancien président de la République, en les qualifiant de simples « troubles judiciaires », et étrille la droite au passage : « Les Républicains, le parti fondé par Nicolas Sarkozy, font campagne depuis juin sous le slogan ‘La France des honnêtes gens’, malgré les condamnations judiciaires des deux présidents (Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy) et des deux Premiers ministres (Alain Juppé et François Fillon) qu’il a produits. »

Die Zeit s’attarde sur cette phrase de la déclaration des Droits de l’Homme de 1789 qui orne l’entrée du nouveau tribunal de grande instance à Paris : « Tout homme est présumé innocent jusqu’à ce qu’il ait été déclaré coupable ». Le quotidien allemand, plutôt étiqueté à gauche, indique que Nicolas Sarkozy a été relaxé de trois chefs d’accusation : la corruption passive, le financement illégal de campagne, et le recel de détournement de fonds publics libyens. « Se demander si Nicolas Sarkozy est corrompu est plutôt osé », estime Die Zeit. Le journal rappelle qu’il a « guidé l’Europe aux côtés d’Angela Merkel à travers la tempête financière » des années 2010, et « qu’il reste une idole pour une partie de la droite française ».

« Le geste de colère de Carla Bruni »

Association de malfaiteurs, « c’est le mot qui fait mal », insiste le média suisse Blick. « Malfaiteur : un mot dont les synonymes, dans le langage courant, sont délinquant, criminel ou truand. Soit une accusation gravissime pour un responsable politique qui joue toujours le rôle de parrain de son camp, à savoir la droite traditionnelle », résume le correspondant helvète.

Le quotidien italien Corriere della Sera, plutôt de centre droit, titre quant à lui sur « le geste de colère de Carla Bruni à l’égard des journalistes ». Le journal évoque « le sourire moqueur » de la chanteuse ; après les premières déclarations de son mari à la presse, l’ex-première dame a arraché la bonnette du micro des journalistes de Mediapart, le média à l’origine de nombreuses révélations sur le financement libyen supposé de la campagne de 2007. La séquence a largement tourné sur les réseaux sociaux.

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