Paris : Speech of Emmanuel Macron at La Sorbonne
Speech of Emmanuel Macron, President of the French Republic on Europe at La Sorbonne. La Sorbonne University, Paris, France. Wednesday 24th April 2024.//ACCORSINIJEANNE_MACRON.0061/Credit:JEANNE ACCORSINI/SIPA/2404251849

Europe : le discours d’Emmanuel Macron peine à convaincre la presse étrangère

Ce jeudi 25 avril, le président de la République a prononcé un discours long d’1h45 sur l’Europe, dans lequel il a fait le bilan des sept dernières années, et dressé les défis à venir. « Notre Europe est mortelle » a notamment averti le chef de l’Etat, une expression qui fait beaucoup réagir nos homologues européens et internationaux, qui ont semblé assez interloqués par le vocable du locataire de l’Elysée.
Alexis Graillot

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Lorsque l’on évoque le nom du président de la République à l’étranger, on décrit plutôt une personnalité optimiste que crépusculaire. Pourtant, sept ans après le discours « Sorbonne I », dans lequel Emmanuel Macron avait vanté sa vision de l’Europe, les médias étrangers se montrent beaucoup plus sévères à l’encontre du président français.

En 2017, un premier discours plutôt remarqué

Petit retour en arrière sur ce que disaient nos homologues dans la foulée de son premier discours, en ce même lieu, il y a presque sept ans : « Macron a fait preuve d’une initiative rare, sinon inédite, dans le chef d’un président français », vantait à l’époque La Libre Belgique. « Un nouvel horizon pour l’Europe », s’était réjoui le quotidien espagnol El Periodico.

Même chez les « sceptiques », on respectait le caractère conquérant du fraîchement élu chef d’Etat français, même si l’on pointait une vision quelque peu utopique : « Peut-être veut-il trop en faire. Et tout en même temps. Mais au moins, il veut quelque chose », concédaient alors nos confrères allemands de Die Welt.

Quant au quotidien progressiste The Guardian, alors même que le Royaume-Uni était en plein processus de sortie de l’UE, le journal avait salué « un discours qui vient à point, avec une vision à long terme », analysant l’impulsion « louable » de l’ancien ministre de l’Economie de François Hollande.

En 2024, un président « plus soucieux de son héritage »

A l’inverse, le nouveau souffle que semblait représenter l’optimisme affiché d’Emmanuel Macron, est bien redescendu. « Sept ans après son premier discours ambitieux, voire visionnaire, sur l’Europe prononcé à la Sorbonne, le président français voulait à nouveau faire date, mais a dilué sa vision de la construction européenne pour les dix prochaines années dans une dissertation longue, parfois technique, dont on peine par moments à deviner l’audience cible », décrypte La Libre Belgique. « Un discours tentaculaire », ironise outre-Atlantique, le Washington Post, en référence à la longueur du propos. « Au cours de son deuxième mandat à l’Elysée, après avoir traversé des crises sans fin, une pandémie, en pleine guerre sur le continent et une autre de l’autre côté de la Méditerranée, Macron propose une nouvelle version de sa doctrine européenne », décrit quant à lui La Repubblica, journal italien.

Du côté de Die Welt, on parle d’un président français « plus soucieux de son héritage », avec « la peur de perdre de l’importance ». « Contrairement à 2017, Macron n’arrive pas à proposer des concepts originaux pour l’avenir. Il ne peut échapper à la tension entre égoïsme national et solidarité européenne », continue encore le quotidien allemand. « Sept ans après, cette manifestation d’une sobriété européenne avec des teintes de nationalistes apparaît hypertrophiée. Et le président n’a pratiquement pas travaillé sur la démocratisation de l’UE et sur la façon de s’attaquer aux institutions continentales de la communauté », regrette quant à lui, El Periodico.

Derrière ces critiques sur le fond du discours, c’est bel et bien l’expression « Notre Europe est mortelle », qui a retenu l’attention de nos confrères. « Dramatisation volontaire » pour le quotidien suisse Blick, un « avertissement dramatique » pour le journal espagnol, El Pais. Comme si l’incarnation d’une Europe optimiste et tournée vers l’avenir qu’incarnait le chef de l’Etat au moment de sa prise de fonction, était désormais diluée par les nombreuses crises qu’ont traversé le vieux continent ces dernières années.

