Européennes : « le scrutin pourrait se transformer en référendum pour ou contre Emmanuel Macron »

Combien serons-nous à voter le 9 juin prochain ? Lors des précédentes élections européennes seuls 50% des Français avaient fait le déplacement… Comment mobiliser davantage les Européens pour ce scrutin ? Vote obligatoire, droit de vote à 16 ans : des solutions sont testées dans certains Etats-membres. On en parle dans l’émission Ici l’Europe, sur France 24 et Public Sénat.
Alexandre Poussart

Temps de lecture :

4 min

Publié le

Les Européens vont-ils se mobiliser pour voter aux élections européennes ? C’est la question qui se pose à deux semaines du scrutin (le 9 juin en France). La tendance est plutôt favorable puisque selon l’Eurobaromètre, plus de 70% des Européens annoncent qu’ils se déplaceront pour élire les futurs eurodéputés (soit 10 points de plus que le précédent baromètre il y a 5 ans). L’enjeu est de taille puisque les élections européennes ont souvent connu de faibles participations (42% en 2014, 43% en 2009) même si le dernier scrutin de 2019 avait connu une nette progression avec 51% de participation au niveau européen. « En France, notamment, le vote des jeunes avait bondi de 14 points pour atteindre 42% de participation », rappelle Stewart Chaud, directeur d’études du groupe Verian (ex Kantar), invité de l’émission Ici l’Europe, sur France 24 et Public Sénat.

Un scrutin européen détourné vers des enjeux nationaux 

« Dans plusieurs pays, les élections européennes sont détournées vers des enjeux nationaux et non européens comme par exemple en France, où le scrutin pourrait se transformer en référendum pour ou contre Emmanuel Macron », estime l’eurodéputé belge Benoît Lutgen, membre du groupe du Parti populaire européen, à la droite de l’hémicycle du Parlement européen. Même son de cloche en Italie, où la cheffe du gouvernement d’extrême droite Giorgia Meloni se présente comme tête de liste de son parti Fratelli d’Italia pour dicter le rythme de la campagne. « On risque d’avoir un vote national sur le bilan de Giorgia Meloni et pas sur les grands enjeux européens », regrette Beatrice Covassi, eurodéputée italienne, membre du groupe des Sociaux-démocrates au Parlement européen. 

Le vote obligatoire, solution contre l’abstention ? 

Face à une abstention qui reste forte, certains pays européens ont tenté de mettre en place le vote obligatoire. C’est le cas de la Bulgarie, de la Grèce, du Luxembourg et de la Belgique. 88% des Belges ont ainsi voté aux européennes de 2019. « Le vote est un droit mais aussi un devoir » , estime Benoît Lutgen. « Des sanctions sont prévues pour les citoyens belges qui ne vont pas voter (des amendes entre 100 et 250 euros) mais elles ne sont pas appliquées car malgré cette obligation, il y a quand plus de 10% d’abstentionnistes dans notre pays. » 

Faut-il abaisser le droit de vote à 16 ans ? 

Parmi les citoyens qui votent le moins en Europe il y a les jeunes, même si leur participation connaît une dynamique très positive ces derniers temps. « Les jeunes sont très attachés au projet européen », rappelle Stewart Chau. « 8 jeunes Européens sur 10 estiment que leur pays a bénéficié de la construction européenne. Mais les jeunes reprochent aux instances européennes de ne pas apporter les preuves concrètes de l’action de l’Union européenne pour répondre aux défis de notre temps. » 

Pour relancer le vote des jeunes, l’Allemagne et la Belgique ont ouvert le droit de vote à 16 ans. Une première en Belgique pour ces élections européennes : « C’est important de faire un travail d’éducation pour permettre aux jeunes de se faire une opinion sur l’Europe, de déceler les fausses informations qui font le jeu des mouvements extrémistes », estime Benoît Lutgen. « J’espère que le droit de vote à 16 ans arrivera un jour en Italie. Au moment du Brexit, on a vu que les jeunes britanniques attachés à l’Europe ne s’étaient pas déplacés dans les bureaux de vote », explique Beatrice Covassi. « Je dis aux jeunes Européens : Venez voter si vous ne voulez pas que d’autres personnes décident de l’avenir de l’Europe à votre place !”

Partager cet article

Dans la même thématique

Paris: meeting on the digital age and access to social media
2min

International

Cessez-le-feu au Liban : Emmanuel Macron se dit préoccupé « par la poursuite d'opérations militaires » entre Israël et le Hezbollah

Emmanuel Macron, mobilisé depuis plusieurs semaines pour la fin du conflit au Liban, appelle ce vendredi au respect du cessez-le-feu annoncé hier par Donald Trump entre Israël et le Hezbollah. Une trêve « déjà fragilisée par la poursuite d’opérations militaires » entre les deux belligérants, s’inquiète le chef de l’État, qui enjoint Israël à « arrêter la guerre ».

Le

Européennes : « le scrutin pourrait se transformer en référendum pour ou contre Emmanuel Macron »
3min

International

Boualem Sansal veut attaquer le président algérien en justice : « C'est un vrai dictateur, horriblement méchant en plus d'être cruel », lance l’écrivain

Emprisonné pendant un an en Algérie entre novembre 2024 et 2025 pour « atteinte à l’unité nationale », Boualem Sansal compte attaquer le président algérien Abdelmadjid Tebboune en justice. « Le dossier est prêt, (...) mais on attend le bon moment », justifie l’écrivain de 81 ans dans la matinale de Public Sénat ce mardi 14 avril. « C’est une question de principe. »

Le

Peter Magyar Hongrie
11min

International

Défaite électorale de Viktor Orban face à Peter Magyar : « Celui que la situation va le plus ennuyer, c'est Vladimir Poutine »

Au pouvoir en Hongrie depuis 2010, Viktor Orban ne sera pas reconduit Premier ministre une cinquième fois consécutive. Son concurrent conservateur Peter Magyar l’a sèchement battu lors des élections législatives organisées dans le pays, dimanche 12 avril. Moins hostile à Bruxelles, celui-ci promet « une nouvelle ère » en Hongrie. Quels enseignements tirer de ce scrutin stratégique pour l’Europe ? Entretien avec Matthieu Boisdron, docteur en histoire contemporaine et spécialiste de l’Europe centrale.

Le