Outre-Manche, c’est plutôt la phrase sur le plan d’expulsion des demandeurs d’asile au Rwanda du Premier Ministre, Rishi Sunak, qui fait la une des différents médias britanniques : « Macron critique les programmes d’asile à la rwandaise quelques jours après l’adoption du projet de loi par le Royaume-Uni », souligne The Guardian. « Le président français a déclenché une querelle diplomatique majeure après avoir qualifié le projet phare d’immigration de « trahison » des valeurs européennes », évoque de son côté The Sun.

Dès lors, si le message du discours d’Emmanuel Macron était celui de créer l’engouement à l’extérieur des frontières de l’Hexagone, l’exercice n’a visiblement pas atteint son but. Mais était-ce bien là le message que souhaitait véhiculer le chef de l’Etat, lui qui assume clairement vouloir incarner une forme d’ « ambigüité stratégique », endossant la responsabilité du costume de chef de guerre ?

Partager cet article

Dans la même thématique

Europe : le discours d’Emmanuel Macron peine à convaincre la presse étrangère
4min

International

Les centres de retour pour migrants hors de l’Union européenne « vont bafouer les droits fondamentaux », s’inquiète cette eurodéputée socialiste 

Le Pacte asile et migration, censé rendre plus efficace le traitement des demandes d’asile, s’applique au sein de l’Union européenne, depuis ce vendredi 12 juin. A ce texte va s’ajouter un nouveau règlement polémique sur les retours qui autorise la rétention de migrants expulsés, dans des centres hors de l’Union européenne comme au Rwanda ou en Ouzbékistan. Ce virage dans la politique migratoire européenne, c'est le débat de la semaine dans Ici l’Europe, émission diffusée sur France 24, LCP et Public Sénat (samedi à 16h30).

Le

FRA : PARIS : Salon du Bourget : DASSAULT
9min

International

Abandon du Scaf : « Dès le départ, tout le monde n’était pas sur la même longueur d’onde », relève le président de la commission défense du Sénat, Cédric Perrin

Le Scaf en carafe. C’est Berlin qui a annoncé la fin du projet franco-allemand d’avion de 6e génération, qu’Emmanuel Macron a tenté de relancer jusqu’au bout. Pas une surprise, tant le blocage perdurait depuis des mois entre les industriels Dassault Aviation et Airbus. Retour sur la chronique d’un échec, qui était peut-être annoncé.

Le

Europe : le discours d’Emmanuel Macron peine à convaincre la presse étrangère
2min

International

Ukraine : « La Russie est en train de perdre cette guerre », affirme le ministre des affaires étrangères espagnol

Au moment où les experts affirment que l’Ukraine a repris près de 290 km² de territoire, et où Moscou multiplie ses attaques sur la capitale ukrainienne avec ses missiles intercontinentaux, le ministre des Affaires étrangères espagnol, José Manuel Albares, temporise, au micro de Caroline de Camaret, sur la nécessité de reprise des pourparlers directs avec Moscou. Une interview à retrouver en intégralité dans l’émission Ici l’Europe.

Le

Europe : le discours d’Emmanuel Macron peine à convaincre la presse étrangère
4min

International

Guerre en Ukraine : « Les drones sont désormais responsables de 80 % des pertes », une évolution « qui met les Russes en difficulté », estime Guillaume Ancel

Invité ce jeudi de la matinale de Public Sénat, l’ancien officier Guillaume Ancel détaille la stratégie ukrainienne d’utilisation massive de drones, au lendemain des frappes sur Saint-Pétersbourg. L’Ukraine comme la Russie se sont tournés vers la production à grande échelle de drones peu chers, là où l’industrie française est « complètement dépassée », regrette le spécialiste.

Le

La sélection de la rédaction

Paris : Speech of Emmanuel Macron at La Sorbonne
11min

Politique

Discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe : on vous résume les principales annonces

Sept ans après une allocution au même endroit, le président de la République était de retour à La Sorbonne, où il a prononcé ce jeudi 25 avril, un discours long d’1h45 sur l’Europe. Se faisant le garant d’une « Europe puissance et prospérité », le chef de l’Etat a également alerté sur le « risque immense » que le vieux continent soit « fragilisé, voire relégué », au regard de la situation internationale, marquée notamment par la guerre en Ukraine et la politique commerciale agressive des Etats-Unis et de la Chine.

Le